C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

10 février 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (3)

Nous terminons, avec ce troisième volet, l’état des lieux chaotique dressé par le juge de paix et commençons à découvrir les procès-verbaux des nombreux témoins dont le point commun restera le fait qu’ils ont tout vu des exactions des « attroupés », mais n'ont reconnu… personne ! Nous sommes bien en Cévennes… 

« De la nous sommes montés au premier étage de la ditte aile de batiment et a la chambre qui est au-dessus de la ditte cuisine, la ditte chambre éclairée par deux fenetres situées au midy et une fenetre du coté du Nord, le plancher supérieur de la ditte chambre a été brulé presque en entier, les petits bois & contre vent des dittes fenetres enlevés ainsy que nous l’avons vu & que les gens de l’art l’ont remarqué. De la nous sommes entrés dans un cabinet qui est a coté de la ditte chambre & qui est éclairé par une fenetre située au midy nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte du dit cabinet ainsy que les contre vent & petites bois de la ditte fenetre avoient été enlevés. De la nous sommes montés au second étage de la ditte aile de batiment et a la chambre qui se trouve sous les toits, laquelle est éclairée par deux fenetres situées au midy & par une autre fenetre située au Nord, nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte d’entrée de la ditte chambre a été enlevée ainsy que les contre vent des dittes trois fenetres, le couvert & boisage étant en bon état, sauf les tuiles qui sont brisées en partie. De la nous sommes dessendus & étant sortis de la ditte maison nous sommes entrés dans un petit batiment servant de loge a cochon adossé et tenant à la ditte maison du coté du levant. Nous avons vu et les gens de l’art ont reconnu que la porte du dit batiment a été enlevé et le dit batiment brulé, ny ayant que les quatre murs. De la nous avons été a un batiment adossé a la ditte maison du coté du couchant, le dit batiment servant de magnanerie et de grenier a foin éclairé par trois fenetres & situées au midy. Par une fenetre située au couchant et par deux autres fenetres et une troisième plus petite situées au Nord nous avons vu & les gens de l’art ont remarqué que les contre vent des dittes fenetres avoient été enlevés et une partie des tuiles du couvert de la ditte magnanerie brisée. Et attendu la présence du dit sieur Claude Villaret & Marie Bastide sa femme les avons sommés après qu’ils ont eu prêté le serment en tel cas requis de nous déclarer s’ils connaissoient les auteurs du délit cy dessus. Le dit Claude Villaret meunier demeurant en qualité de fermier a la maison de campagne de Veirac, appartenant au sieur hostalier, agé de soixante quatre ans, nous a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit procureur de la commune et être seulement le fermier du dit sieur hostalier & nous a déclaré n’avoir reconnu personne a cause du prodigieux nombre des attroupés et avoir vu les dits attroupés jeter au feu toutes les portes et contre vent qu’ils arrachoient des fenetres. Qu’il parvint cependant a sauver quatre ou cinq contre vent et a signé sa déclaration. »
« Marie Bastide épouse du dit Claude Villaret & demeurant avec son dit mary, âgée de cinquante sept ans, déclare n’avoir reconnu personne a cause du grand nombre des attroupés, et avoir vu les dits attroupés arracher les portes & les contre vent des fenetres de la ditte maison et les jeter au feu ainsy que le bois et les sarmans qu’ils avoient ramassés et entassés au devant de la ditte maison pour leur usage. Requise de signer sa déclaration a dit etre illettrée et nous avons de ce que dessus dressé le présent proces verbal, lequel les dits notables & gens de l’art ont signé avec nous et notre secrétaire greffier. »

