C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

1 juin 2019

Un commerçant de la nouvelle rue d’Anduze…

En ce mois d’août 1852 nous retrouvons notre bon et patient commissaire Chibert au prise avec un commerçant irascible de la rue Neuve qui, au vu des nombreux procès-verbaux le concernant, devait être une des bêtes noires du policier ! En voici un exemple parmi d’autres.
 
«L’an mil huit cent cinquante deux le huit août ;
« Nous Charles Ambroise Chibert, commissaire de police d’Anduze étant en tournée de surveillance j’ai remarqué que le sieur Driole Louis, marchand de nouveautés rue Neuve à Anduze, avait en étalage des marchandises au devant de son magasin et qui étaient sur deux caisses renversées servant de tables ; et de vêtements sur deux guéridons, qui étaient sur la voie publique de plus d’un mètre, ce qui empêchait la libre circulation.
« Le cinq du courant il avait déjà exposé des marchandises sur une grande table ronde qui était sur la voie publique, et qu’il n’a pas voulu retirer. Malgré son opiniâtreté je lui ai permis de les laisser pour cette journée, lui disant que je le prévenais pour la dernière fois qu’à l’avenir je lui dresserais procès verbal.
« Malgré ces avertissements il s’est obstiné à le faire. Il avait encore aujourd’hui des marchandises comme je viens de le dire. Je lui ai dit : décidément vous ne voulez donc pas tenir compte de mes avertissements ? Veuillez, je vous prie, retirer les marchandises ; et ne me mettez donc pas dans la nécessité de verbaliser contre vous, et au lieu d’obtempérer à ma complaisance il s’emporta en criant dans la rue qu’il ne les ôterait pas (et c’est ce qu’il a fait), que je pouvais lui dresser procès-verbal, qu’il s’en foutait et qu’il en mettrait toujours.
« En vertu de l’article 12 du règlement de police de la ville d’Anduze, j’ai dressé le présent procès-verbal de simple police, pour être remis à monsieur le juge de paix du canton d’Anduze, pour sur les conclusions du ministère public être statué.
Anduze le jour, mois et an que dessus,
Le commissaire de police, Chibert »

5 mai 2019

Misserel de Tornac, vagabond de la première classe !…

A travers le procès-verbal de gendarmerie que je vous propose aujourd’hui nous remontons le temps jusqu’au onze août mille huit cent cinquante deux à Tornac. Trois gendarmes à cheval « à la résidence d’Anduze » font leur tournée et tombent inopinément sur un individu en train de manger près d’un feu, au milieu des vignes…
Mais je vous laisse découvrir ce rapport qui a attiré mon attention car la situation et les personnages auraient pu être facilement dans un roman de Victor Hugo ! Pour la petite histoire, à cette époque – août 1852 – le grand écrivain était nouvellement exilé à l’île de Jersey car en tant qu’homme politique il avait pris violemment position contre le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte ; cela eut pour conséquence son bannissement de la France pendant un certain temps…

« Ce jourd’hui onze août mil huit cent cinquante deux, nous Arragon Alexis, Verre Etienne et Berthomien Jean, gendarmes à la résidence d’Anduze, revêtus de notre uniforme, faisant une tournée de communes pour la répression du braconnage, parvenus en celle de Tornac, nous avons aperçu un individu dans une vigne qui avait allumé du feu et faisait rôtir du poisson en plein air, nous nous sommes approchés de cet individu. Les réponses qu’il a données à nos questions nous ont bientôt convaincus que nous avions affaire à un vagabond de la première classe. Il avait l’une des manches de sa blouse remplie de prunes, pressé de nous dire d’où venaient ces prunes, il nous a répondu les avoir volées dans la propriété de madame veuve Lauze de Tornac.
« Questionné de nous dire qui il était, il a dit se nommer Misserel Jean-Pierre, natif de Tornac. Sur ce nous lui avons déclaré que se trouvant en état de vagabondage et nanti d’objets volés, nous le faisions prisonnier pour être conduit devant monsieur le Procureur de la République à Alais, auquel magistrat nous adressons le présent procès-verbal et copie à monsieur le Commandant de cette compagnie.
Fait à Anduze les jours, mois et an que dessus.
Berthomien, Verre, Arragon »


En bas de page les gendarmes précisent dans leur signalement que l’homme serait âgé de dix huit ans : espérons pour lui que ce jeune « vagabond de la première classe » n’a pas fini au bagne de Toulon pour quelques prunes !…

