C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

25 octobre 2011

1851, Anduze, Bagard, Tornac, Lézan… et les autres !

Bien sûr, il s'agit bien de Lézan, autour de 1900, et non de Cardet comme indiqué.

 Troisième extrait et suite du récit de l'anduzien Ernest Massot. Les renvois dans le texte ne sont pas d'origine : ils indiquent des précisions ou remarques personnelles que vous trouverez à la fin.

 " Le 5, l'insurrection éclata à Bagard. A cet effet, nous mettons sous les yeux du lecteur, le rapport de César Loriol, maire de cette commune :
" (…) Il y avait là devant la Mairie, une troupe nombreuse de gens armés, Ribot avait un sabre et un fusil. Mr le sous-préfet leur dit qu'ils ne savaient ce qu'ils faisaient, qu'ils allaient se mettre dans un mauvais cas, qu'on les trompait, que ceux qui les auraient mis dans la peine ne viendraient pas ensuite les en tirer, et qu'il les engageait, non seulement à ne pas prendre les armes de la Mairie, mais encore de restituer celles qu'ils avaient en mains. Peut-être les auraient-ils rendues, lorsque Alexandre Ribot se mit à dire : Apprêtez vos armes ! et lui-même prépara son fusil ainsi que cinq ou six autres ; ils se montrèrent disposés à faire usage de leurs armes qu'ils abattirent sur le bras gauche. Dans ce moment, Ducros, dit patriote, se mit à crier : Aux armes ! On pénétra dans la Mairie ; j'ignore qui a enfoncé la porte, mais j'ai vu Casimir Massot(1) à la fenêtre de l'appartement où étaient les armes. On prit seize fusils qui s'y trouvaient. Ducros, dit patriote, s'approcha du sous-préfet et lui dit :  On nous a traduit aux Assises pour rien, à nous maintenant . Dès que les armes furent pillées, tous partirent. J'ai remarqué parmi les plus exaltés Ribot, Ducros et Massot. "
Ces trois derniers prirent le commandement et les insurgés se dirigèrent vers Anduze. Au pont de Granaud, ils rencontrèrent les insurgés de Boisset-et-Gaujac, commandés par Gibert. Après avoir monté la côte de la Vincente, ils prirent à droite pour se rendre sur les rochers de Peyremale, dans le but de voir arriver les citoyens de Saint Jean du Gard, qui avaient promis de se rendre à Anduze, à 2 heures de l'après-midi. Ces derniers, commandés par Cavalier de Valestaillères, prirent la direction de Saint-Hippolyte. Ce malentendu nous causa quatre heures de retard.
Il fut alors décidé d'envoyer un délégué à Alais pour savoir si la colonne commandée par Delord s'était mise en marche. Gascuel prit le cheval noir de Michel et se rendit immédiatement à la Société des Montagnards à Alais. Aussé, de l'Hermitage, délégué par la Société dans le but de faire partir les retardataires, l'informa que la colonne alaisienne était partie. Gascuel tourna bride et avant de rentrer dans Anduze fut arrêté en face de l'octroi(2) du pont par Gibert, commissaire de police, escorté par un piquet d'infanterie.
Nous faisons observer aux lecteurs que les insurgés de Bagard et Boisset descendirent la montagne par la Régole et campèrent sur le chemin de Générargues.
Bez, Villaret, Malibran et moi attendions impatiemment Gascuel. Le commis de l'octroi, Arnaud, eut la complaisance de nous faire rentrer pour nous chauffer. Nous entendîmes alors la voix de Gascuel qui répliquait au fameux commissaire les mots suivants : Il n'y a plus de lois, plus d'autorité, le peuple rentre dans tous les exercices de ses droits ; lui seul est souverain. Le policier le cognait contre le mur et lui fermait la bouche. Armés de fusils de chasse, nous sortîmes et, impétueusement, nous saisîmes le commissaire et le caporal et nous délivrâmes Gascuel.
Un coup de sifflet fut donné et les insurgés campés sur la route se rendirent en toute hâte sur le pont. Malibran rentra dans la ville, fit le tour des cabarets pour organiser ses batteries qui devaient se rendre au moulin de la Figuière. Gascuel, ayant repris son sang-froid, se mit à la tête des insurgés et nous traversâmes le plan de Brie en chantant la Marseillaise. Pendant le temps que nous attendions Malibran, il nous arriva une provision d'armes et de munitions venant du plan des Molles. Tous réunis, nous nous mîmes en marche pour nous rendre au plan de la Fougasse.
A Tornac, nous apprîmes que les insurgés de cette commune, sous le commandement de Creissent, s'étaient dirigés du côté de Quissac.
Lorsque nous eûmes dépassé l'auberge de la Madeleine, nous entendîmes le trot de plusieurs chevaux. Des nuages dispersés au firmament rendaient la lueur de la lune intermittente et, ne pouvant reconnaître l'ami ou l'ennemi, nous criâmes : Halte-là ! Les chevaux s'avancèrent jusqu'à nous et nous reconnûmes alors que nous avions affaire à des gendarmes. Me trouvant au côté de Gascuel, je lui dit à voix basse : Saisissons les brides des chevaux et nous serons les maîtres. C'est ce que nous fîmes. Un des pandores(3) descendit de cheval et nous dit que son chef les envoyait à Anduze pour savoir ce qui s'y passait. Nous leur intimâmes l'ordre de nous suivre, ce qu'ils firent sans résistance. A Atuech, plusieurs citoyens armés rentrèrent dans nos rangs.
A Lézan, les gendarmes furent désarmés et enfermés dans l'auberge Chaptal et leurs chevaux dans l'écurie. Dans cette localité, les sieurs Claris(4) furent désarmés, ainsi que Privat et Falgon ; le juge de paix, lui aussi, fut sommé de céder ses armes et menacé de mort.
L'horloge sonnait minuit ; Malibran, avec une partie de la troupe, prit la route de Lédignan dans le but de désarmer totalement la gendarmerie de cette localité. L'autre partie de citoyens, commandé par Gascuel, prit la route de Cardet et, arrivée sur ce point, il fut décidé de nous débarrasser des deux pandores qui se faisaient prier pour marcher. Nous les laissâmes aller.
A la pointe du jour, nous arrivâmes à Boucoiran, dont la gendarmerie avait été désarmée par la colonne alaisienne. "
A suivre