« Procès verbal de déclaration de témoins
« L’an mil sept cens quatre vingt douze & le mercredi onzième avril, par-devant nous juge de paix & officier de police de la ville d’anduze
« sont comparus sieur David Puget, Paul Fraissinet et Barthelemy Lapierre, témoins amenés par le procureur de la commune de la ville d’anduze a l’effet de déclarer les faits & circonstances qui sont a leur connoissance au sujet du délit dont est question en la dénonce faite par le sieur procureur de la commune de la quelle nous avons donné connoissance aux dits témoins sus nommés. Les quels après avoir prêté le serment en tel cas requis ont fait leur déclaration ainsy qu’il suit. »
« Sieur David Puget tailleur d’habits citoyen de cette ville agé de trente huit ans a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit procureur de la commune ny du sieur hostallier, et déclare qu’il sait que la maison de campagne du sieur hostallier, situé au lieu de Veirac, a été dévastée & brulée, qu’il a vu même les flammes du feu sortir de la dite maison mais qu’il na point vu ny ne connoit point les auteurs du dit délit. Lequel fut commis le jeudi cinq du courant vers les cinq heures du soir et plus na dit savoir & a signé la présente déclaration. PUGET »
« Sieur Paul Fraissinet fils cordonnier citoyen de cette ville agé de vingt trois ans a dit n’etre parent, allié, serviteur ny domestique du sieur procureur de la commune ny du sieur hostallier et déclare que jeudy dernier cinquième du courant sur les cinq heures du soir, étant à Veirac il aida le sieur Villaret, fermier du sieur hostallier, a sortir les meubles que le dit Villaret avoit dans la maison de campagne du sieur hostallier située a Veirac. Il dit que la ditte maison étoit incendiée mais il ne vit & ne reconnut point les auteurs du dit délit & plus na dit savoir & a signé la dite déclaration. FRAISSINET FILS »
« Sieur Barthelemy Lapierre fils, perruquier citoyen de cette ville agé de dix neuf ans a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit sieur procureur de la commune ny du sieur hostallier et déclare que le jeudi cinq du courant sur les cinq heures du soir, se trouvant au lieu de Veirac il aida le sieur Villaret, fermier du domaine du sieur hostallier situé au dit lieu de Veirac, a sortir les meubles que le dit Villaret avoit dans la maison. La quelle le déposant vit toute en feu et incendiée, mais il ne connut point & ne vit point les auteurs du délit et plus na dit savoir et a signé la ditte déclaration. LAPIERRE FILS »


A suivre

27 janvier 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (2)

Avant d’aborder la suite du précédent billet, je voudrais apporter une rectification à celui-ci quant au texte que j’avais attribué à Yves Chassin du Guerny dans le fascicule à son nom concernant le château de Tornac. En effet, je viens de retrouver en parcourant le rarissime livre de Francis Bernard « Terre de Tornac », édité en 1947 à cent exemplaires numérotés, le même texte au mot près sur les incendies de châteaux en avril 1792… L’oubli de mentionner l’auteur du texte dans le fascicule et mon manque de vigilance ont conduit à cette erreur, aussi « rendons à César ce qui est à César »…

Cette deuxième partie nous permet de commencer à visiter l’endroit sinistré en compagnie du juge de paix et de divers témoins pour un procès-verbal d’état des lieux. Un château souvent qualifié dans le texte de « maison de campagne », ce qui corrobore bien l’idée qu’il s’agissait certainement d’un grand mas et ses dépendances. Une maison de maître que la qualité de ses propriétaires, dépendant de l’aristocratie et de la féodalité, a fait rebaptiser « château » par les simples citoyens de l’époque…

Les écrits ont été recopiés tels quels (fautes comprises) pour garder l’esprit du document. Par contre, la ponctuation étant totalement absente, je me suis permis d’en ajouter quelques-unes ici ou là pour rendre la lecture un peu plus digeste !
 