21 avril 2019

D'Anduze à la principauté d'Orange…

Parmi les diverses archives retrouvées dans les combles de la mairie, celles dont je vous fais part régulièrement sur ce blog, il y a aussi un grand parchemin déroulé et abimé. Sans doute un rescapé de la grande inondation de 1958 (les tâches et salissures ainsi que la déformation de la fine peau d’agneau très gondolée devenue aussi dure que du carton montraient une exposition prolongée à l’humidité). Par contre l’important texte qui l’habille est parfaitement lisible mais… incompréhensible pour celui qui n’a pris aucun cours de latin ! Une écriture soignée dont certains mots, le titre en particulier mais aussi dans le texte, ont été tracés en couleur dorée. On remarque aussi une des signatures qui est graphiquement très belle, son auteur ayant suggéré avec talent le profil d’un oiseau !

Nous avons fait appel aux compétences de la restauratrice Aurélie Tanguy pour savoir ce qu’il serait possible de faire pour conserver dans de bonnes conditions ce grand document (41 X 60 cm). Dans un premier temps elle réussit à l’aplanir, ce qui lui permit de faire à ma demande des photographies assez nettes du texte pour que je puisse les transmettre à une spécialiste pour traduction. En attendant la fin de la restauration du parchemin et ensuite son encadrement sous verre pour sa conservation, nous allions enfin connaitre la destination de cet écrit.
La spécialiste c’est Marie-Lucy Dumas, historienne des Cévennes et présidente du « Lien des Chercheurs Cévenols », qui a eu la gentillesse de me faire une réponse précise et rapide. Il s’agit en fait d’un diplôme de docteur en droit canon et civil de l’université d’Orange, reçut en 1670 par Jacob Bezesse, Anduzien, après le passage de ses épreuves devant ses pairs qui l’ont qualifié « d’un mérite éminent et à l’unanimité ». Ce « grade » a été attribué dans le « palais » sous le haut patronage du chancelier de l’université, l’évêque d’Orange Alexandre Fabre, en présence également du « viguier du prince sérénissime ».

Un petit mot, sans entrer dans les détails, sur la principauté d’Orange et ce prince qui était à l’époque Guillaume III, ennemi juré de Louis XIV qui revendiquait depuis longtemps ce petit territoire voisin de la France. A la mort du prince, qui était entre-temps devenu aussi en d’autres circonstances roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, le roi soleil en profita pour l’occuper. A partir de 1713 l’acquisition sera reconnue officiellement. Enfin, après avoir été réunie au Dauphiné en 1734, la principauté fera partie intégrante du Vaucluse, nouveau département créé en 1793.


Alors bien sûr, comme me l’a écrit notre amie Marie-Lucie, ce document n’est « pas forcément intéressant pour les Anduziens mais plutôt pour les archives municipales d’Orange… ». Mais, en dehors du caractère inédit de ce grand parchemin au sein de nos propres archives locales, il concerne aussi une famille anduzienne au premier chef. Un patronyme du dix septième siècle oublié aujourd’hui et dont il reste tout à découvrir…

7 avril 2019

Naissance à Anduze de quatre des six enfants de Marie-Charlotte…

De gauche à droite l'abbé Noblet, Etienne, Jason, Nicolas et Julien.
Ce fut un bon week-end que ces 5, 6 et 7 avril, malgré le temps incertain, car nous avons assisté aux différentes étapes d’une opération rarissime et en tout cas complètement inédite à Anduze : les coulées et les démoulages en direct de quatre des six cloches du carillon qui viendra orner le beffroi du clocher de l’église d’Anduze.

Quelques mots pour résumer les circonstances qui nous ont amenées à organiser cet événement exceptionnel où les aspects cultuels et culturels sont intimement liés. Ils ajoutent ensemble une page particulièrement valorisante à notre histoire locale.

Une grosse cloche d’environ 670 kg pour plus d’un mètre de diamètre ornait le clocher de l’église ; née en 1847 et baptisée Marie-Charlotte, la vieille dame fut descendue il y a un an et demi à peu près pour les examens approfondis de symptômes visuels alarmants. Les conclusions confirmèrent nos craintes : sa dégradation avancée et irréparable ne lui permettant plus de regagner sa terrasse, une mise à la retraite après plus d’un siècle et demi de bons et loyaux services était inéluctable.