(1) Frère ainé de l'auteur.
(2) Il est intéressant de noter l'existence encore à cette époque de cette taxe à l'entrée de la ville.
(3) Surnom populaire d'un gendarme.
(4) Très ancienne famille Lézanaise, propriétaire du château.

20 octobre 2011

Anduze, les suites de 1848…

La "place du Plan de Brie", autour de 1900, avec son animation au départ de la diligence

Deuxième extrait et suite du récit de l'anduzien Ernest Massot. Les renvois dans le texte ne sont pas d'origine : ils indiquent des précisions ou remarques personnelles que vous trouverez à la fin.

" Le dernier dimanche d'automne de la même année, les trois sociétés en question se réunirent en groupe pour se rendre sur la montagne de Peyremale. Les citoyens marchaient deux à deux, et l'on remarquait en tête de la colonne Castanet, vêtu d'un costume de berger, portant du côté gauche une gourde contenant 3 litres de vin et tenant de sa main droite un bâton muni d'une courroie.(…)
Arrivée à Chantereine, la colonne prit la droite où se trouve le sentier (dit de la Rigole) qui conduit sur Peyremale. Parvenus au faîte de la montagne on fit un déjeuner frugal. Des chansons patriotiques furent chantées, des discours prononcés.
Quiminal joua du cor de chasse, et les citoyens formèrent le cercle. Les principaux républicains d'Anduze prirent la parole et formèrent le dessein de réunir les démagogues sous une seule bannière républicaine. A cet effet, des délégués furent nommés sur le champ. Voici les noms des citoyens qui firent partie du comité chargé d'examiner et même de formuler les statuts sur les règlements de la société des Montagnards, déjà fondée à Paris(1) : Lozes, menuisier ; Castanet, chapelier ; Chabran, boulanger ; Puech, chapelier ; Chaffiol, cafetier ; Léonore, menuisier ; Gascuel, instituteur ; Creissent, propriétaire à Tornac ; Pierredon, propriétaire à Tornac ; Gras, de Boisset-et-Gaujac ; Gibert, de Boisset-et-Gaujac ; Ribot, de Bagard ; Ducros, de Bagard.
Le congrès fut tenu chez Ribot, à Bagard. Il fut décidé que le camp républicain serait à Anduze, dans la rue du Luxembourg, à la maison Renard. Huit cent trente-trois sociétaires avaient donné leurs signatures, et tout sociétaire devait jouir de ses droits civils et cotiser deux francs par an pour couvrir les frais de logement ou autres frais imprévus.
La dite société eut pour président Arnassan, menuisier ; pour vice-président Loges, et pour secrétaire Gascuel, instituteur. L'établissement où était installé la société était géré par Chaffiol.