« L’an mil sept cens quatre vingt douze et le mercredi onzième avril a trois heures après midy, nous Louis Fontane juge de paix & officier de police de la ville d’anduze, en conséquence de notre ordonnance apposée au bas de la dénonce a nous faite cejourd’hui par le procureur de la commune de la ville d’anduze. Etant accompagné des sieurs Jean Regoure & Charles Silhol, tous deux notables de la ditte ville d’anduze, dont nous avons requis l’assistance a l’effet d’être en leur présence procédé aux opérations cy après dont nous leur avons fait connoitre l’objet, et de sieur Louis Ferrier maçon architecte et sieur Joseph Massot serrurier, citoyens de la ville d’anduze aussi requis de se trouver à la maison de campagne située au lieu de Veirac, appartenant au sieur hostalier citoyen de la ville de Montpellier, pour y visiter les dégats dévastations et incendies commises à la ditte maison de campagne & batiments y attenant dont il est fait mention en la dénonce du dit sieur procureur de la commune, les quels dits sieurs Ferrier & Massot ont preté en nos mains le serment de procéder en leur ame & conscience et de déclarer vérité. Nous nous sommes transportés a la ditte maison de campagne située comme est dit cy dessus au lieu de Veirac, ou étant nous avons trouvé le sieur Claude Villaret fermier du dit sieur hostalier, lequel sur notre réquisition nous a conduit à la ditte maison de campagne, et étant arrivés a la porte d’entrée nous avons requis les dits Ferrier & Massot d’en faire la visite avec nous a l’instant, a quoy procedant nous avons vu & les sieurs gens de l’art ont remarqué que le batant de la porte a droite en entrant dans la ditte maison a été brulé y en ayant encore une partie qui, quoique réduit en charbon, tient encore au gond supérieur ; et le batant a la gauche de la ditte porte d’entrée est hors de ses gonds et tient par une longue pièce de bois qu’on a placé dans la maison. La partie supérieure du dit batant est en bon état et la partie inferrieure a été brisée a coup de hache. Etant entrés dans la ditte maison nous avons vu l’aile droite en entran composée de trois pièces, l’une au rez de chaussée, l’autre au premier & la troisième au second. Celle du rez de chaussée éclairée par trois fenetres, deux du coté du midy & l’autre du coté du nord. Celle du premier éclairée par un même nombre de fenetre, deux du coté du midy & une du coté du levant, et celle du second égallement éclairée par deux fenêtres, l’une au levant & l’autre au midy, laquelle aile de batiment nous avons vu & les gens de l’art ont remarqué avoir été entièrement brulée jusque au couvert inclusivement, ainsy que toutes les portes contre vent & petit bois des dittes trois pièces a l’exception d’une petite partie du plancher formant la partie haute de la chambre du premier étage. Celle du rez de chaussée étant couverte d’un tas de ruine tuiles brisées et bois brulés ou a demi brulés, ny ayant dans cette partie que les quatre murs et vis a vis. La porte d’entrée de la ditte maison est un cavot s’enfonsan sous l’escalier, nous avons vu et les gens de l’art ont remarqué que la porte du dit cavot avoit été arraché ainsy que quelques étages en bois qui étoient dans le dit cavot. De la nous sommes entrés dans une pièce servant de cuisine au fermier située au rez de chaussée et sur la gauche en entrant. Dans la ditte maison nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte a deux batants de la ditte cuisine avoit été arrachée & l’arboutant de fer qui tenoit un des dits batants coupé, que la cheminée en platre de la ditte cuisine a été abatue ainsy que le fourneau a recheau, que les portes des deux armoires qui sont dans la ditte cuisine ont été arrachées ainsy que les contre vents des deux fenetres situées au midy et éclairant la ditte cuisine… »

A suivre

13 janvier 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (1)

Toujours dans la suite des documents retrouvés par hasard au dernier étage de la mairie et non répertoriés dans nos archives municipales (ce que je vais entreprendre au plus tôt !), je suis tombé sur une liasse de feuillets manuscrits d’époque révolutionnaire relatant l’enquête concernant l’incendie criminel du dit « château de Veirac » au mois d’avril 1792…

Un témoignage local exceptionnel en relation avec l’événement historique plus large des nombreux incendies de châteaux dans le Gard et ailleurs. Voici ce que disait à propos de cet épisode le grand archiviste de notre département, Yves Chassin du Guerny, dans son fascicule consacré au château de Tornac, qui fut lui-même embrasé le 4 avril :
« (…) En ce même printemps, quantité de châteaux furent brûlés dans le département sous l’impulsion de la colère provoquée dans les esprits exaltés par l’accident de Villeneuve-les-Avignon (25 mars 1792) où soixante-neuf volontaires furent noyés. On crut à un complot fomenté par les aristocrates et on se vengea en incendiant leurs châteaux. » (…) Il est vrai aussi que les auteurs de ces excès étaient généralement des « patriotes », des amis de la Constitution, « de bons cultivateurs d’une moralité saine dans la conduite ordinaire de la vie ». Sans doute il se glissa dans leurs rangs de mauvais sujets poussés par l’amour du pillage. (…) »