La municipalité, propriétaire des bâtiments de l’église dont le clocher, était prête à prendre en charge le remplacement de la cloche quand elle reçut une proposition de l’abbé Noblet, curé d’Anduze. Celui-ci voulait profiter de l’opportunité de ce changement pour installer un carillon de plusieurs cloches, elles-mêmes issues de la fonte de l'ancienne, afin d’obtenir un instrument aux possibilités musicales nettement plus élargies pour accompagner les différents services religieux du culte. Un souhait que nous n’avions aucune raison de refuser à partir du moment où la paroisse prenait en charge le surcoût financier de cette opération.

Culturellement et dans le cadre des JEMA (Journées Européennes des Métiers d’Art), c’était aussi pour la ville d’Anduze l’occasion ou jamais d’inviter les techniciens et véritables artisans d’art d’Azur Carillon à venir exprimer de façon concrète leur savoir-faire ancestral sur notre espace communal. Julien, Etienne, Nicolas et Jason nous ont donc emmenés, au cours de ces trois jours, dans leur univers particulier de fondeurs de cloches en nous expliquant aussi les différentes opérations conduisant à la réalisation des instruments.
Une fois finalisées ces cloches prendront place dans l’église d’Anduze pour une présentation au public et seront baptisées par l’évêque de Nîmes le lundi de Pâques 22 avril 2019. Il faudra le temps des travaux des nouveaux accès à la terrasse ainsi que de l'installation de la belle charpente en bois du beffroi pour que les six instruments soient opérationnels vers le 15 août 2019.

Concernant les coulées voici quelques images qui valent mieux qu’un long discours…



23 mars 2019

Les monnaies d’Anduze et de Roquefeuil : une histoire de famille…

Dans quelques semaines, au mois de mai, nous retrouverons avec plaisir Laurent Schmitt pour une conférence particulièrement attendue puisqu’elle viendra compléter avec de nouveaux éléments celle qu’il avait faîte il y a une dizaine d’années déjà sur le monnayage d’Anduze ! Organisée par le Club Numismatique Cévenol pendant le week-end de leur bourse nationale annuelle, nous serons heureux de tous les retrouver pour ce moment culturel et particulièrement convivial !
 
En attendant ce rendez-vous je voudrais dire quelques mots sur une famille dont la monnaie a toute sa place à côté des différents Bernardins dans la vitrine du collectionneur : celle des Roquefeuil. C’est une maison noble ancienne et puissante qui trouve son origine à Saint-Jean-du-Bruel, situé côté Est de l’Aveyron et à la frontière du Gard, aux environs du Vigan. A l’instar de la maison d’Anduze, au douzième siècle elle est auréolée d’un certain prestige depuis au moins trois cents ans.
 
Mais le spectre d’une fin de lignée et le jeu des alliances décideront Geoffroy de Roquefeuil, dernier descendant mâle de la famille, à faire entrer dans le giron familial de la maison d’Anduze sa fille unique et seule héritière. En 1129 il donna Adélaïde en mariage à Bertrand d’Anduze, troisième fils du seigneur Bernard IV. Cette union était accompagnée d’une condition : que les futurs enfants du couple portent le nom et le blason des Roquefeuil. Au bout de quelques années, Bertrand, devenu donc de Roquefeuil par son mariage, va bénéficier d’un concours de circonstances totalement imprévu qui va l’obliger à s’occuper des immenses possessions anduziennes : son frère ainé, qui était devenu le seigneur attitré d’Anduze sous le nom de Bernard V se retire en 1164 pour se faire moine, suivant les traces de son frère cadet Pierre Bermond, seigneur de Sauve, qui avait abandonné son pouvoir en 1161 pour la robe de bure ! Et, fait incroyable à l’époque, le jeune fils et héritier de Bernard V, Pierre-Bernard, rejoint son père en 1165 à l’abbaye de Bonneval !
Pour ne pas laisser le fief d’Anduze sans gouvernance, Bertrand de Roquefeuil le prend sous son aile. Il avait eu deux fils avec Adélaïde : l’ainé, Raimond, récupèrera la seigneurie de Roquefeuil tandis que Bertrand, le deuxième, s’occupera d’Anduze sous le nom de Bernard VI.
 
