C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

14 mars 2016

Cocorico !…

Un petit complément au précédent billet culturel avec cette photo inédite, pour ne pas dire historique, présentant notre coq de retour sur le « plancher des vaches » l’espace de quelques semaines pour une rénovation méritée dans les ateliers de l’entreprise Bodet.

La présence du technicien à ses côtés permet de constater la taille respectable du volatile, même si celui-ci a perdu au cours des années quelques plumes ! Perte due sans aucun doute au temps qui passe (je compatis, car moi-même…) mais aussi certainement à quelque soucis. En effet vous remarquerez que notre gallinacé préféré est aveugle. Alors imaginez ce temps interminable vécu, perché à vingt deux mètres de hauteur, sans avoir eu une seule seconde la possibilité d’admirer le paysage somptueux qui l’entourait…
La preuve en est qu’il ne s’est même pas aperçu qu’un autre oiseau avait fait son nids dans le globe qu’il protège jalousement avec l’une de ses pattes.

Mais tout cela c’est du passé ! Le coq d’Anduze va bientôt retrouver toutes ses plumes et la vue, bénéficiant d’une cure de jouvence qui lui redonnera aussi toutes ses couleurs. Et pour les mauvaises langues et les esprits chagrins, rassurez-vous : nous n’oublierons pas de le faire pisser avant de le remonter sur son socle, au sommet de la tour de l'Horloge pour des décennies !…

20 février 2016

Anduze et la Révolution par Alain Rouquette : suite et fin…


VII – NOTRE HERITAGE

A/ La destinée de Jean-Louis Roquier


Au fil de notre récit, un personnage a été présent de bout en bout. Jean-Louis Roquier, né en 1763, est, à l’âge de 26 ans, député du Tiers d’Anduze à l’assemblée de la Sénéchaussée. De 1790 à 1792, Roquier, administrateur du district d’Alais, déploie une grande activité, surtout au moment de la « guerre des châteaux », pour contenir « l’anarchie » qui s’insinue jusque dans certaines « gardes nationales ».
En novembre 1792, la république a deux mois d’existence. Roquier devient (à 29 ans) membre du Directoire départemental. Il est le benjamin de cette Administration (plusieurs membres du Directoire ont dépassé la cinquantaine). A l’Assemblée électorale du Gard, Roquier dirige la protestation contre l’élection du « modéré » Vigier à la présidence du tribunal criminel ; les amis de Vigier essaient (vainement) de chasser Roquier du Directoire. En mars 1793, Roquier, Commissaire du Directoire pour l’achat des fournitures nécessaires aux Armées, mène rapidement à leur terme les missions qui lui sont confiées.
Survient la dissidence « fédéraliste ». Les Girondins ont engagé la France dans une guerre hasardeuse ; mais ils ont refusé de donner à la Révolution les moyens de sauver la Patrie menacée. Seule, une dictature momentanée permettait de faire front aux dangers, de préserver l’existence de la République. Un tel gouvernement révolutionnaire ne pouvait agir qu’avec l’appui des classes populaires (dont les grands bourgeois Girondins se méfiaient). C’est pourquoi la Convention suit les Montagnards, qui ont une attitude opposée.

Mais la « chute des Girondins » est mal acceptée par les administrateurs des départements méridionaux, qui ne craignent pas d’être en dissidence contre Paris, au moment même où la Convention doit faire face aux attaques redoublées des ennemis de dedans et du dehors. Peut-être les administrateurs, grisés par les prérogatives extraordinaires que la Convention leur confiait, ont-ils eu la faiblesse de surestimer le rôle qui leur était imparti. Cela n’excuse pas la formation d’organes illégaux, ni la volonté de résister aux armées « légales ».
Malgré leur ralliement à la Constitution de l’An I, et leur docilité aux ordres reçus après la chute de Pont-Saint-Esprit, les « fédéralistes » sont sanctionnés avec rigueur. Même si on leur avait fait grâce, ils auraient payé pour leurs erreurs par une « mort politique » certaine ; c’est vrai aussi pour Roquier, qui avait été, pendant quatre années, un artisan si actif de la construction révolutionnaire.

B/ Le bilan révolutionnaire d’Anduze

Comme toutes les périodes difficiles, la Révolution mêle des ombres aux lumières. En mesurant la grandeur de son bilan global, il n’est pas interdit d’émettre des interrogations sur certains aspects de l’époque révolutionnaire comme cette « déchristianisation », suggérée de haut, alors qu’un peuple entier était sollicité par les tâches les plus impérieuses.
Notre très fragmentaire évocation de la révolution à Anduze permet d’apprécier positivement le bilan de cette tranche d’histoire locale. A l’actif d’Anduze, il y a d’abord le texte si complet du cahier des doléances, qui soutient la comparaison avec les « cahiers » de villes plus importantes.
La vigilance des Anduziens, leur lucidité face au danger sont des constantes de l’époque révolutionnaire. Dès septembre 1789, on veut préserver la liberté religieuse, sans se dérober à la discipline révolutionnaire. En mars 1792, les Anduziens (moins exposés que les localités rhodaniennes) sont au premier rang de ceux qui poussent l’administration départementale à une action rapide et énergique ; ils tiennent à y participer !