Passons maintenant aux années 1849 et 1850. Un grand banquet fut organisé sur la rive droite du Gardon, au plan des Molles. Deux milles personnes du Gard, faisant partie de l'élite des sociétés des Montagnards, se rendirent sur le lieu indiqué, portant des cocardes rouges sur leurs poitrines. Parmi les convives, on remarquait : Encontre, de Nîmes ; Mourgues, d'Alais, accompagné de Delord ; Edouard Serres, de Villérargues ; Mazel fils, de Boucoiran ; Henri Joubaud, de Saint-Ambroise ; Antoine Cavalier, de Valestaillères ; Victor Champetier, de Saint-Julien.
A la fin du repas, César Crés se leva et chanta le "Chant du Départ". Ensuite Jalabert, de Mialet, prit le drapeau et chanta "Toute l'europe est sous les armes, c'est le dernier râle des rois". Puis Gascuel prononça l'allocution d'usage, et donna la parole à Mazade. (…) Le jeune étudiant en droit, Cazot, prononça aussi un discourt émaillé d'anecdotes historiques concernant la vie des rois. Ensuite, il passa en revue le socialisme de Louis Blanc, et après avoir remercié les Anduziens de leur bon accueil, leva son verre en l'honneur des sociétaires du département.
Les journaux firent grand bruit de ce banquet.
D'autre part, la bourgeoisie Anduzienne, fière de ses écus, mit en permanence une liste de souscription, la dite liste produisit 15.000 francs. Rodier, de la Bruguière, donna sa signature pour 5.000 francs de plus, total 20.000 francs qui furent employés à construire la Rotonde.
Ce camp antirépublicain eut pour président Ariste Colomb, de la Blaquière. Celui-ci eut la manie d'attirer à la Rotonde les voyous de la localité et les mouchards rôdaient dans les rues, cherchant noise aux républicains. Parmi ces êtres se trouvaient : Mougnet, surnommé Cocu ; Raymond, Pagès, Bancillon, Brunel dit Madu ; Gâche surnommé Donde ; Laurent Laporte dit Paon ; Feuillade, etc… Toutes les fois qu'il y avait bal à la Rotonde, ces derniers avaient le plaisir de danser avec les dames de la fine fleur aristocratique anduzienne.
Le commissaire de police, le juge de paix, se montraient bienveillants à l'égard des Bonapartistes et maltraitaient les républicains qu'on avait surnommé les rouges. Les municipaux payaient largement les mouchards qu'on avait surnommé les bleus. Ces imposteurs, en chantant des chansons antirépublicaines, faisaient le tour de l'île en passant par la rue du Luxembourg et la traverse de Pélico. Une fois sur toutes, les perturbateurs jetèrent des pierres dans l'enceinte de la maison Renard où les républicains tenaient une conférence, Gascuel et Malibran furent atteints et allèrent porter plainte au commissaire de police. Celui-ci les fit enfermer, au moyen de faux témoignages, ils eurent pour leur peine 3 mois de prison. Ce qui prouve qu'à cette époque, nos administrateurs donnaient droit aux bleus et inculpaient les rouges.
L'injustice ne fit qu'indigner les républicains avancés, et vers la fin de 1850, la société des Montagnards s'allia avec les sociétés secrètes. Pour le suivre, Cazot demanda des citoyens volontaires, et ceux-ci allèrent dans toutes les villes du département faisant de la propagande.
Vers la fin de l'année 1851, les républicains eurent beaucoup d'obstacles à surmonter. Louis Bonaparte étouffa la République(2) et au lendemain du crime, le 3 décembre, les chefs de la Société secrète d'Anduze prirent l'initiative de nommer les chefs capables de diriger la colonne.
Le 4 était jour de foire à Anduze, les gens de la campagne s'étaient rendus en grand nombre dans cette ville, une émeute se produisit devant la Mairie. Mazade, conseiller municipal, rentra dans la Mairie et sollicita la permission de monter au balcon pour haranguer la foule. Au milieu du couloir, il rencontra le Juge de paix et Fesquet, adjoint. Ces derniers repoussèrent sa demande et ajoutèrent : Puisque nous avons Louis Bonaparte pour président, nous n'avons plus besoin de Ledru-Rollin. Après ce refus, Mazade revint dans la foule et dit d'une voix forte : Respectons la Justice quand même elle ne le mérite pas, à demain les affaires ! "
A suivre…

