C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

6 mai 2014

Quand Marie Charlotte chante du haut de sa tour…

Un billet un peu particulier aujourd'hui avec ces lignes qui furent écrites par mon père en 2003 pour l'ouvrage retraçant l'histoire de l'église Saint Etienne d'Anduze et édité par la paroisse catholique à cette date. Il s'agit ici de ses observations et réflexions personnelles concernant l'un des derniers vestiges architecturaux du Moyen-âge de notre cité qui, à l'instar de notre tour de l'Horloge, bénéficia d'un heureux concours de circonstances l'épargnant de la destruction :
" Dès le premier regard, le clocher intrigue par l’orientation de ses faces avec une différence de quelques degrés par rapport aux grands axes de l’église. Il apparaît vite bien plus ancien par la facture de son revêtement aux moellons bosselés très soignés de la partie inférieure. En revanche, le sommet, largement ajouré sur les quatre côtés sous le dôme, où se trouve la cloche unique, pourrait avoir été construit avec l’église en 1686 et remplacé une simple structure en ferronnerie supportant la cloche. Selon la coutume, cette cloche porte l’inscription gravée des circonstances de son baptême :
 
AU FRAIS DES CATHOLIQUES D'ANDUZE SIT NOMEN DOMINI BENEDICTUM DE ME NOMME MARIE CHARLOTTE • LE M•TE CHARLES DE NARBONNE LARA MR COSTE CURE LE PARAIN M•R• FAIT PAR CARLE JACOB • ROUSSALIER • LA MARRAINE M•ME LA BARONNE MARIE FELICITE DE MERLET •• MDCCCXXXXVII
 
" Ce clocher fut donc épargné lors de la démolition du temple à la Révocation de l’Edit de Nantes et bien qu’il ait pu lui servir ainsi durant 85 ans. Mais il n’avait pas été construit avec le temple en 1600, l’Eglise Réformée de l’époque ne prévoyait en général qu’un modeste portique au-dessus du fronton. Il faut alors en déduire que notre clocher avait été déjà épargné, par les protestants cette fois, lors de la démolition du prieuré et de l’église Saint-Etienne en 1567, et l’on peut donner deux raisons à cela :
D’abord, on l’a vu, la ville avait un droit d’usage des cloches et par ailleurs en ce temps de guerre, il n’eut pas été raisonnable d’éliminer une tour aussi solide pendant qu’on fortifiait Anduze de tous côtés, une tour qui n’avait en fait aucun caractère religieux. Ensuite elle avait été véritablement conçue pour un rôle défensif. De l’extérieur, on y accède aujourd’hui par une porte ouvrant sur une passerelle de plain-pied avec le Plan de Costes (Place René Cassin) et ce niveau est de l’autre côté à 6m au-dessus du sol de l’église actuelle. Ses murs ont de 1,30 à 1,40 m d’épaisseur portant un escalier intérieur aux hautes marches de pierre qui conduit à la plate-forme supérieure. Sur le trajet on découvre, dans la paroi face Est, deux magnifiques archères superposées et aménagées selon les règles les plus classiques de l’architecture militaire moyenâgeuse. Cette particularité est très peu connue car les orifices, occultés par le mur de l’église, sont aujourd’hui invisibles du dehors. On peut sans doute avancer qu’étant donnée sa position et son orientation, cette tour faisait partie de l’enceinte du château des seigneurs d’Anduze à la fin du XII ème et début du XIII ème siècle.
Un chemin montant d’accès au château contournait le pied même de la tour car l’on remarque à la base de l’arête N.O. les pierres d’angle joliment taillées d’origine en pan-coupé pour faciliter le passage des chariots.
Evidemment une nouvelle énigme s’impose : Pourquoi cette tour a-t-elle échappé en 1256 à la destruction du château imposé à Pierre Bermond VII par le roi Louis IX (Saint-Louis)? On ne voit qu’une réponse acceptable : Elle était déjà considérée comme le clocher de l’église paroissiale Saint-Etienne…
Ce clocher, trois fois rescapé des injustices de l’Histoire, est bien une véritable relique du passé Anduzien ! "