On peut admirer la constante présence de la Garde nationale d’Anduze, partout où il faut protéger la légalité révolutionnaire (à St Jean de Gardonnenque en 1789, à Nîmes en 1790, au canton de Lédignan et à Alais en 1791, au canton de Saint-Ambroix en 1793). L’ardeur patriotique de nos devanciers est illustrée par la présence de volontaires sur le front franco-espagnol, mais aussi par l’aide appréciable dont ils prennent l’initiative, en faveur de l’armée des Pyrénées.
Enfin, Anduze, occupe une place honorable dans le fonctionnement des nouvelles institutions et (grâce à son Club) dans la réflexion et l’action politique. Il n’est pas surprenant que le souvenir de cet élan révolutionnaire ait marqué de nombreuses générations d’Anduziens.

C/ Les fils de quatre-vingt neuf

Revenons au procès-verbal établi en mars 1789, à l’issue de l’assemblée locale du Tiers-Etat, pour y relever quelques patronymes qui resteront très présents dans la « geste » locale, pendant de nombreuses décennies : Mazade, Galoffre, Gaussorgues…
Sous le Second Empire, un Mazade, propriétaire aisé, aurait pu se limiter à la gestion de son patrimoine. Mais, porteur de l’héritage de quatre-vingt neuf et de quatre-vingt douze, il anime, dans des conditions difficiles, le combat républicain. Redouté par le pouvoir autoritaire, il est astreint à résidence hors du département, et soumis à une surveillance étroite.
La défaite de 1870 condamne le Second Empire. Lorsqu’elle est connue à Anduze, une commission municipale provisoire prend place à l’Hôtel de Ville : c’est un Galoffre qui la préside. La République est revenue : Mazade est de ceux qui en consolident l’assise locale en participant, derrière Jean Mace, aux efforts de la « Ligue de l’Enseignement » en faveur de l’instruction publique.
   
La mémoire révolutionnaire

Au moment du premier centenaire de la Révolution, la mairie d’Anduze est tenue, depuis plusieurs années, par des républicains « avancés » - les républicains radicaux – vingt ans avant la fondation du parti radical !
Les héritiers du « Tiers-Etat » comprennent-ils les aspirations du « Quatrième Etat », cette classe prolétarienne (désormais nombreuse à Anduze et ailleurs) qui attendait beaucoup de la République et que la répression de la « Commune de Paris » a traumatisée ? L’ouvrier chapelier Frédéric Gas, militant républicain sous l’Empire, organise un groupe anarchiste. Tentation momentanée : à l’aube de notre siècle, au moment où Jaurès écrit le premier volume de sa grandiose « Histoire socialiste de la Révolution Française », une section de son parti insère le mouvement ouvrier local dans la filiation républicaine.

1939 est l’année du cent-cinquantenaire. Tandis que les nuages de la Contre-Révolution s’amoncellent au-dessus de l’Europe, la municipalité du « Bloc Ouvrier et Paysan », fidèle au souvenir de la Grande Révolution, accueillante aux proscrits, héberge des républicains espagnols, chassés de leur malheureux pays ; elle organise, avec quelque éclat, la commémoration de la prise de la Bastille et de la Fédération nationale.

Un an plus tard, la France et la République étaient vaincues. Une nouvelle « Restauration » se para, un moment, de l’appellation « Révolution nationale » ! Il ne fut point facile de chasser Marianne de la salle du Conseil. Echappant (de justesse) à l’outrage que lui réservait un groupe extra-municipal, cette Mariane (qui n’avait pas le « look » des arrière-petites-filles que nous lui connaissons) fut cachée, pendant quatre années-poussière, dans le recoin le plus secret de la Maison Commune. Elle n’y dormit que d’un œil : quatre-vingt douze n’était pas mort !
 
Fin.

7 février 2016

Anduze et la Révolution par Alain Rouquette - 11


B/ L’ANNEE 1794 
Réorganisation de l’Administration et de la Justice

Le conventionnel Borie, représentant en mission, réorganise l’administration gardoise, épurée par les destitutions prononcées pendant l’automne 1793 (les « fédéralistes ont été éliminés). Le 11 Ventôse (1er mars 1794) au district d’Alais Privat-Larouvière remplace Roux, d’Anduze (qui n’a pas accepté sa nomination).
Le 29 Floréal (18 mai 1794) les justices de paix sont réorganisées. Dufes, ci-devant procureur à Anduze, devient juge à Alais. Les deux juges de paix désignés par Anduze et son canton sont le cultivateur Pierre Gibert (déjà en place) et Chabaud, ancien lieutenant de juge.