(1) A Paris, Ledru-Rollin avait formé un groupe appelé "la Montagne", d'où les surnoms des républicains d'extrême gauche : "montagnards", mais aussi "démocrates socialistes", ou bien "rouges".
(2) Coup d'état de Louis Napoléon Bonaparte, qui arrivait à la fin de son mandat de Président de la Deuxième République, depuis février 1848, et non renouvelable…

15 octobre 2011

Anduze, février 1848…

La Porte des Cévennes, quand le pont du chemin de fer n'existait pas encore…

Voici donc un premier extrait du récit de l'anduzien Ernest Massot. Les renvois dans le texte ne sont pas d'origine : ils indiquent des précisions ou remarques personnelles que vous trouverez à la fin.

" Mon premier maître d'école se nommait Barafort. L'esprit de cet instituteur était nourri de patriotisme. Celui-ci me mit un jour sous les yeux une pièce démocratique que j'appris par cœur. Cet excellent homme m'apprenait aussi à joindre le geste à la parole, et si je débitais les vers sans faute, il me donnait des bons points.
Constamment, au foyer paternel, on causait politique. Mothier, qui habitait la rue Beauregard, se rendait tous les soirs à la maison de mon père (maison située à Anduze, en face de l'entrée principale de l'église de Saint-Etienne)(1). Mothier avait les cheveux blancs, le front ridé. L'octogénaire faisait la lecture du journal, qui avait pour titre : "La Réforme"(2). La feuille en question s'imprimait à Paris. A cette époque, la ligne du chemin de fer n'aboutissant pas directement à la capitale, les nouvelles nous arrivaient avec deux jours de retard. Le grand Musulh, comme rédacteur du journal, commençait à blâmer les royalistes, et encourageait la population parisienne à la révolte.
J'avais quinze ans lorsque un bruit infernal se fit entendre dans les rues de notre ville. Les artisans et les industriels, femmes et enfants, se rendirent à la place du Plan-de-Brie. Je me trouvais dans la foule ; Puech, chapelier âgé de vingt ans, juché sur les épaules du colosse Verdeille, maître maçon, lut à haute voix le télégramme que l'autorité locale venait de faire afficher sur les murs de la mairie.
Cette affiche contenait au plus dix lignes que voici :

Paris, le 24 février 1848.
Nous avons l'honneur d'informer le public que le roi est détrôné. Les insurgés ont fait brûler les voitures de Philippe. Les charpentiers et les forgerons ont élevé des barricades sur tous les points(3) de Paris. Les municipaux sont battus. Les conjurés ont installé Caussidière
(4) à la Préfecture de Police. Barbès et Ledru-Rollin ont pris l'initiative de former un gouvernement provisoire. Les Maires des provinces sont autorisés dans leurs localités de proclamer la République.

