C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

3 octobre 2013

Anduze ou la passion de la céramique…

Ensemble de céramiques fines gallo-romaines
Quand un chercheur passionné de terres cuites arrive en Cévennes et foule une terre potière dont la réputation n'est plus à faire comme celle d'Anduze, ça ne peut donner obligatoirement qu'un coup de cœur ! Ce fut sans aucun doute le cas de Freddy Thuillier. Remarquez, comme le souligne judicieusement Bernard de Fréminville dans son récent petit livre sur la Porte des Cévennes : " Pas un espace de terre qui ne révèle ici, pour peu qu'on le creuse, un fragment de poterie ". Alors on peut comprendre aisément avec quelle facilité notre docteur en archéologie – sa thèse de doctorat portait sur les ateliers de potiers gallo-romains – jugea notre environnement exceptionnellement favorable pour d'éventuelles recherches à venir…
En attendant, et suite à sa demande, la ville d'Anduze l'accueille avec grand plaisir pour une conférence le samedi 12 octobre à partir de 17h30 à la salle Ugolin, aux Casernes. L'intervention sera accompagnée d'un power-point et d'une présentation de mobiliers céramiques. En voici les différents thèmes : 1/ La fabrication des terres cuites, ses techniques, sa chaîne opératoire, et les vestiges archéologiques en rapport avec ces techniques. 2/ Les produits fabriqués et leurs fonctions et utilisations. 3/ Les terres cuites, sources d'informations pour les archéologues.
Si les céramiques, sous toutes leurs formes et leurs destinations, participent aujourd'hui plus que jamais à notre économie et à notre identité culturelle locale, elles témoignent aussi à travers le temps de la longue histoire d'Anduze et de ses environs…

8 septembre 2013

Château de Tornac : une première étape archéologique…

Les prochaines Journées du Patrimoine d'Anduze seront sans conteste à marquer d'une pierre blanche… Une pierre du château de Tornac de préférence car notre vieux castellas sera bien le centre d'intérêt de la conférence, très attendue, de l'archéologue Sophie Aspord-Mercier. Mais revenons succinctement à l'origine des faits.
Lors des travaux de mise en sécurité du site, des éléments architecturaux inédits et intéressants (seuil de porte avec bases de colonnes et pavage de pierres important dans la cour castrale) ont été mis à jour. Ceci grâce à l'œil exercé de l'architecte mais aussi à l'esprit curieux de l'un des ouvriers du chantier qui prit l'initiative de " gratter un peu pour voir "  la zone concernée… Informée, la Direction Régionale des Affaires Culturelles dépêcha sur place ses représentants, car n'oublions pas que le château est inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques. Reconnaissant tout l'intérêt de cette découverte, la DRAC décida donc de soutenir le projet de sondages archéologiques souhaité par le SIVU représentant les villes de Tornac et Anduze. De ce fait, suite à l'appel d'offres lancé, ce fut madame Sophie Aspord-Mercier, docteur en histoire de l'art et en archéologie médiévale, qui fut chargée de ce travail. Pour ceux qui s'intéressent – et ils sont nombreux – au patrimoine de notre région, ce nom ne leur est pas inconnu puisque nous le retrouvons régulièrement à travers la publication de recherches remarquables comme par exemple et parmi beaucoup d'autres celle du passionnant château d'Allègre ou encore celle du temple de Sainte Croix de Caderle.
L'archéologue, accompagnée d'une petite équipe, effectua différents sondages dans la cour castrale durant la première quinzaine de juillet. Elle nous propose samedi prochain un premier bilan de ses investigations complétées par une étude documentaire. Il ne s'agit pas avec cette intervention d'établir des conclusions définitives quant à l'histoire du château, mais bien de progresser dans sa connaissance en y ajoutant quelques pages nouvelles. Ecrites avec la compétence indiscutable d'une grande professionnelle, elles nous permettront peut-être d'avoir un autre regard sur la destination future de ce site magnifique.