Le culte de la Raison

Pendant l’hiver et au printemps de 1794, dans de nombreuses localités, le Culte de la Raison remplace les religions chrétiennes. 228 gardois, ministres des anciens cultes traditionnels, abdiquent leurs fonctions. Anduze renonce aux cultes traditionnels le 7 Ventôse (fin février) ; le Culte de la Raison débute le 24 Ventôse (mars).
Le 21 Ventôse, abdication du « ministre » Jean Mirial (âgé de 44 ans) et du pasteur proposant François Astruc (21 ans). Abdiquent pendant le mois de Germinal (avril) : le curé Desfeux (âgé de 40 ans) et le pasteur Daniel Encontre (35 ans).

Deux Anduziens devant le Tribunal révolutionnaire
Le procès du « Comité de Salut public »
13-15 Prairial an II (1er-3 juin 1794)

Jean-Louis Roquier, 31 ans, ci-devant avocat, ancien administrateur du département, est arrêté le 8 octobre, à l’initiative du Comité de Surveillance ; le 13 Frimaire (début décembre), l’Accusateur public le fait écrouer.
Marc, Antoine Raffin, 53 ans, cultivateur, né à Anduze, habitant à Quissac, est arrêté le même jour et dans les mêmes conditions que Roquier : l’Accusateur public le fait écrouer le 9 Ventôse (mars 1794). Les anciens administrateurs sont jugés dans les premiers jours de juin.
MARSIAL, SOULIER, RAFFIN, RIBES, ABAUZIT, BOISSIERES, ROQUIER, GUIZOT, administrateurs du département à l’époque du fédéralisme, sont accusés des faits suivants :

Le 14 juin 1794, l’administration révoltée forma le projet d’une « assemblée représentative des Communes » ; la majeure partie des communes du Gard se réunirent par députés. Cette même assemblée forma un Comité dit « de Salut public ». Les administrateurs formèrent les principaux membres de ce pouvoir, usurpateur de la souveraineté nationale. Les susnommés sont prévenus d’avoir altéré la forme du gouvernement républicain et usurpé l’autorité nationale.

Raffin était absent le 14 juin et n’a pas signé l’arrêté ; il dit n’avoir pas assisté aux séances du Comité du « Salut public ».
Roquier, envoyé comme Commissaire en Lozère, n’est rentré que le 21 juin ; il n’a pas participé à l’arrêté du 14. De retour, il ne s’est occupé que de l’Administration ; il dit n’avoir point paru au Comité.
L’accusateur dit que les Séances de l’Administration prirent fin le 28 juin, et n’ont été reprises que le 15 juillet ; il s’y trouve une lacune, pendant laquelle les administrateurs se sont transformés en membres du Comité de « Salut public ». Roquier et Raffin n’ont pas cessé d’être présents aux opérations du Comité ; ils n’étaient pas à la séance du 14 juin.
Raffin dit n’avoir eu aucune connaissance du « Comité de Salut public ». Il reconnaît être allé à Marseille, « pour fraterniser » avec les administrateurs des Bouches du Rhône ; il partit le 14 et rentra le 20. Chargé d’une mission à Montpellier avec Guizot, il partit le 2 juillet (sans connaître, dit-il, l’objet de sa mission) ; il revint le 4. Raffin était membre du Directoire départemental.

Le 1er juillet 1793, Roquier fut nommé pour une mission à Arles ; il n’y alla pas. Pour avoir dit à l’Administration de se rétracter, il fut traité de lâche. Deux secrétaires de l’Administration, cités par Roquier, sont entendus.
Raffin prenait autrefois le nom « Du Crouzier » : cette seigneurie de 30 habitants, sise en Lozère, est entrée dans sa famille en 1733.

Après trois jours de débats, le tribunal déclare :
« Que…, Jean Raffin, …, Louis Roquier, … ci-devant administrateurs du Gard, sont convaincus d’avoir été les chefs des susdites conspirations, pour avoir pris des arrêtés liberticides et pour s’être associés à un soi-disant « Comité de Salut public », formé, le 25 juin 1793, lors du fédéralisme, par l’assemblée dite représentative des Communes. Ils sont convaincus d’avoir tenté de rompre l’unité et l’indivisibilité de la République : les prévenus sont condamnés à la peine de mort.
»
En entendant cette sentence, Roquier s’emporte et s’avance vers les juges ; les gendarmes sont appelés pour le retenir. Les prévenus sont protestants ; Ribes était « ministre ». Avant l’exécution, au soir de leur procès (15 Prairial – 3 juin), Ribes les exhorte et ils chantent des psaumes.