L'affiche fut à peine lue qu'un cri général de : "Vive la République" s'échappe de toutes les poitrines. Dix coups de canon sont tirés sur les quais de notre ville. Les timorés commentaient entre eux la politique des conspirateurs. Les républicains les plus exaltés supplièrent monsieur le Maire et une douzaine de conseillers municipaux qui se trouvaient présents de faire battre du tambour, sonner du clairon et proclamer la République.
Verdeille (dit le dragon), prit le drapeau et le cortège se dirigea vers la rue Basse. Arrivé au Portail du Pas, le cortège s'engagea dans la rue Haute et arriva un instant après sur la place Saint-Etienne. A ce moment les tambours battaient et les clairons sonnaient. Devant l'église deux voitures stationnaient, l'une appartenant à monsieur de Narbonne Lara de Labahou, l'autre à monsieur Gilly de la Madeleine. Dans ces mêmes instants un cri de "Vive Henri V"(5) fit retentir la voûte de la cathédrale. La foule se rapprocha et répliqua "Vive la République" et "A bas Henri V".
Tous ces cris aigus épouvantèrent les chevaux qui se cabrèrent comme des biches. Pour éviter un accident, des citoyens courageux saisirent les chevaux par la bride, ils les dételèrent et les voitures furent renversées. Quelques coups de poings furent échangés et les soldats qui se trouvaient en garnison à Anduze intervinrent et rétablirent l'ordre.
Le cortège reprit sa marche ; arrivé à la place Couverte la foule fut plus nombreuse. Des fenêtres, des fleurs furent lancées sur le peuple. Le jour était à son déclin, les cabarets furent éclairés, les citoyens y prirent place et levèrent leurs verres en l'honneur du drapeau de la République et des progrès sociaux.
Le 1er mai de la même année, un grand arbre de la liberté fut planté en face de la mairie. Les habitants des campagnes se rendirent à Anduze pour célébrer la fête commémorative et la "Carmagnole" fut chantée et dansée autour de l'arbre. Les chapeliers allèrent banqueter au "Chapeau-Rouge" (au bout du quai). Les menuisiers, les serruriers et les maçons se rendirent à "L'Orange" chez la mère des compagnons (au chemin neuf)(6). Le restant des citoyens se rendit à l'auberge Michel (dans la rue Cornue)(7).
A partir de ce jour, les trois cabarets que nous venons de citer furent des clubs républicains. Le club du Chapeau-Rouge eut pour président Castanet ; le club Michel eut pour président Gascuel, instituteur ; et celui de l'Orange eut Loges. "
A suivre…

(1) Cette maison a sans doute disparu a l'occasion de l'ouverture du boulevard Jean Jaurès.
(2) Journal fondé en 1843 par Ledru-Rollin et défendant les idées républicaines et sociales. 

(3) Certainement une faute de frappe : lire "les ponts".
(4) Nouveau préfet du peuple.
(5) C'était le comte de Chambord, depuis longtemps prétendant royaliste au trône de France sous ce nom.
(6) Notre avenue du pasteur Rollin.
(7) Inconnue aujourd'hui, sans doute une faute de frappe : l'actuelle rue Cornie.

9 octobre 2011

Anduze et la Révolution de 1848 : le témoignage…

Louis-Philippe, roi des Français
Jusqu'à présent, parmi l'ensemble des ouvrages consacré à toute ou partie de l'histoire d'Anduze, il n'y en a aucun, à ma connaissance, qui ait abordé une des périodes les plus agitées du XIX ème siècle : celle de la Révolution de 1848…
Aussi je vais vous proposer, en plusieurs billets un peu plus longs que d'habitude, quelques passages du témoignage exceptionnel de Ernest Massot, né à Anduze le 11 octobre 1833. Celui-ci nous raconte, de façon très vivante, la réaction des Républicains d'Anduze et de ses environs suite à l'abdication de Louis-Philippe, roi des Français, le 24 février 1848 et sa fuite en Angleterre. L'intérêt de ce récit réside surtout dans le fait que le narrateur de cet épisode historique local en fut l'un des principaux acteurs, apportant ainsi un éclairage particulier et une mine de renseignements au niveau des noms des personnages et des lieux que, vous verrez, beaucoup reconnaîtront. On a, de ce fait, plaisir à suivre ces événements qui se sont déroulés "en pays de connaissance".
Ma source est un petit document original (14 X 21 cm) de 1904, sans nom d'éditeur, d'une cinquantaine de pages. Fabriqué par l'Imprimerie Générale de Marseille, il le fut certainement à compte d'auteur (Ernest Massot avait alors soixante et onze ans).
Voici l'avant-propos : "L'auteur de cette brochure informe ses aimables lecteurs que les divers documents relatifs à sa généalogie, et, aux incidents qui se sont passés de 1848 à 1851 dans le département du Gard, et auxquels il a pris une grande part, ont été l'objet de laborieuses recherches, dans le département et en particulier dans l'arrondissement d'Alais et le canton d'Anduze. Les faits rapportés sont absolument authentiques."
Alors à très bientôt pour le premier épisode…