11 mars 2014

Le rêve magnifique de Jules… 3

Les événements de 1848, avec le départ forcé du roi des Français Louis-Philippe, contribuèrent à reporter la décision de mise en route du projet, pourtant adopté, de Jules Teissier-Rolland : d'autres priorités politiques et économiques du moment escamotèrent son dossier…
Opiniâtre, notre passionné n'en poursuivit pas moins inlassablement ses études, rendant rapport sur rapport, d'année en année. Celui de 1852 est encore plein d'espérance car il a obtenu l'engagement de principe du Président de la République devenu, après son coup d'état de 1851, l'empereur Napoléon III. Alors Jules prépare le nouveau concours qui aura lieu en 1853. Il publie une nouvelle série de communications sur son projet qu'il affine mais livre aussi l'historique de ceux de ses concurrents. Certains sont étonnants comme celui de 1824 où un ingénieur avait imaginé un canal de navigation entre Alès et la mer (Aigues-Mortes), avec une dérivation pour alimenter Nîmes, l'eau nécessaire étant puisée dans les gardons d'Anduze et d'Alès (!). Ces communes " alarmées d'une dérivation de ces deux branches de la rivière pour alimenter le canal projeté, s'opposèrent à cette dérivation et adressèrent des réclamations au Conseil général et au gouvernement." Ce projet fut logiquement abandonné… Jules était évidemment opposé à de telles propositions, connaissant particulièrement bien son environnement et ses nombreuses contraintes.
Pendant une douzaine d'années d'études acharnées, il n'avait jamais eu qu'une seule véritable ambition, celle de concrétiser une superbe idée : rendre au vieil aqueduc romain sa destination première et le sauver de la ruine par la même occasion. Durant tout ce temps il aura rempli environ quatre mille cinq cents pages d'explications dans les moindres détails, ne laissant rien au hasard, sans compter les dizaines de plans et croquis. Il termine son dernier rapport du concours de 1853 de la façon suivante :
" J'ai tout dit maintenant, et je serai compris, je l'espère, bien que la fin de mon travail soit incomplète, que le malheur me force à le tronquer. Je n'ai plus qu'à me dévouer au silence, désormais, en brisant la plume qui hier encore traçait sous mes doigts, avec ardeur, l'ouvrage auquel j'ai consacré les années viriles de mon existence, ces publications qui m'ont coûté tant de sacrifices et de labeurs, et pendant la durée desquelles le sort m'a cruellement ravi mon père, ma mère, ma fille unique et bien aimée !… Aujourd'hui, triste, découragé, isolé dans ce monde dominé par des devoirs nouveaux, je finis, en exprimant toutefois ce vœu de mon cœur et de ma raison : que Nîmes accomplisse enfin une entreprise digne de lui !… Digne du Prince qui le secourt et le protège ! Anduze, le 1er juin 1853."
Nous savons aujourd'hui que ce vœu, ce rêve magnifique, ne fut jamais exaucé.
Cet homme exceptionnel décéda le 27 avril 1862 à l'âge de 64 ans…

26 février 2014

Le rêve magnifique de Jules… 2

Si dans les décennies et siècles à venir le problème de l'eau potable sera à n'en pas douter l'une des préoccupations majeures de l'humanité, cela fait bien longtemps qu'il suscite l'intérêt des grands centres urbains confrontés de façon récurrente à des difficultés d'approvisionnement de cet élément fondamental à toute société organisée.
A Nîmes la question s'était déjà posée sérieusement il y a deux mille ans pour être résolue grâce à un aqueduc de cinquante kilomètres allant capter l'eau claire des sources d'Eure, situées à proximité d'Uzès. Sa construction, essentiellement souterraine, trouva son apogée avec l'architecture aérienne du Pont du Gard, ouvrage extraordinaire témoin du génie des Romains. L'utilisation du long et sinueux canal fut abandonné au VI ème siècle, victime de détériorations dues aux différentes invasions de l'époque.
Même s'il y a eu certainement au cours du millénaire qui suivit des désirs de remettre en état de tout ou partie de l'aqueduc, c'est à partir du XVI ème siècle que nous en retrouvons la première trace écrite. Le XVIII ème et le début du XIX ème seront aussi propices à différents projets un peu plus sérieux mais toujours sans suites, leurs initiateurs étant finalement effrayés par deux considérations jugées prioritaires : le coût exorbitant de l'opération et l'opposition inévitable de la ville d'Uzès. Ce fut à partir de 1842 que Jules Teissier-Rolland décida d'étudier toutes ces recherches pour pouvoir lui-même concevoir un nouveau projet viable de remise en fonction d'un ouvrage antique abandonné depuis environ mille quatre cents ans ! Son plaisir devait être double : non seulement ce passionné d'histoire et de patrimoine sauverait par sa restauration une magnifique réalisation vouée à la ruine, mais de plus il faisait œuvre d'utilité publique en apportant à la ville de Nîmes l'eau nécessaire à son développement.
Sans entrer dans les nombreux détails environnementaux, techniques, hydrauliques, financiers et administratifs de son étude, il est intéressant de noter que son premier travail fut bien, au contraire des choix précédents de ses collègues, d'établir les mesures et le tracé précis du vieux canal sur toute sa longueur ; ce travail long et fastidieux étant rendu nécessaire pour déterminer au plus juste le budget des réparations envisagées, secteur le plus sensible du projet. 
En 1846, participant à un concours organisé sur le sujet et le remportant, son projet fut adopté par le Conseil municipal de Nîmes. La gloire et la postérité de Jules semblaient acquises, mais c'était sans compter sur des événements nationaux qui vinrent tout remettre en question : la révolution de 1848…

