C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

12 février 2014

Le rêve magnifique de Jules… 1

Manifestement le dix neuvième siècle aura été pour notre cité une période particulièrement riche en personnalités exceptionnelles dont les renommées ont marqué de leurs différentes empreintes notre histoire locale et quelques fois même nationale. Si certaines ont bien traversé le temps à travers plaques commémoratives et nombreux témoignages divers, d'autres, pourtant non moins méritantes, ont vu leurs souvenirs s'estomper progressivement pour disparaître de la mémoire collective. C'est donc avec plaisir que je vais évoquer un Anduzien injustement oublié aujourd'hui mais qui fut pourtant, grâce à son intelligence, sa puissance de travail et ses capacités hors normes, l'une des grandes figures à la fois politique et scientifique de son époque dans le Gard.
Mais commençons par le commencement…
Jules Teissier-Rolland, issu d'une famille de notables, vit le jour à Anduze le 15 janvier 1798. Dès son plus jeune âge il montra des dispositions intellectuelles qui lui permirent de franchir facilement toutes les étapes de l'éducation scolaire. Ces brillantes années, à Anduze et Uzès puis Nîmes, le menèrent finalement jusqu'à Montpellier où il poursuivit des études de médecine. En 1822 il acquiert son diplôme de docteur mais plutôt que d'embrasser une carrière toute tracée le jeune homme profita d'une situation familiale confortable pour développer d'autres aptitudes beaucoup plus passionnantes à ses yeux. Avec un intérêt égal pour chacun d'entre eux, notre surdoué aborda des domaines aussi différents que l'agriculture, l'économie politique, l'archéologie, la paléontologie, les sciences naturelles, la physique et la chimie, démontrant ainsi un esprit aussi curieux qu'il pouvait être remarquable. D'ailleurs différentes publications viendront attester la valeur de ses travaux et la reconnaissance de ses pairs, notamment celle de ce que l'on appelait alors des "Sociétés savantes" comme l'Académie du Gard dont il était devenu membre.
Ce travailleur acharné, indépendant mais ouvert aux autres, trouva aussi dans l'investissement politique la possibilité d'apporter ses nombreuses compétences pour l'intérêt commun. Ce fut dans sa ville natale et à l'âge de trente ans qu'il obtint son premier mandat de conseiller municipal pour devenir deux ans plus tard adjoint. S'il refusa à plusieurs reprises au cours de sa carrière le poste de premier magistrat de sa commune, à laquelle il resta jusqu'au bout très attaché, l'une des raisons en était certainement sa fonction de vice-président du Conseil Général du Gard avec de gros dossiers a traiter. Parmi ceux-ci il y en avait un qui lui tenait vraiment à cœur car l'œuvre majeure de toute une vie, son extraordinaire projet concernant " la question des eaux de la ville de Nîmes "…