Je vais donc vous proposer en plusieurs billets ce rapport original. Aujourd’hui, dans ce premier document, nous faisons la connaissance de Charles Louis Albaret, procureur d’Anduze et de Louis Fontane, juge de paix et officier de police d’Anduze ; ainsi que de son greffier, un certain Coulomb, peut-être de la même famille que le juge de paix que nous connaissons bien et qui officia à l’époque napoléonienne (voir billets précédents). Je vous parlerai aussi plus tard du sieur Hostallier, propriétaire des lieux sinistrés et bien sûr lié au nom de Veirac dont les différentes orthographes ont créé un imbroglio, source de confusion chez certains historiens contemporains :

« A monsieur le juge de paix officier de police de la ville d’anduse »

« Charles Louis Albaret procureur de la commune de la ville d’anduse vous remontre que jeudi dernier, cinquième du présent mois d’avril, l’on apprit au point du jour que des troupes armées portoient l’incendie & la dévastation dans tous les châteaux & maisons qu’on disoit appartenir aux ennemis de la Constitution ; cette funeste erreur, ce terrible aveuglement s’est propagé jusque sur notre territoire, la maison de campagne du sieur hostalier citoyen de montpeiller située dans le quartier de vairac a été dévastée & incendiée, pourquoi le dit procureur de la commune déclare qu’il vous dénonce le fait ci-dessus enoncé, dont-il offre d’affirmer la vérité, & qui sera attestée par les témoins amenés avec lui, & vous requiert d’agir conformément à la loi. » Signé Albaret et Fontane.

« La présente dénonce signée du sieur Albaret procureur de la commune de cette ville d’anduze nous a été présentée cejourd’huy mercredi onzième avril a une heure de retenue par le dit procureur de la commune le quel a affirmé que le fait étoit tel qu’il avoit exposé dans la dite dénonce de laquelle lui avons donné acte et attendu la présence des témoins amenés par le dit procureur de la commune nous avons reçu la déclaration des dit témoins sur les faits contenus en sa ditte dénonce des quelles déclarations ils été tenu notte par notre greffier pour servir & valoir ce qu’il appartiendra »
« Au surplus disons que sur le champ nous nous transporterons sur les lieux du délit pour en présence de deux notables être fait visite par un mâcon & un serrurier de l’état des dits lieux et prendre tous les éclaircissements relatif au délit dont est question dans la présente dénonce à anduze dans notre maison & cabinet le mercredi onzième avril mil sept cent quatre vingt douze. » Signé Fontane, juge de paix et officier de police.
 
A suivre…

10 décembre 2017

Cambriolage à l’enclos du couvent des religieuses du Verbe Incarné…

Le deux août 1806 c’est le nommé Pierre Bastide, fabricant de bas, qui vient déposer plainte auprès du juge de paix Coulomb aîné pour un cambriolage à « l’enclos du ci devant Couvent des Religieuses »…
Il ne fait aucun doute ici qu’il s’agit de l’évocation du couvent du Verbe Incarné, ordre monastique féminin de droit pontifical venu s’installer à Anduze à la toute fin du dix septième siècle. Une implantation encouragée à l’époque par l’intendant du Languedoc Bâville : de nombreuses jeunes filles protestantes ou soupçonnées de l’être y furent enfermées de force, aux frais obligatoires de leurs parents, pour les convertir à travers l’éducation prodiguée par les sœurs.

A la Révolution, avec l’interdiction de tous les ordres religieux, les différents biens du couvent, devenus nationaux, furent vendus par lot aux citoyens capables d’acheter. Nous savons que l’immobilier était assez important et situé dans les quartiers de la rue Grefeuille et de la rue du Couvent, petite ruelle étroite qui débouche à l’entrée du passage couvert, lui-même donnant accès à l’une des vieilles portes de la cité. L’enclos du grand jardin appartenant à l’institution religieuse devait se trouver au niveau de la maternelle actuelle et de la rue Enclos-Blaise, construites ultérieurement.