Côte à côte les deux maisons vont poursuivre leur chemin ensemble un certains temps, mais des grands événements de l’Histoire vont finir par les rejoindre et leur attribuer un destin différent. En attendant elles battirent chacune monnaie, symbole de leur puissance locale.
Le denier de Roquefeuil, rarissime aujourd’hui et donc nettement plus cher à l’achat que le Bernardin, plus facile à trouver, n’a certainement pas bénéficié de la même production que les pièces d'Anduze-Sauve. Il suffit de le regarder pour savoir qu’il n’en demeure pas moins de la même famille, et cela dans tous les sens du terme !…

9 mars 2019

Le général anduzien méconnu de l'armée révolutionnaire… 2

Suite et fin de cette note très intéressante que nous a laissé G.R. dans son ouvrage « Le Vallon d’Anduze ».

« A part l’honneur qu’il eut d’être porté et cité à l’ordre du jour, cette affaire lui valut le brevet de chef d’escadron qu’il refusa, et renvoya à Paris, en manifestant le désir de demeurer à la tête de sa compagnie. Mais, soit que nos gouvernants d’alors s’imaginassent qu’il ne se croyait pas assez récompensé, soit autre vue de leur part, ils lui envoyèrent sa nomination de général de brigade qu’il aurait refusé aussi si ses amis ne lui eussent fait comprendre qu’il allait s’exposer à être mandé à la barre de la Convention, et si un représentant du Peuple qui se trouvait au camps, ne lui eut dit en langage du temps : Capitaine tu dois accepter, la Nation décerne les palmes au mérite, et, en te récompensant, elle croit récompenser un bon b…..! (1)
« Mr. Blanc accepta. Il eut, sous son commandement, dix mille hommes de notre meilleure cavalerie, entre autres les deux régiments de carabiniers. L’occasion lui en étant souvent fournie, souvent il se distingua à la tête de cette troupe d’élite, et il aurait infailliblement poussé son chemin plus loin, ou se serait fait tirer, si le sort n’en eut décidé autrement. Un jour, au milieu d’une affaire des plus chaudes, un boulet de canon lui passe si près de la tête qu’il le rend complètement sourd et le laisse comme atterré sous le coup.
« Cette infirmité, que rien ne put lui guérir, le rendant impropre à suivre les armées le fit nommer commandant de place à Cambrai…
« Mais, soit qu’il s’imaginât que c’était descendre que d’accepter ce poste ainsi qu’il l’a dit plusieurs fois, soit, qu’en perdant l’ouïe, il eut perdu alors une partie de sa raison, il partit pour Paris sans regarder qu’il n’avait pas deux ans de service dans son grade de général de brigade, et alla solliciter sa retraite qui, d’après la loi, ne lui fut accordée que comme Capitaine.
« Il était dans le dix-huitième mois de son grade supérieur, et comptait, en tout, trente cinq ans, deux mois, vingt cinq jours de service, y compris quatre campagnes. Sa pension de retraite, annuelle et viagère, fut fixée à onze cents francs, quatre vingt neuf centimes seulement, tandis que, après son décès, celle de sa femme, ma belle-mère, fut portée à mille francs, la loi lui donnant droit, comme marié durant l’activité de service de son mari, au quart de la retraite du grade supérieur de ce dernier.
« Le général s’était retiré, d’abord à Laon, chef lieu du département de son épouse ; mais le 11 floréal an 10 de la République, il quitta ce lieu avec sa femme et ses trois enfants en bas âge, et, voyageant à petites journées en voiture, il arriva, le sixième prairial an 10 à Anduze où il est mort le 20 septembre 1820. Jamais convoi funèbre, chez nous, n’a été plus pompeux, ni plus nombreux en assistants que le sien ! »
 
 
Si la période révolutionnaire fut violente et incertaine pour une majorité des cadres de l’armée, elle offrit aussi à certains soldats d’origine modeste comme Chalbos et Blanc l’opportunité d’optimiser une fin de carrière, avec plus ou moins de réussite selon leur compétence… et leur état de santé !

Une époque favorable à l’émergence de personnalités les plus diverses qui surent profiter de circonstances exceptionnelles pour faire évoluer leur situation personnelle. Encore un exemple avec ce capitaine qui, en décembre 1793, contribua grâce à son sens tactique et son obstination à la reprise du port et de la ville de Toulon aux Anglais. Trois jours après ce succès il passa du grade de capitaine à celui de général de brigade ! Il faut dire aussi qu’à la différence de nos deux généraux précédents, celui-ci n’avait que 24 ans lors de cette nomination et son extraordinaire ascension ne faisait que commencer : il s’appelait Napoléon Bonaparte…


(1) Recopié tel que : je n'ai pas trouvé le mot correspondant aux points de suspension. 