A suivre

18 janvier 2014

Anduze et tourisme en 1902 : aïe, aïe, aïe !…

Quand on dresse l'historique du tourisme en France, il apparaît que la célèbre association du Touring Club de France, créée en 1890, joua un rôle prépondérant à son développement avec un certain nombre d'initiatives, ceci jusqu'à la cessation de son activité en 1983. Reconnue d'utilité publique en 1907, l'association avait pour ambition " le développement du tourisme sous toutes ses formes, à la fois par les facilités qu'elle donne à ses adhérents et par la conservation de tout ce qui constitue l'intérêt pittoresque ou artistique des voyages ".
Parmi ses actions il y eut entre autres la création en 1899 d'une bibliothèque regroupant cartes, revues et guides touristiques édités par elle-même. C'est en lisant l'un d'eux, consacré aux Cévennes, que je me suis rendu compte de tout le chemin parcouru en un peu plus d'un siècle en matières de communication et de promotion mais aussi " de tout ce qui constitue l'intérêt pittoresque ou artistique des voyages " ! Il s'agit ici de la brochure "Sites et Monuments", datée de 1902 : voici comment était présentée notre cité…
" Anduze, petite ville assez animée, de 4000 âmes, est à 14 kilomètres d'Alais par la route, et à 23 kilomètres par le chemin de fer, obligé à un long détour pour desservir Lézan. Anduze est bâtie en amphithéâtre au bord du Gardon, que franchit un beau pont. Sur la rive gauche est un faubourg industriel, d'où part la route d'Alais. La ville, aux rues tortueuses, étroites, s'étend le long de la rivière, que borde une terrasse plantée d'arbres. Cette terrasse garantit la ville contre les crues subites et dangereuses du Gardon, dont elle a eu plus d'une fois à souffrir. Anduze est dominé par le mont Saint-Julien, qui porte encore quelques ruines d'une ancienne forteresse. On ne peut signaler à Anduze que deux monuments, et encore sont-ils d'un intérêt médiocre : le château, construit par Vauban, mais qui est bien défiguré, et la tour de l'Horloge, mieux conservée. On peut encore citer une porte moderne d'un bon style et quelques vieilles maisons. Le site, à Anduze, vaut beaucoup mieux que les monuments, qui ne présentent aucun intérêt."
Si, en dehors de cette extraordinaire " porte moderne d'un bon style ", nous apprenons avec fierté par cet article tout l'intérêt que porta Vauban à notre ville, c'est qu'il y a fort à parier que l'auteur de ces lignes situait la fontaine Pagode sur la place du marché d'Alais ! Bien sûr, avec le recul du temps, nous ne pouvons que sourire de cette incompétence frisant la caricature humoristique, heureusement exercée à une époque où les enjeux touristiques n'étaient pas tout à fait les mêmes que ceux d'aujourd'hui !…

6 janvier 2014

Monuments Historiques : une affaire non classée !…

Carte postale datée de 1912
A l'échelon national, la prise de conscience d'une nécessaire protection sérieuse et efficace du patrimoine vit le jour au début du dix neuvième siècle pour ne cesser d'évoluer depuis lors, les gouvernements successifs élargissant leurs champs d'actions plus particulièrement entre les années 1880 et 1930. Deux types d'inventaire principaux régissent actuellement les " Monuments Historiques ".
D'abord celui issu de la loi très importante du 31 décembre 1913 qui prend en compte entre autres le petit patrimoine local, répondant ainsi non seulement à la notion d' " intérêt national " mais aussi à celle d' " intérêt public ". Cela va faire bientôt un siècle que notre fontaine Pagode bénéficie de cette législation par son " classement " du 21 février 1914. Le temple de l'Eglise Réformée le sera beaucoup plus tard, le 18 juin 1979.
Le deuxième type d'inventaire est instauré par une autre loi qui vient compléter celle de 1913 le 26 juillet 1927 avec l' " Inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques " – intitulé qui fut modifié à partir de 2005 pour devenir " Inscription au titre des monuments historiques " – pour des monuments remarquables mais ne présentant qu'un intérêt régional. C'est le cas pour notre tour de l'Horloge qui fut " inscrite " le 30 mars 1978, ainsi que l'ensemble du château de Tornac le 5 décembre 1984.
Le premier avantage pour une municipalité d'avoir ses principaux monuments protégés est bien financier. Cela permet à ceux-ci d'être sous une surveillance éclairée de la Direction Régionale des Affaires Culturelles (la DRAC), elle-même sous l'autorité du ministère de la Culture, capable d'accorder des aides substantielles à la réalisation de travaux d'entretien et de rénovations ponctuels, indispensables et coûteux. C'est d'ailleurs cette première subvention accordée par la DRAC qui est susceptible d'en enclencher d'autres comme celles de la Région et du Département, quasiment impossible à obtenir sans cela.
Ensuite, en terme d'image et plus spécialement pour les communes touristiques comme Anduze, c'est sans conteste un atout supplémentaire non négligeable qui contribue non seulement à valoriser leur identité culturelle à travers un patrimoine local reconnu jusqu'au niveau de l'Etat mais aussi plus largement à attirer un public spécifique friand de la grande ou petite histoire d'un territoire atypique…

21 décembre 2013

Un rondeau pour Anduze…



Une chanson ! Une chanson !
Eh bien soit, puisque vous insistez voici, pour clore joyeusement cette série de billets 2013, un rondeau composé à la fin du dix neuvième siècle. C'est un véritable document émouvant sur les nombreux et différents commerces de l'époque, tous ouverts à l'année pour servir une population essentiellement ouvrière et modeste. Je suis persuadé que quelques noms de familles de commerçants évoqués dans ce rondeau " à l'air connu " éveilleront l'attention de certains Anduziens… Ce fut le cas pour moi !