2 juin 2013

Ces témoignages de la petite histoire d'Anduze…

Josué Jourdan et ses enfants devant son magasin
Les passionnés d'Anduze connaissent tous à peu près les grandes lignes de son histoire générale, apprises d'abord à travers les différents vieux ouvrages qui lui ont été consacrés, et écrits d'ailleurs quelques fois avec plus ou moins de rigueur …pour ensuite s'intéresser à des éditions et autres articles plus récents traitant de périodes spécifiques. Nous aimons tous ces auteurs car ils ont le mérite d'avoir témoigné, chacun avec sa personnalité et à la manière de son temps, de l'intérêt qu'ils portent ou qu'ils ont porté à notre attachante cité.
Mais parfois des témoignages prennent une forme particulière car issus directement de la vie quotidienne et modeste du citoyen. C'est le cas, par exemple, de Josué Jourdan, un commerçant ayant exercé à Anduze au début du vingtième siècle et dont les factures professionnelles furent conservées miraculeusement pendant des générations au fond d'une vieille armoire ! Un véritable livre non relié dont chaque page est représentée par l'en-tête souvent joliment illustré d'un fournisseur. Le " père Jourdan " avait son magasin de " Meubles en tous genres, sièges, tentures " à l'emplacement actuel de la pharmacie Valière, au Plan de Brie, et à priori travaillait avec un certain nombre de ses collègues anduziens. Citons Jules Roux qui tenait une menuiserie-ébénisterie rue Grefeuille ; Achille Pantoustier qui s'occupait de ferblanterie-plomberie-zinguerie à la place du Château ; pour les matériaux de construction et diverses fournitures, il s'adressait à Gascuel au Chemin Neuf (avenue Rollin). Il lui arrivait aussi d'aller chercher le bois de ses meubles chez Antoine Cabanis et Fils à Atuech. Par contre, pour des commandes un peu plus " pointues " comme les beaux tissus d'ameublement et certains éléments de décoration, il n'hésitait pas à contacter des entreprises réputées de Lyon ou même de Paris. A partir des années 1925 une nouvelle facture prendra sa place de façon récurrente sur la pile : celle de son abonnement à la socièté anonyme Sud-Electrique !…
Alors bien sûr on peut classer ces documents comme étant des témoignages sans grande importance sur la " petite histoire ". Il n'en demeure pas moins que cela est non seulement une mine de renseignements historiques sur les acteurs économiques locaux d'une période précise mais aussi le reflet concret et émouvant d'une certaine atmosphère de l'époque… en édition originale !

6 mai 2013

La "croix mêlée" du Bernardin…


Page du livre d'André Chastand
Dans son histoire d'Anduze de 1952, André Chastand, qui fut par ailleurs maire de notre cité entre 1945 et 1947, nous montre les reproductions agrandies et dessinées des trois monnaies différentes émises au Moyen-âge par les seigneurs d'Anduze et Sauve et dont l'atelier de fabrication se trouvait à Sommières. Ces dessins ont été faits à l'époque d'après des pièces originales que la ville d'Anduze possédait, suite au don d'un particulier en 1938.
 Parmi ces reproductions, celle concernant le denier à "croix mêlée" (en haut de page) présente une caractéristique étonnante : si les lettres en cercle de la légende sont à leurs places, par contre la croix a été dessinée à l'envers ! Une telle erreur du dessinateur paraît incroyable, celui-ci ayant eu le modèle sous les yeux. Ou alors il s'agit d'un Bernardin exceptionnel car unique en son genre ! Dommage que nous ne puissions pas éclaircir ce mystère aujourd'hui, l'ensemble de cette petite collection ayant disparu de la mairie depuis longtemps…
C'était un petit préambule pour annoncer l'acquisition dernièrement par la municipalité d'un très bel exemplaire de ce denier à "croix mêlée", rare de cette qualité, qui vient s'ajouter à celui à "croix ancrée" que le Club Numismatique Cévenol avait gentiment offert à la ville l'année dernière.
Cette fois ces pièces ont été photographiées et répertoriées officiellement pour éviter qu'elles ne "s'égarent"… Ce petit patrimoine est un témoin essentiel de l'histoire de notre commune qui trouvera sa place légitime le moment venu au sein du futur conservatoire historique anduzien. Ce projet à moyen terme, lié à l'aménagement de la tour de l'Horloge, est en cours. Qui sait, entre-temps peut-être aurons nous la chance ou l'opportunité de récupérer une obole, beaucoup plus rare que le denier, pour pouvoir compléter la série.
Denier à croix mêlée acquis par la ville d'Anduze
Cette année, dans le cadre de la prochaine bourse nationale du Club Numismatique Cévenol, nous n'aurons pas le plaisir de recevoir notre ami et spécialiste du Bernardin, Laurent Schmitt, pour une de ses interventions passionnantes dont lui seul a le secret. Tant pis ! Ce n'est que partie remise pour Anduze car nous savons qu'il en apprécie le charme et l'accueil !