Le procès de Bertezène
5 Thermidor an II (23 juillet 1794)

Jean-Louis Bertezène, tanneur, est le frère d’un député du Gard à la Convention ; il est arrêté le 12 Brumaire (début novembre 1793).
Bertezène, ex-maire de St Jean du Gard, a été député à l’Assemblée des Communes. Il a provoqué le départ d’une force armée qui alla à Pont-Saint-Esprit, pour s’opposer au passage de l’armée de la République.
Bertezène déclare n’avoir assisté qu’à la première session de l’assemblée. En qualité de maire, il a fait accepter la Constitution Républicaine par le Conseil de sa commune, qui a envoyé une Adresse à la Convention ; celle-ci a délibéré une mention honorable, le 13 juillet. Lorsque le texte constitutionnel fut connu officiellement, Bertezène l’a fait à nouveau accepter, le 22 juillet.
On reproche à Bertezène d’avoir quitté la Société populaire, pour aller à la « Société des Républicains » ; d’avoir constamment voté pour Roquier et les autres. Le tribunal le condamne à mort ; il est exécuté au soir de son procès.

La situation au moment de ces procès
 

Au moment du procès des administrateurs « fédéralistes », Robespierre et les « Montagnards », maîtres du pouvoir central depuis un an, ont réussi à redresser une situation qui semblait désespérée. Dès la fin du mois d’août 1793, la levée en masse a permis de réunir des troupes nombreuses, pour faire front aux ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. Pour équiper et ravitailler ces armées, de nombreuses réquisitions frappent les riches. Les défaillances et les menées contre-révolutionnaires sont sévèrement réprimées par la « Terreur ».
Les résultats obtenus sont à la hauteur de l’énergie déployée par la Convention « montagnarde » : les insurrections sont brisées, les frontières sont dégagées ; les armées de la République reprennent la Belgique. Mais l’ampleur même de ces succès remet en cause la rigueur de la dictature révolutionnaire : à la fin de Juillet 1794, les « Robespierristes » sont éliminés par les « thermidoriens ».

A suivre.

23 janvier 2016

Tour de l’Horloge : le temps s’est arrêté pour ses travaux !…

Ce mois de janvier voit le démarrage des travaux de rénovation interne de la tour de l’Horloge avec comme première priorité un accès plus facile et sécurisé aux différents étages pour aboutir enfin jusqu’à la terrasse. La structure en fer forgé encadrant la cloche et le coq installé à son sommet ne seront pas oubliés pour une réfection nécessaire. Un paratonnerre, inexistant à ce jour, viendra protéger l’ensemble du monument contre d’éventuels mouvements d’humeur de Zeus !
 
Sous la houlette de notre maître d’œuvre Frédéric Fiore, architecte du patrimoine, cinq entreprises se partagent, chacune dans leurs domaines, l’exercice de ce chantier anduzien d’exception. En voici les différents lots. N°1 : échafaudages, maçonnerie, pierre de taille, revêtement de sol, étanchéité ; n°2 : serrurerie, ferronnerie, miroiterie ; n°3 : menuiserie bois ; n°4 : électricité, éclairage ; n°5 : cloche, horloge, paratonnerre.
Des aménagements particuliers seront faits au rez-de-chaussée, future pièce d’accueil de la tour. D’abord parce que c’est le seul niveau accessible aux handicapés, mais aussi pour son caractère inondable en cas d’épisode cévenol sévère avec la montée du Gardon.
Même si la Ville d’Anduze prend à sa charge l’essentiel du financement de ce beau projet patrimonial et culturel, il lui aurait été difficile de le concrétiser sans le soutien de ses partenaires. Pour un budget global de 270 830 €, la DRAC (l’Etat) verse 45 000 €, le Conseil Régional 23 600 €, le Conseil Départemental 27 000 €.
 
Une fois ces travaux terminés il faut ajouter le temps de la mise en valeur des premiers aménagements opérationnels destinés à recevoir le public dans les meilleures conditions, avec notamment l’organisation d’une première exposition. Donc si tout se passe bien nous prévoyons l’inauguration de la tour de l’Horloge pour les prochaines Journées du Patrimoine, programmées en septembre 2O16. En attendant et pour ceux que l'absence du son de la cloche perturbe, sachez que notre première préoccupation sera de remettre en marche l’horloge dès que l’avancée des travaux du troisième étage et de la terrasse le permettra !…

10 janvier 2016

Anduze et la Révolution par Alain Rouquette - 10


VI – SOUS LA CONVENTION (1793-1794)

A/ L’ANNEE 1793

L’effort de guerre au printemps 1793

A la fin de 1792, les armées de la République ont occupé la Belgique, la Rhénanie, la Savoie et Nice ; ces pays sont annexés. L’extension de la puissance française, puis l’exécution de Louis XVI (en janvier 1793) provoquent une coalition générale de tous les pays proches de la France, plus la Russie. Un immense effort militaire s’impose pour faire front à de si nombreux ennemis.
Le 24 mars 1793, le Directoire Départemental nomme ROQUIER Commissaire pour l’achat des fournitures nécessaires à 4 000 nouvelles recrues. Le premier avril, ROQUIER et CHAS sont chargés d’aller à Montpellier (et ailleurs, au besoin) pour faire l’achat des fournitures demandées par les districts. Dès le 6 avril, ROQUIER rend compte de sa mission.
Le 15 avril, les représentants de 34 sociétés « patriotiques » se réunissent à Nîmes, en l’église du Grand Couvent, pour tenter un nouvel essai de fusion entre la Société Républicaine (bourgeoisie) et la Société Populaire de Nîmes. La Société Populaire d’Anduze est représentée par MOUTIER et REILHAN. Cette tentative n’aboutit pas plus que les précédentes : mais le président du Conseil de département encourage le Comité central des Sociétés Populaires à poursuivre ses efforts d’unification.