Voici la déclaration, telle que :
« (…) Est comparu sieur Pierre Bastide fabriqt de bas habitant de cette ville d’Anduze. Lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits ci-après détaillés a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Bastide qui a dit, que dans le courant de la nuit dernière, des malintentionnés ont enfoncé la porte d’entrée de son jardin situé a l’enclos du ci devant Couvent des Religieuses. Sont entrés dans le dit jardin, ont encore enfoncé une autre porte d’un petit mas, ou il tient les agrès de sa filature, lui ont commis des dégâts considérables tant dans le dit jardin que dans le petit mas, et comme il ne connait point les auteurs de ce délit, il vient nous en porter la plainte, afin que s’il peut en tems et lieu les découvrir, les poursuivre conformément à la loi, nous invitant à nous transporter sur les lieux pour en constater les dégâts, et du tout nous demander acte et à signé. »
« (…) Du dit jour heure de dix du matin, nous juge de paix susdit en vertu de notre ordonnance ci dessus, nous sommes transporté accompagné du sieur Pierre Bastide et de notre greffier sur le jardin du dit Bastide, ou étant arrivé nous avons reconnu qu’on avait forcé avec des outils, la porte d’entrée du dit jardin et presque arraché la serrure, plus on a crevé quatre bassins en cuivre, et ont brisé un en parti, les dits bassins servant pour la filature, plus une flotte chique
(soie de petit cocon mou enroulée sur un écheveau) qui était sur le tour, qu’on a coupée, plus, on a enfoncé la porte et arraché la serrure d’un petit mas, et enfin ils ont emporté deux sachettes en toille et un juste de cadis (un morceau de tissu en laine), appartenant à une des fileuses, tous lesquels desgats et vol, estimons se porter en tout a la somme de trente trois francs cinquante centimes, et n’y ayant plus rien estimé, nous avons clôturé notre verbal, et nous sommes signé avec le sieur Bastide et notre greffier. »

24 novembre 2017

Anduze et l’agression de son maréchal… d’Empire !

Lithographie d'après Géricault "Le maréchal-ferrant"
Dans la suite de notre petite collection d’anciennes plaintes retrouvées avec plaisir sous les toits de la mairie, en voici une déposée en mai 1806 où nous faisons la connaissance de Louis Maurin qui exerça la profession de maréchal-ferrant ou de « maréchal à forge » à Anduze. Un métier stratégique qui fut étroitement associé à deux autres activités complémentaires et incontournables citées dans ce témoignage : celles de bourrelier et de charron. Un secteur logistique lié aux équidés d’une importance capitale car indispensable économiquement à tous les différents corps de métiers de l’époque.
 
Il est à noter que dans ce texte les anciennes casernes sont évoquées de façon fugace avec « la grande porte qui conduit à la cour » : la construction du grand temple sur les lieux ne sera d’actualité que deux ans plus tard avec l’achat par la commune de l’ensemble des vieux bâtiments !…
 
Voici la déclaration, telle que : «(…) Est comparu sieur Louis Maurin maréchal à forge habitant de cette ville d’Anduze lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés à quoi nous avons procédé d’après la déclaration du dit maurin qui a dit que le jour d’hier, environ les huit heures du soir, il allait faire ses besoins aux commodités du quartier des casernes, lorsqu’il fut entré dans la grande porte qui conduit à la cour, il rencontra le sieur Marc Ducros bourelier habitant de cette ville qui, du moment qui l’apperçut, lui cria te voilà coquin, voleur, quand est ce que tu me rendras mon fer. Le plaignant lui répondit quand tu m’auras payé ce que tu me dois alors je te payerai ton fer ; le plaignant poursuivait son chemin, et Marc Ducros lui jeta une grosse pierre qui le toucha au côté gauche et lui fit beaucoup de mal. Il ne se contenta de la première, il lui en jeta une seconde qui ne fit que l’effleurer à la cuisse et fut dans la cuisine de la maison de la nommée Mauret ; sous lesquels faits le plaignant affirme vrais et sincères et désigne pour témoins d’iceux le nommé Mauret et son épouse, et Vauc ainé charron et du tout requiert acte, se déclare partie civile et a signé (…) »

10 novembre 2017

Marie Charlotte, malade, a quitté sa tour et Anduze…

C’est pour raison de santé que le vendredi matin trois novembre dernier, Marie Charlotte, locataire du clocher de l’église, fut emmenée avec tous les égards dus à son grand âge.

Il aura fallu un récent changement d’entreprise de maintenance décidé par la municipalité, responsable du bon fonctionnement des différentes cloches de la ville, pour s’apercevoir que celle de l’église n’avait plus toute sa tête depuis longtemps !… Dès la première visite du nouveau technicien à son chevet, celui-ci nous exprima son inquiétude sur l’état de dégradation avancée de notre vieille dame.