23 février 2019

Le général anduzien méconnu de l'armée révolutionnaire… 1

Il y a quelques semaines je vous proposais « un général oublié de l’armée révolutionnaire », Alexis Chalbos, celui-ci ayant eu, sans être Anduzien, des attaches particulières avec notre cité… Eh bien vous allez découvrir un autre général oublié de l’armée révolutionnaire ! Mais cette fois-ci Anduzien…
 
J’ai découvert son existence dans un ouvrage qui fait partie des quelques trésors littéraires que possède la ville d’Anduze et qui sont d’une très grande valeur patrimoniale, historique et bien sûr culturelle. Celui qui nous intéresse aujourd’hui est entièrement manuscrit. D’environ cent quarante pages pour un format de dix-neuf par vingt-huit centimètres, il est daté de 1868 avec le titre principal « Le Vallon d’Anduze ». Selon une dédicace présente sur la première de couverture, l’auteur, dont nous ne connaissons que les initiales G.R., avait offert cet exemplaire unique à la bibliothèque municipale d’alors.
 
Le livre a deux parties distinctes : la première et la plus importante est consacrée à la description et aux réflexions de l’écrivain sur Anduze et ses environs sous la forme d’un immense poème composé de 202 strophes écrites dans une calligraphie très homogène. Il est vrai qu’à cette époque le Félibrige est à son apogée et s’exprimer en vers est une activité ludique dans l'air du temps ; la deuxième partie, m’intéressant plus particulièrement, regroupe des petites notices explicatives numérotées dépendantes des renvois présents dans son texte. Elles concernent le plus souvent des personnalités locales que l’auteur fréquentait. Parmi ces notes l’une d’elle est plus longue que les autres pour résumer l’étonnante carrière militaire d’un certain Jean Jacques Blanc, né à Anduze.
 
A l’instar de Chalbos, il s’engagea très jeune dans la cavalerie royale et gravit rapidement tous les échelons quand arriva la période révolutionnaire, pour finir, lui, général de brigade !… A priori les deux hommes ne se trouvèrent pas sur les mêmes champs de bataille mais peut-être se sont t-ils croisés. Mais revenons à cette note que nous a laissé G.R. dont le témoignage exceptionnel est d’autant plus précieux que celui-ci s’avérait être, d’après ses dires, le gendre du général…

« Né à Anduze le 27 septembre 1745, bel homme, très fort, malgré sa taille élancée et peu commune (1 mètre 84 centimètres), Mr Jean Jacques Blanc, général de brigade en herbe, à l’âge de 17 ans, poussé vers le métier des armes, s’enrôla volontairement, et avait atteint sa vingt-neuvième année de service, n’étant que maréchal-des-logis dans le Régiment du Roi, cavalerie, lorsque survint en France la grande époque de 1789. Alors commença, pour celui qui devait être un jour mon beau-père, une phase nouvelle dans la glorieuse carrière militaire.
« En peu de temps, il passa successivement un grade de Sous-lieutenant et de Lieutenant ; fut fait chevalier de St Louis sous l’Assemblée Constituante ; fit partie de l’Armée du Nord, et fut bientôt nommé Capitaine de Dragons, poste et arme qu’il affectionnait et dans lequel il croyait trouver son bâton de maréchal, mais poste que lui fit franchir, malgré lui, sous la Convention Nationale, un acte de bravoure dont je parlerai tout à l’heure.
« Il était dans la division du général Souham, au quartier général de Courtray, on demande des cavaliers de bonne volonté pour aller dégager, s’il se peut, une compagnie de chasseurs qui, s’aventurant un peu trop dans une patrouille, s’était vu barrer le passage par un escadron de hulans
(1), et s’était exposée à être mise en pièces ou être faite prisonnière ; il sort des rangs à cet appel, sa compagnie entière veut le suivre, il prend un chemin détourné, joint les chasseurs près d’être attaqués, prend le commandement des deux compagnies et, fondant au galop sur les hulans, il les force à prendre la fuite laissant trois cents des leurs morts ou blessés sur le champ de bataille, le chef d’escadron compris. (…)»
 
A suivre

(1) Le hulan était un lancier des armées slaves et allemandes.