En raison de la situation militaire à la frontière espagnole, la Convention envoie, dans le Midi, des « Représentants en mission ». Pour faire front au danger, il faut organiser une nouvelle force armée. Le 22 avril, sur réquisition des représentants en mission, le Conseil de département appelle 24 villes et bourgs (dont Anduze) à fournir 945 fantassins, 106 cavaliers et 40 canonniers, par appel au volontariat (et, au besoin, par tirage au sort). Les 1091 recrues seront équipées par leurs communes d’origine.

Le « fédéralisme » (juin-juillet 1793)

Le 2 juin 1793, les révolutionnaires parisiens obligent la Convention à arrêter les chefs « girondins » opposés à la « Commune ». Pour faire front aux immenses dangers (intérieurs et extérieurs) qui menacent la France et la Révolution, les « Montagnards » confient le gouvernement révolutionnaire à un « Comité de Salut public ». Mais le Midi « fédéraliste » est favorable aux Girondins proscrits (Rabaut Saint-Etienne est du nombre) qui s’opposent aux mesures de « Salut public », rendues nécessaires par une situation dramatique.
Le 3 juin, le Conseil de département interdit partout les « coalitions » de travailleurs, qui pourraient demander des augmentations de salaires ; mais le prix maximum des grains n’est imposé que dans dix villes (dont Anduze).
Le 13 juin les « Sections » (quartiers) de Nîmes et d’Alais demandent au Conseil de département de convoquer les assemblées électorales. Cette réclamation est soutenue par la municipalité de Nîmes et par la « Société des Républicains français ». Le Conseil permet à chaque commune (et à chaque section urbaine) de désigner un délégué qui siègera dans une « Assemblée représentative des Communes ». Cet organisme (illégal) se réunit le 21 juin ; Anduze y est représentée par FONTANES et REILHAN. L’Assemblée forme, en son sein, un Comité de seize membres, chargé de préparer ses travaux ; FONTANES et REILHAN sont membres de ce Comité. L’Assemblée des communes se proclame en « état de résistance » (c’est-à-dire d’insurrection) contre la Convention « montagnarde ».
Le Comité de « Salut public » du Gard lève, parmi les Gardes nationales, une force départementale, qui doit être portée vers les Pyrénées, mais beaucoup de ceux qui sont désignés pour en faire partie se déclarent « infirmes » et produisent des certificats de complaisance. Le 10 juillet, les citoyens d’Anduze s’estiment requis irrégulièrement ; ils offrent cependant « de rester attachés à la force départementale et de servir la patrie dans ce corps ». Le « Comité de Salut public » remercie les Anduziens pour leur attitude patriotique.

Ralliement du Gard à la Convention

Pour soumettre le Midi, la Convention y envoie le Général CARTEAUX, à la tête de quelques milliers d’hommes. Le 14 juillet 1793, CARTEAUX s’empare de la citadelle de Pont-Saint-Esprit, véritable « porte du midi ». Le même jour, le texte de la constitution républicaine (votée le 24 juin), parvient à Nîmes.
Le Conseil départemental se rallie aussitôt à la nouvelle constitution : l’Assemblée des Communes n’est plus en état de « résistance à l’oppression ». Dès le 16 juillet, les districts se rallient à la Convention ; les administrateurs chassés par les « fédéralistes » sont réintégrés.
Le 21 juillet, les assemblées primaires cantonales doivent se prononcer sur la Constitution, que le Gard accepte unanimement. Les administrateurs départementaux (qui ont dû rétracter leur attitude hostile à la Convention) rendent compte, le 27 juillet, de leur administration, qu’ils s’efforcent de justifier :
« Les citoyens craignaient une dissolution de l’Etat. Les sections de Nîmes, d’Alais, d’Uzès, de Beaucaire, de St Hippolyte, d’Anduze, de Saint Jean, de Sauve… s’étaient déclarées permanentes, elles attendaient le rapport sur les troubles qui déchiraient la Convention à Paris ».
Le 12 septembre, les administrateurs départementaux, compromis dans la dissidence « fédéraliste » cèdent la place à leurs successeurs.