28 septembre 2011

L'activité économique d'Anduze… en 1913 !




En regardant pour la première fois cette vieille "réclame", mon esprit vagabond et cinéphile n'a pu s'empêcher d'établir un lien entre le dessin de cette motocyclette et celle utilisée par James Coburn dans le western italien culte de Sergio Leone "Il était une fois la révolution". Si, rappelez-vous, l'histoire de cet aventurier Irlandais, expert en nitroglycérine, qui se prendra d'amitié pour un petit truand devenu à son corps défendant un héros de la révolution mexicaine, en 1913… Bon, après vérification, il s'avère que la machine utilisée par l'acteur, d'une marque différente, est un peu plus sophistiquée et tardive (1919) que notre modèle français qui, lui, si l'on se réfère à la date de parution de cette annonce anduzienne est quand même aussi de 1913. 
Mais quittons cette comparaison cinématographique au demeurant très personnelle pour s'attacher à l'intérêt que peut susciter un tel document sur le plan de notre histoire populaire locale, car cette ancienne publicité trouve sa place parmi d'autres, rassemblées sur un programme de festivités organisées par la ville d'Anduze. Elles témoignent de l'activité économique de notre cité à cette époque, à la veille de la Grande Guerre, venant ainsi illustrer aujourd'hui concrètement une mémoire collective défaillante avec le temps et la disparition progressive de nos plus anciens…
On apprend ainsi qu'au Plan de Brie se trouvait un moulin à huile à vapeur appartenant à monsieur Carrairon ; que le Café du Centre existait déjà et le propriétaire, Emile Guy, proposait des consommations de premiers choix ! Non loin de là une épicerie fine était tenue par la veuve Ducros et vous pouviez vous adresser à Fernand Séquier pour tous travaux de maçonnerie ; monsieur Rafinesque, propriétaire de l'hôtel-restaurant du Luxembourg vous servait à la carte et à prix fixe. Dans la rue du même nom, le maréchal-ferrant Jean Roux vendait et réparait différents instruments agricoles. Pour être coiffé "au dernier chic" il fallait se rendre rue Neuve, chez monsieur Pierredon, spécialiste de chapeaux feutre. A quelques pas, la maison César Serre était également dans le domaine du couvre-chef mais se diversifiait en mettant en vitrine canotiers, panamas et casquettes ; elle faisait aussi ses chemises sur mesure, avec faux cols, manchettes et plastrons ; en recommandant spécialement ses corsets, les dames n'étaient pas oubliées… Place du Château le commerce d'alimentation de Félix Carrairon (à priori une grande famille de commerçants à Anduze !) était réputé pour sa spécialité de morue à la brandade. Les lapins, volailles et œufs frais du jour de monsieur Broc se vendaient au détail, rue Notarié. Dans l'intérêt du client, le marchand-tailleur Marion conseillait à celui-ci de s'habiller chez lui, rue Basse ; cela certainement pour concurrencer monsieur Bastide, successeur de Coulomb, installé place Couverte et proposant des vêtements tout faits et sur mesure.
Impossible de toutes les citer, aussi en voici une dernière pour les gourmands : la pâtisserie-confiserie de Louis Baudoin, rue Droite, renommée pour ses "brioches d'Anduze" plusieurs fois primées aux expositions de Paris et Toulouse… en passant par Nancy et Dunkerque !