Sur son conseil un audit fut diligenté par la mairie. Il vint confirmer les premières constatations alarmantes, avec entre autres la présence de traces d’humidité sous la jupe et la suspicion d’un cerveau atteint dans son intégrité. Si nous ne pouvons reprocher à Marie Charlotte ce laisser aller avec ces signes normaux de vieillesse, résultats d’une longue vie active depuis cent soixante dix ans cette année, il est très regrettable que son cas ne fut pas signalé plus tôt pour pouvoir bénéficier des soins nécessaires.

Aujourd’hui, avec sa constitution d’airain et la présence de spécialistes à ses côtés, notre malade a toutes les chances de guérir malgré le retard des traitements et les importantes opérations qui l’attendent. En restant optimiste sur la suite des événements, il va falloir de toutes façons être patient avant de la retrouver accrochée à son vieux clocher protecteur qui, lui-même, a besoin de quelques travaux urgents de rénovation intérieure ! … Une vieille tour pleine de mystères quant à son origine et sa destination première, mais ceci est encore une autre histoire !…

13 octobre 2017

Anduze et sa « place dite des fainéans »…

Avec ce document original, de la période napoléonienne rayonnante, nous abordons ce qui semble être du racisme économique. Déposée par l’un des représentants de l’une des plus anciennes familles d’Anduze, les Régis,  notamment « faiseurs de bas », cette plainte évoque un lieu de la cité qui a beaucoup changé depuis, pour ne pas dire disparu avec son nom : la place des Fainéants. Celle-ci était située dans le quartier actuel de la place Albert Cabrières (maire d’Anduze de 1947 à 1959), sans en connaître exactement les contours du fait de la transformation radicale de l’endroit.
 
A l’époque l’espace, devenu progressivement le lieu de rendez-vous des chômeurs, avait fini par être baptisé ainsi au regard du désœuvrement affiché des nombreuses personnes attendant l’hypothétique proposition d’un emploi ; ce qui explique peut-être en grande partie l’état d’esprit particulier de certains intervenants décrit dans le procès-verbal, l’origine étrangère de la victime étant clairement soulignée dans ce témoignage officiel…
Recopié tel que, en voici le texte :

« Cejourd’hui douzième janvier mille huit cent huit a dix heures du matin devant nous Jean Coulomb aîné juge de paix officier de police judiciaire de la ville et canton d’anduse et dans notre cabinet assisté de Jacques Gache notre greffier.
« Est comparu sieur Jacques Régis négociant habitant de cette ville d’anduse lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés à quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Régis qui a dit que le dimanche dix du courant sur les six heures du soir le nommé andré yeuzet polonais de naissance son valet duquel il prend le fait et cause fut arrêté sur la place dite des fainéans par les frères Bony agriculteurs, et autres l’insultèrent et le menassèrent de la manière la plus forte, et comme la femme et la fille de Bastide Carnoulès entendirent les menasses et virent le danger que courrait le dit André, elles le firent retirer chez le dit sieur Régis son maître, ce qu’il fit mais en s’en allant les dits Bony frères lui dirent tu fais bien de t’en aller car tu seras fort heureux de te coucher sans être bâtonné ; lorsqu’il fut l’heure de se retirer le dit André prit son chemin pour aller se coucher à la fabrique du dit Régis qui est de l’autre côté du pont ; à peine fut il rentré que le nommé Beaux fils, es ouvrier du dit Régis vint frapper la porte en demandant du feu pour allumer sa pipe, accompagné de plusieurs autres qu’il ne connut pas, et ayant ouvert le dit Beaux lui demanda s’il était seul, à quoi le dit André lui répondit que non, que les frères Louis et Auguste Régis étaient couchés, quoique cela fut faux, mais ayant connu leurs mauvaises intentions à son égard, il se servit de cet stratagême pour leur en imposer ;  effectivement le dit Beaux sur le champ se retira et fut trouver les autres individus qui étaient arrêtés à peu de distance de la maison.
« En conséquence il est venu porter sa plainte pour la conservation de ses droits, et s’il peut parvenir à découvrir des témoins poursuivre les individus cy dessus dénommés, tous lesquels faits le dit Régis affirme vrais et sincères mais ne peut désigner de témoins quand à présent, et du tout requiert acte et a signé. »