Arrestations et incarcérations pendant les premiers mois de 1793 (An I)

Le 9 Ventôse (début mars), Jean-Antoine REILHAN est arrêté sur intervention de l’Accusateur public ; il est libéré un mois plus tard, le 9 Germinal (début avril).
Le 25 Ventôse (mi-mars), sont arrêtées Angélique PORTALES et Françoise RIVAUD, ainsi que deux religieuses : Jeanne FABRE et Thérèse PAULET ; Jeanne FABRE n’était pas encore libérée en Messidor (Juillet).
Le lendemain, 26 Ventôse, le marchand Antoine CAHOURS est arrêté sur intervention de la municipalité ; il est écroué à Alais ; puis libéré, six mois plus tard, le 26 Fructidor (septembre) par le tribunal révolutionnaire.
Le 3 Messidor (fin juin), le négociant BERGER est écroué à Alais ; il est libéré deux mois plus tard, le 10 fructidor (mi-septembre).
DU MERLET, noble de Tornac, a été incarcéré sur intervention du Comité de Surveillance d’Anduze. Il était écroué le 26 Messidor (mi-juillet).

Maintien de l’ordre - Aide aux Armées (An II)

Au début d’Octobre 1793, des bandes rebelles opèrent en Bas-Vivarais et dans le canton de Saint-Ambroix. Le Conseil de département y envoie l’administrateur MAIGRON, accompagné de trois compagnies de chasseurs à cheval. Les renforts sont bientôt demandés : on fait appel aux Gardes Nationales de St Jean du Gard, Anduze et Vézénobres. Le 21 octobre, le Conseil autorise MAIGRON (son Commissaire à Alais) à faire marcher 200 Gardes Nationaux de St Hippolyte, Anduze, St Jean du Gard pour les diriger vers Saint-Ambroix.
Le 30 Brumaire an II (20 novembre 1793) BON (fils aîné), Augustin BASTIDE, et Charles ROBERT, d’Anduze, NOVIS, LAFONT et FROMENTAL, et autres habitants des métairies de Tornac, recueillent « plusieurs voitures chargées d’habits, bas, souliers, chemises » qu’ils conduisent eux-mêmes à l’armée des Pyrénées !

A suivre.

12 décembre 2015

Anduze et la Révolution par Alain Rouquette - 9


Problèmes monétaires – Loi sur les émigrés.

Dans une période si troublée, la situation économique devient difficile ; elle ne peut que s’aggraver après la déclaration de guerre à l’Empereur germanique (20 avril 1792). La bonne monnaie (thésaurisée par certains particuliers) devient rare. Les assignats (billets gagés sur les biens nationaux) n’inspirent pas confiance ; ils se déprécient rapidement.
Dans 35 localités gardoises, on tente de remédier à cette situation par l’émission de billets de confiance, pour faciliter le règlement des petites transactions. A Anduze, deux délibérations municipales (avril et août 1792) décident l’émission de billets de 2, 3 et 5 sols.
Le 13 mai 1792 (trois semaines après la déclaration de guerre), l’administration départementale envoie aux 31 sociétés des « Amis de la Constitution » (Anduze a la sienne) un exemplaire de la loi du 29 avril, sur les émigrés. Le concours des sociétés est sollicité pour l’application de cette loi.

Le 14 juillet 1792 à Alais

Pour le second anniversaire de la Fédération Nationale, le serment fédératif doit être renouvelé. Les gardes nationales des diverses localités se rassemblent à Alès ; en fin de matinée, la cérémonie fédérative se déroule dans un ordre parfait.
Au début de l’après-midi, divers groupes de « légionnaires » et de femmes se dirigent vers le Fort ; ils veulent libérer certains prisonniers et en massacrer d’autres ; on envoie la Légion d’Anduze pour les disperser. Mais, vers 4 heures, les prisons sont forcées ; deux suspects prisonniers sont massacrés ; les administrateurs locaux proclament la loi martiale ; escortés par la cavalerie nationale d’Alais, d’Anduze et de St Jean du Gard, ils se dirigent vers les attroupés.
Les « factieux » se dispersent vers différents quartiers de la ville, dévastant des maisons, malgré les efforts de la Garde nationale d’Anduze. Son commandant, le négociant GAUTHIER, est menacé de coups de sabres et de baïonnettes ; il est sauvé par le dévouement de ses grenadiers. Les administrateurs parviennent à disperser les émeutiers.
 

Le recrutement des Compagnies franches

Pendant l’été 1792, la France est menacée d’invasion. Un décret de l’Assemblée législative proclame « La patrie en danger ». Le 10 août, une insurrection parisienne met fin au règne de Louis XVI ; la Législative se prépare à céder la place à une nouvelle Assemblée constituante : la Convention nationale.
Le Conseil de département se hâte d’appliquer la loi qui prévoit le recrutement de Compagnies franches  ; le nombre des volontaires dépasse l’objectif prévu. Le 20 août, les commissaires chargés du recrutement distinguent Anduze, Générargues et 7 autres communes gardoises qui ont fourni des volontaires avant même la réception de la loi.