A suivre

12 février 2014

Le rêve magnifique de Jules… 1

Manifestement le dix neuvième siècle aura été pour notre cité une période particulièrement riche en personnalités exceptionnelles dont les renommées ont marqué de leurs différentes empreintes notre histoire locale et quelques fois même nationale. Si certaines ont bien traversé le temps à travers plaques commémoratives et nombreux témoignages divers, d'autres, pourtant non moins méritantes, ont vu leurs souvenirs s'estomper progressivement pour disparaître de la mémoire collective. C'est donc avec plaisir que je vais évoquer un Anduzien injustement oublié aujourd'hui mais qui fut pourtant, grâce à son intelligence, sa puissance de travail et ses capacités hors normes, l'une des grandes figures à la fois politique et scientifique de son époque dans le Gard.
Mais commençons par le commencement…
Jules Teissier-Rolland, issu d'une famille de notables, vit le jour à Anduze le 15 janvier 1798. Dès son plus jeune âge il montra des dispositions intellectuelles qui lui permirent de franchir facilement toutes les étapes de l'éducation scolaire. Ces brillantes années, à Anduze et Uzès puis Nîmes, le menèrent finalement jusqu'à Montpellier où il poursuivit des études de médecine. En 1822 il acquiert son diplôme de docteur mais plutôt que d'embrasser une carrière toute tracée le jeune homme profita d'une situation familiale confortable pour développer d'autres aptitudes beaucoup plus passionnantes à ses yeux. Avec un intérêt égal pour chacun d'entre eux, notre surdoué aborda des domaines aussi différents que l'agriculture, l'économie politique, l'archéologie, la paléontologie, les sciences naturelles, la physique et la chimie, démontrant ainsi un esprit aussi curieux qu'il pouvait être remarquable. D'ailleurs différentes publications viendront attester la valeur de ses travaux et la reconnaissance de ses pairs, notamment celle de ce que l'on appelait alors des "Sociétés savantes" comme l'Académie du Gard dont il était devenu membre.
Ce travailleur acharné, indépendant mais ouvert aux autres, trouva aussi dans l'investissement politique la possibilité d'apporter ses nombreuses compétences pour l'intérêt commun. Ce fut dans sa ville natale et à l'âge de trente ans qu'il obtint son premier mandat de conseiller municipal pour devenir deux ans plus tard adjoint. S'il refusa à plusieurs reprises au cours de sa carrière le poste de premier magistrat de sa commune, à laquelle il resta jusqu'au bout très attaché, l'une des raisons en était certainement sa fonction de vice-président du Conseil Général du Gard avec de gros dossiers a traiter. Parmi ceux-ci il y en avait un qui lui tenait vraiment à cœur car l'œuvre majeure de toute une vie, son extraordinaire projet concernant " la question des eaux de la ville de Nîmes "…