28 avril 2013

Corbès, sa petite histoire

Ce fut une jolie surprise de découvrir dernièrement l'existence de ce livre inédit sur l'un de nos villages voisins, Corbès, paru il y a moins d'un an. Comme il est écrit dans son avant propos, l'ouvrage est le résultat d'un travail considérable et de longue haleine de l'association Approche et de l'auteure Marie-Jo Vincent.
L'amateur d'histoires locales que je suis ne peut que saluer cette initiative de passionnés bénévoles désirant simplement faire partager leur fierté d'habiter un si bel endroit. Et pour mieux en appréhender toute la beauté il est préférable d'en connaître le mieux possible les différentes composantes. C'est l'objet de cette édition qui, plus qu'un livre d'histoire traditionnel, aborde en cent vingt pages tous les domaines qui forgèrent et forgent encore aujourd'hui l'identité cévenole de la petite commune " au début des Cévennes ".
Faisant la part belle à une iconographie abondante et de qualité, l'ouvrage au format agréable est ludique tout en proposant une mine d'informations variées sur la vie corbésienne passée et présente.
Cette " promenade dans la mémoire " est destinée bien sûr avant tout, comme l'indique la dédicace de la première page, aux Corbésiennes et aux Corbésiens mais intéressera aussi certainement un cercle plus large d'amoureux des Cévennes. A l'image des empreintes de pas de dinosaures relevées sur la commune et reproduites dans le livre, le travail de Marie-Jo Vincent s'inscrit dans le temps, sans prétention mais avec la volonté de laisser à disposition la trace d'un témoignage culturel local riche de sa diversité patrimoniale et environnementale…

12 mars 2013

Meilleurs souvenirs d'Anduze !…

Faisant suite au précédent billet, je vais vous parler maintenant d’un tout autre genre d’ouvrage qui m’a particulièrement touché : « Quand les souvenirs s’invitent… » d’Albert Grosselin et ses complices. Effectivement accompagné dans l’écriture par une demi-douzaine d’amis de longue date, l’auteur nous propose un retour, de l’après guerre aux années soixante du siècle dernier, sur la vie quotidienne à Anduze.
Aujourd’hui nul besoin d’être un Anduzien de souche pour apprécier la bonne cinquantaine d’anecdotes de ce livre où chacun pourra reconnaître un personnage, une situation, une rue, une odeur… Je fus ainsi ému en lisant « L’ascension du rocher de Peyremale », de Marie-Carmen Saenz-Vesse, qui me rappela ma propre expérience sur sa pente abrupte côté gardon, il y a quarante ans ! Autre plaisir avec « Notre Gaumont-Palace » qui évoque celui qui fut durant de très longues années une célèbre figure d’Anduze, Germain Restouble. Mais parmi tous les témoignages, souvent drôles quand ils ne sont pas émouvants, c’est sans aucun doute celui de Yolande Roussel qui m’a le plus marqué avec « Mon premier emploi ». Ce texte court mais précis, racontant l’entrée dans la vie active de l’auteure en 1947 à l’âge de quatorze ans, est un véritable document sur l'atmosphère de travail d’une filature de soie, en l’occurrence ici celle qui était située rue Beauregard. Aucune amertume chez madame Roussel malgré ce premier travail pénible dont elle ne retient avec le recul du temps que l'aspect le plus positif : en être sortie plus aguerrie pour mieux apprécier les emplois qui suivront…
Amoureux d'Anduze courez, l'édition est limitée ! Et ensuite dégustez chacun des souvenirs de ce recueil, vécu à travers le regard de l’enfance, comme une friandise…

23 février 2013

Le sang bleu du poète…

Décidément, Jean Claris de Florian n'a jamais eu de chance avec le bleu. Car, avant d'être la couleur de la bêtise aujourd'hui sur le monument anduzien à sa mémoire, elle fut aussi dans les dernières semaines de sa vie l'un des symboles républicains témoin de ses souffrances dans les geôles de la Révolution…
Nous sommes en 1794, période sanglante où Robespierre impose son régime de la Terreur. Accusé " d'intimité " avec la noblesse, Florian, déjà Académicien et auteur reconnu, est arrêté le 13 juillet et conduit à la maison d'arrêt de la Bourbe. Située dans la rue au nom prédestiné d'Enfer, à Paris, cette prison en était bien l'antichambre puisque première étape avant un transfert à la Conciergerie et son cortège de charrettes… vers la guillotine. Les premiers quinze jours de son incarcération furent sans doute les plus pénibles pour le poète, celui-ci s'attendant chaque matin à entendre l'appel de son nom. Mais finalement, victime de sa propre infamie, c'est Robespierre qui finira sous le couperet le 28 juillet.
Malgré une situation générale décrispée et l'aide précieuse de son meilleur ami Boissy d'Anglas, Florian ne sortit de prison que le 9 août suivant. Malheureusement pour lui les conditions difficiles de sa détention l'avaient considérablement affaibli et il fut emporté par la phtisie le 13 septembre à Sceaux où il s'était installé. Mais notre fabuliste gardois est toujours présent à travers ses œuvres. La preuve en est avec une majorité d'entre nous le citant encore aujourd'hui sans le savoir – peut-être même notre " sinistre " tagger – avec, par exemples : " Chacun son métier… Les vaches seront bien gardées ", " Pour vivre heureux, vivons caché ", ou encore le célèbre " Rira bien qui rira le dernier ".
Je ne sais pas si Jean Claris de Florian avait l'œil azur ; par contre, ce qui est certain c'est qu'il avait le sang bleu…