La vie politique pendant l’été 1792

Le 19 août, à Nîmes, 25 clubs gardois (dont celui d’Anduze) forment un Comité central des Sociétés populaires. Le 26 août, les Assemblées primaires se réunissent, afin de choisir les 540 électeurs gardois qui désigneront les six députés du Gard à la Convention. Quatre assemblées locales (dont celle d’Anduze) approuvent solennellement les mesures prises, après le 10 août, par l’Assemblée législative.
L’Assemblée électorale du Gard se réunit le 2 septembre, à Beaucaire. Pour l’élection du Bureau, le doyen d’âge est assisté de trois scrutateurs : l’un d’entre eux est l’Anduzien FRAISSINET-GIBERT. L’Assemblée estime que le « Directoire du département et le procureur général syndic ont perdu la confiance des administrés pour avoir pris des arrêtés improuvant les évènements arrivés à Paris, le 20 juin et le 10 août dernier ». Les membres du Directoire démissionnent et demandent qu’on leur trouve des successeurs.
L’Assemblée électorale prie alors l’Assemblée législative de faire prononcer sans retard ces démissions ; elle lui fait parvenir un extrait du procès-verbal de la séance dans laquelle le corps électoral a déclaré que le Directoire et le procureur général syndic ont perdu la confiance des administrés.

Débuts de la Convention (An I)
L’administration départementale pendant l’automne 1792

Le 20 septembre 1792, la victoire de Valmy redresse la situation militaire. Le lendemain, 21 septembre, lors de sa première séance, la Convention proclame la République.
L’Administration départementale sortante achève sa mission. Le 5 novembre, le Directoire prononce la confiscation des biens des émigrés. Figure sur la liste : François, Denis, Auguste BEAUVOIR-BRISON (Anduze et Tornac). Un arrêté du 8 novembre réduit de moitié le nombre des notaires du Gard. Le district d’Alais (56 000 habitants) n’aura que 23 notaires au lieu de 50. Anduze conserve trois études notariales !
Le 14 novembre, à Uzès, l’Assemblée électorale du Gard élit sept membres du nouveau Directoire départemental, auxquels s’ajoute (le lendemain) l’Anduzien ROQUIER.

Le 18 novembre, 39 membres de l’Assemblée électorale (dont ROQUIER) contestent l’élection du nouveau président du tribunal criminel, VIGIER, président de la « Société des Républicains français » (Club modéré de Nîmes, concurrent de la « Société populaire des Amis de l’Egalité et de la Liberté »). Les 329 protestataires considèrent l’élection de VIGIER comme illégale (il a été élu en son absence) ; ils envisagent de faire casser cette élection. Leur protestation suscite de nombreux remous ; un membre de l’Assemblée demande la cassation de l’élection de ROQUIER au Directoire. L’Assemblée demande à la Convention nationale de faire remplacer ROQUIER « dernier membre du nouveau Directoire, signataire de la protestation et capteur de signatures ».
« La Convention sera invitée à priver, par un décret, pendant dix ans, du droit de citoyen, les signataires de cette protestation ». Le 19 novembre, plusieurs signataires se rétractent ; l’Assemblée écrit à la Convention :
« ROQUIER d’Anduze, membre du nouveau Directoire du département du Gard, signataire de cette protestation, ayant perdu la confiance de l’Assemblée, doit être remplacé par le premier suppléant de l’Administration. »
En fait, ROQUIER et VIGIER restent en fonction. Un an plus tard, (le 5 décembre 1793), le Conseil de département les décharge des inculpations portées contre eux.

A suivre.

28 novembre 2015

Anduze et la Révolution par Alain Rouquette - 8

 
Dévastation et incendie des châteaux (Avril 1792)

L’affaire d’Avignon étant réglée, trois compagnies de la garde nationale, en garnison à Villeneuve, ont reçu l’ordre de se rendre à Arles, pour rejoindre leur bataillon (24 mars). Les volontaires souhaitent « faire la route par eau ». Deux grands bateaux seraient nécessaires ; on n’en trouve qu’un seul, sur lequel les trois compagnies s’embarquent. Quelques minutes après le départ, le bateau s’entrouvre ; 69 volontaires gardois sont noyés.
Dans la situation très tendue de cette période, on croit à un complot contre-révolutionnaire. Aux affaires d’Arles et d’Avignon s’ajoute, en Bas-Vivarais, le second rassemblement « d’aristocrates » au camp de JALES ; on redoute de plus en plus vivement les menées des prêtres réfractaires et des aristocrates émigrés. Tout cela est à l’origine de la « Jacquerie » d’Avril 1792, dévastatrice de nombreux châteaux dans tout le département.