19 septembre 2011

La Grande Pallière : un rendez-vous de passionnés !

En médaillon, monsieur Jean Salles
D'année en année, les Journées du Patrimoine sont devenues un rendez-vous incontournable et attendu de la part de nos concitoyens, leur permettant ainsi de montrer leur attachement à ce qui constitue le socle de notre identité culturelle ; cet héritage patrimonial commun reçu de génération en génération depuis des millénaires.
Cette année la Ville d'Anduze a choisi de mettre plus particulièrement en valeur son patrimoine préhistorique avec notamment le site de la Grande Pallière. Pour cela j'avais demandé à madame Elisabeth Hébérard, présidente du GARA (Groupe Alésien de Recherche Archéologique), si elle serait disposée à venir nous parler un peu de nos dolmens ; nous présenter en quelque sorte un bilan des nombreux travaux et restaurations effectués par l'association depuis plusieurs décennies sur ce site que tous les plus grands spécialistes s'accordent à considérer comme étant particulièrement exceptionnel. C'est avec simplicité et gentillesse qu'elle a accepté ma proposition.
Après son intervention, nous avons écouté aussi avec le même plaisir Gilbert Calcatelle, un autre oh combien passionné ! Cet homme de terrain infatigable, qui parcourt de long en large ce site depuis plusieurs dizaines d'années, nous conta avec humour son expérience personnelle d'autodidacte éclairé et les circonstances qui l'ont amené à devenir avec le temps et la passion (et des kms de marche !) notre référence locale concernant notre patrimoine mégalithique, sa modestie naturelle due-t-elle en souffrir.
Ensuite, pour terminer, j'ai exprimé, au nom de Bonifacio Iglesias, maire d'Anduze, et du Conseil municipal, toute notre reconnaissance pour l'action discrète mais efficace du GARA sur notre territoire pendant toutes ces années. Ceci à travers un hommage à la personnalité hors du commun du président fondateur de cette association, monsieur Jean Salles, à qui la médaille de la ville d'Anduze a été offerte.

28 août 2011

Les petits tampons de l'Histoire…

Quand François Henri d'Estienne, adjoint à la Mairie d'Anduze, écrivit de sa meilleure plume ce certificat de bonne conduite (ci-contre), il ne pouvait pas se douter que cette pièce, somme toute assez banale à l'époque, serait reprise par un successeur près de deux siècles plus tard, pour parler d'histoire.
Même si il est toujours émouvant, quand on aime Anduze, d'être confronté à un témoignage local d'une époque révolue, ce n'est pas tant le contenu manuscrit de cette lettre qui attira mon attention mais bien la corrélation de l'année inscrite avec les différents tampons présents.
1815, date importante dans notre histoire nationale. Souvenez-vous. Quand Napoléon Ier eut abdiqué en avril 1814, il reçut la modeste souveraineté de l'île d'Elbe. En mars 1815, ayant échappé à la vigilance des Anglais, il rentra en France. Commença alors la fameuse période des Cent-Jours qui se terminera par sa défaite à Waterloo le 18 juin. Cette année là fut donc une période politiquement incertaine et trouble. D'autant plus qu'après cette deuxième abdication de l'empereur qui, comme chacun sait, termina sa vie à Sainte-Hélène, la "Terreur blanche" avec les exactions des royalistes s'installa tout l'été dans notre Midi, favorisant ainsi un climat malsain.
Ce document administratif anduzien de 1815 est intéressant car il illustre très bien, par la présence de tampons officiels de deux régimes différents, cette courte transition où un certain dualisme s'exerça dans notre pays. Celui en rouge représente le premier Empire avec pour emblème son aigle impérial ; le second, représentant la Mairie d' "Anduse", affiche les symboles royaux de Louis XVIII avec la couronne et les fleurs de lys.
Ce vieux papier (collection personnelle) nous montre aussi qu'en ce temps là le nom de notre commune s'écrivait avec un "S". Mais, heureusement, nous avons repris depuis longtemps le "Z" de Zor… pardon, de Anduzia !