A suivre

18 janvier 2014

Anduze et tourisme en 1902 : aïe, aïe, aïe !…

Quand on dresse l'historique du tourisme en France, il apparaît que la célèbre association du Touring Club de France, créée en 1890, joua un rôle prépondérant à son développement avec un certain nombre d'initiatives, ceci jusqu'à la cessation de son activité en 1983. Reconnue d'utilité publique en 1907, l'association avait pour ambition " le développement du tourisme sous toutes ses formes, à la fois par les facilités qu'elle donne à ses adhérents et par la conservation de tout ce qui constitue l'intérêt pittoresque ou artistique des voyages ".
Parmi ses actions il y eut entre autres la création en 1899 d'une bibliothèque regroupant cartes, revues et guides touristiques édités par elle-même. C'est en lisant l'un d'eux, consacré aux Cévennes, que je me suis rendu compte de tout le chemin parcouru en un peu plus d'un siècle en matières de communication et de promotion mais aussi " de tout ce qui constitue l'intérêt pittoresque ou artistique des voyages " ! Il s'agit ici de la brochure "Sites et Monuments", datée de 1902 : voici comment était présentée notre cité…
" Anduze, petite ville assez animée, de 4000 âmes, est à 14 kilomètres d'Alais par la route, et à 23 kilomètres par le chemin de fer, obligé à un long détour pour desservir Lézan. Anduze est bâtie en amphithéâtre au bord du Gardon, que franchit un beau pont. Sur la rive gauche est un faubourg industriel, d'où part la route d'Alais. La ville, aux rues tortueuses, étroites, s'étend le long de la rivière, que borde une terrasse plantée d'arbres. Cette terrasse garantit la ville contre les crues subites et dangereuses du Gardon, dont elle a eu plus d'une fois à souffrir. Anduze est dominé par le mont Saint-Julien, qui porte encore quelques ruines d'une ancienne forteresse. On ne peut signaler à Anduze que deux monuments, et encore sont-ils d'un intérêt médiocre : le château, construit par Vauban, mais qui est bien défiguré, et la tour de l'Horloge, mieux conservée. On peut encore citer une porte moderne d'un bon style et quelques vieilles maisons. Le site, à Anduze, vaut beaucoup mieux que les monuments, qui ne présentent aucun intérêt."
Si, en dehors de cette extraordinaire " porte moderne d'un bon style ", nous apprenons avec fierté par cet article tout l'intérêt que porta Vauban à notre ville, c'est qu'il y a fort à parier que l'auteur de ces lignes situait la fontaine Pagode sur la place du marché d'Alais ! Bien sûr, avec le recul du temps, nous ne pouvons que sourire de cette incompétence frisant la caricature humoristique, heureusement exercée à une époque où les enjeux touristiques n'étaient pas tout à fait les mêmes que ceux d'aujourd'hui !…

6 janvier 2014

Monuments Historiques : une affaire non classée !…

Carte postale datée de 1912
A l'échelon national, la prise de conscience d'une nécessaire protection sérieuse et efficace du patrimoine vit le jour au début du dix neuvième siècle pour ne cesser d'évoluer depuis lors, les gouvernements successifs élargissant leurs champs d'actions plus particulièrement entre les années 1880 et 1930. Deux types d'inventaire principaux régissent actuellement les " Monuments Historiques ".
D'abord celui issu de la loi très importante du 31 décembre 1913 qui prend en compte entre autres le petit patrimoine local, répondant ainsi non seulement à la notion d' " intérêt national " mais aussi à celle d' " intérêt public ". Cela va faire bientôt un siècle que notre fontaine Pagode bénéficie de cette législation par son " classement " du 21 février 1914. Le temple de l'Eglise Réformée le sera beaucoup plus tard, le 18 juin 1979.
Le deuxième type d'inventaire est instauré par une autre loi qui vient compléter celle de 1913 le 26 juillet 1927 avec l' " Inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques " – intitulé qui fut modifié à partir de 2005 pour devenir " Inscription au titre des monuments historiques " – pour des monuments remarquables mais ne présentant qu'un intérêt régional. C'est le cas pour notre tour de l'Horloge qui fut " inscrite " le 30 mars 1978, ainsi que l'ensemble du château de Tornac le 5 décembre 1984.
Le premier avantage pour une municipalité d'avoir ses principaux monuments protégés est bien financier. Cela permet à ceux-ci d'être sous une surveillance éclairée de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (la DRAC), elle-même sous l'autorité du ministère de la Culture, capable d'accorder des aides substantielles à la réalisation de travaux d'entretien et de rénovations ponctuels, indispensables et coûteux. C'est d'ailleurs cette première subvention accordée par la DRAC qui est susceptible d'en enclencher d'autres comme celles de la Région et du Département, quasiment impossible à obtenir sans cela.
Ensuite, en terme d'image et plus spécialement pour les communes touristiques comme Anduze, c'est sans conteste un atout supplémentaire non négligeable qui contribue non seulement à valoriser leur identité culturelle à travers un patrimoine local reconnu jusqu'au niveau de l'Etat mais aussi plus largement à attirer un public spécifique friand de la grande ou petite histoire d'un territoire atypique…

21 décembre 2013

Un rondeau pour Anduze…



Une chanson ! Une chanson !
Eh bien soit, puisque vous insistez voici, pour clore joyeusement cette série de billets 2013, un rondeau composé à la fin du dix neuvième siècle. C'est un véritable document émouvant sur les nombreux et différents commerces de l'époque, tous ouverts à l'année pour servir une population essentiellement ouvrière et modeste. Je suis persuadé que quelques noms de familles de commerçants évoqués dans ce rondeau " à l'air connu " éveilleront l'attention de certains Anduziens… Ce fut le cas pour moi !

Excellentes fêtes de fin d'année à tous !