Le 2 avril 1792, un attroupement de plusieurs centaines d’hommes armés se forme près de Mons. Le Directoire du district d’ALAIS y expédie soixante cavaliers, accompagnés des administrateurs ROQUIER et SUGIER ; on cerne les attroupés : ce sont des gardes nationaux du canton de Vézénobres, qui croyaient bien faire en allant désarmer des citoyens « suspects ». Ils rendent leurs armes et se retirent dans leurs villages.
Le soir du 3 avril, le château d’AIGREMONT est dévasté : la toiture est détruite, les meubles sont brûlés. Les dévastateurs se portent ensuite aux châteaux de MARUEJOLS et de CASSAGNOLES : ils fracassent les encadrements de fenêtres, abattent les arbres du verger, brûlent les meubles.
Le 4 avril, sur réquisition du Directoire départemental, le Directoire d’ALAIS envoie deux de ses membres à Lédignan, avec 30 cavaliers nationaux d’ALAIS, et surtout d’ANDUZE. On envoie aux Tavernes trois compagnies de grenadiers et un canon : les insurgés se retirent.
Les troupes rentrent à Alais. Mais on apprend alors le pillage et l’incendie du Château de LEZAN. Malgré les sommations, de nombreux habitants du village (parmi lesquels des gardes nationaux !) participent à cette opération.
Mêmes troubles dans le district de ST HIPPOLYTE DU FORT. Au soir du 4 avril, à CANAULES, une troupe armée dévaste la maison du prêtre réfractaire (dont les meubles sont brûlés). La bande découvre les tours du château, puis celles d’une maison appartenant à l’Anduzien OLODIER. Le même jour, à LASALLE, une troupe de 400 à 500 « Marseillais » (venus en réalité d’Anduze et de dix localités voisines) dévaste quatre manoirs, dont les meubles sont jetés dehors. La bande se fait héberger pour la nuit par des habitants du bourg.
Toujours le 4 avril, on incendie le château de TORNAC (propriété d’un Grenoblois). En même temps que le château, on détruit ses annexes : le pavillon de Bellefont et la « Glacière » de la madeleine. Des lettres rédigées par les administrateurs ROQUIER et SUGIER sont à l’origine des procès-verbaux établis, la semaine suivante, par la gendarmerie d’Alais et le juge de paix d’Anduze. Le district fait protéger les châteaux de LASCOURS, CARDET et RIBAUTE.

Le 5 avril, à ANDUZE, dans la plaine de la Bau, on dévaste la maison de campagne de l’homme de loi (GAILLERE) ; on détruit portes et fenêtres, vaisselle et mobilier, vases du jardin et orangers. Le même jour, à la nuit tombante, « une foule d’inconnus » arrive au mas de Prat-France (propriété du même GAILLERE). On saccage habitation et magnanerie ; une partie des bâtiments est incendiée. Les procès-verbaux établis, huit jours plus tard, par la gendarmerie d’Alais et la Sûreté d’Anduze, nous apprennent « qu’un prompt secours garantit le surplus de la maison ».

ROQUIER et SUGIER, commissaires du District, se rendent à Anduze le 6 avril ; cela leur vaut d’assister à un nouvel incendie de château : « A une distance peu éloignée de cette ville, un spectacle horrible pour de vrais citoyens s’est offert à nos yeux. Nous avons vu le ci-devant château de VEYRAC en proie aux flammes. Il était presque nuit ; nous nous y sommes transportés, quoiqu’il soit peu accessible à des hommes à cheval. Nous n’avons vu que des femmes et des enfants qui souriaient à cette espèce d’horreur ; les factieux s’étaient retirés ». Les procès-verbaux de la Sûreté d’Anduze et de la gendarmerie d’Alais (établis quelques jours plus tard) nous apprennent que les « factieux » ont tout brisé à l’intérieur, puis jeté au feu portes et fenêtres. Seule l’aile où logeait le fermier fut épargnée.

Le château de VEYRAC appartenait au Montpelliérain HOSTALIER, Seigneur de SAINT-JEAN DE GARDONNENQUE, où sa propriété est agressée, dans le même temps que celle d’Anduze. Les officiers municipaux de Saint-Jean constatent (avec CARDONNET, président du district, et un officier de police) :
« Quelques personnes, aveuglées par un patriotisme mal entendu, entrent dans le jardin de M. HOSTALIER. Elles abattent un mur, servant de clôture à une ancienne ruelle, qui lui avait été cédé par transaction. Dans cette circonstance, l’autorité de la municipalité fut méconnue par un grand nombre de citoyens, auxquels le vin avait ôté l’usage de la raison ». Pour éviter rixes et effusion de sang, les officiers municipaux préfèrent se retirer et souffrir une désobéissance momentanée, plutôt que d’agir avec sévérité.

Considérant la situation dans l’ensemble du district, les administrateurs ROQUIER et SUGIER écrivent : « l’anarchie est telle, que nous craignons que les gardes nationales ne refusent d’obéir à nos réquisitions ».  Le Directoire départemental constate qu’un très petit nombre de gardes nationales (dont celle d’Anduze) s’oppose aux dévastations. Le 8 avril, ROQUIER et SUGIER se rendent à Vézénobres, où l’on craint le pillage du château.

A suivre.