Excellentes fêtes de fin d'année à tous !


21 novembre 2013

La porte de la Maison Commune…

Cette vieille et magnifique porte, qui s'ouvre aujourd'hui sur la grande salle d'un cabinet de kinésithérapeutes dont le faux plafond masque de belles voûtes, est sans aucun doute l'un des vestiges les plus emblématiques du patrimoine anduzien. Mais surtout emblématique de tout un quartier historique qui fut pendant des siècles le centre de tous les pouvoirs anduziens, qu'ils soient d'ordre politique ou religieux.  Celui-ci est situé dans les " Hauts d'Anduze ", entre les rues Notarié et de la Monnaie, reliées entre elles par la place du Cimetière ou place Saint Etienne ou place de l'église ou, pardon, place de la République !…
Viguier, dans sa notice sur la ville d'Anduze, nous parle d'un acte de 1442 constatant que la communauté d'Anduze et la confrérie de Saint-Etienne achetèrent une maison contiguë à celle que possédait déjà la confrérie depuis 1384 et qui deviendra un Hôtel-de-Ville. Ces deux maisons sont réunies dans le compois de 1535 sous le nom de Maison de la Confrérie et en 1546 ce nom deviendra celui de Maison Consulaire. Cette confrérie était l'une des cinq associations charitables d'Anduze à laquelle appartenait peut-être bien quelque consul et qui dans ce cas pouvait offrir si nécessaire le logis aux desservants de l'église Saint Etienne (forcément située dans le même secteur que celle d'aujourd'hui pour être à proximité du premier château des seigneurs d'Anduze, nous ignorons à ce jour quel fut son emplacement exact). Depuis le Moyen-âge, ceux-ci appartenaient au prieuré contigu à l'église et comprenait outre le Prieur et son vicaire, une douzaine de religieux.
Or, en 1561, presque tout Anduze est acquis à la Réforme dont le culte s'installe dans l'église, les prêtres ayant du céder la place. Fin 1567, ayant démoli l'église comme tous les autres édifices catholiques, les protestants installent leur culte dans une salle de la Maison Consulaire. Mais celle-ci devenant trop petite, décision est prise d'agrandir tout l'ensemble par la construction d'un nouveau local côté ancien cimetière, constituant ainsi un véritable pâté de maisons entre les deux ruelles citées plus haut. Siège actuellement d'une agence d'assurances, sa façade a conservé la trace du blason de la ville – martelé à la Révolution –  daté de 1590.
Après 1600, une fois construit le nouveau temple, les catholiques récupérèrent progressivement leur ancien domaine de la confrérie et y aménagèrent une chapelle. En 1634, invoquant le droit de propriété de l'Eglise, le vicaire intenta une action pour récupérer aussi le reste des locaux comme logements. Bien sûr les consuls ne cédèrent pas et il fallut que l'affaire aille jusqu'au Parlement de Toulouse pour qu'en 1647, comme le raconte Jean-Pierre Hugues dans son livre : " Les magistrats furent autorisés à rester dans la Maison de Ville, mais à la condition qu'ils paieraient au vicaire une rente annuelle de douze livres ". Il s'agissait de la salle haute de la Maison et cela constituait du même coup la reconnaissance de propriété de l'Eglise…
Après la révocation de l'Edit de Nantes, le temple à son tour démoli fit place à la nouvelle église d'aujourd'hui, terminée en 1688. Dès-lors et d'un commun accord, les services consulaires s'installèrent au large au rez-de-chaussée, et le presbytère au premier étage. Ce " modus-vivendi " va durer ainsi près de cent quarante ans malgré la poursuite des guerres de religions, et une éclipse due aux événements de la période révolutionnaire. En 1825, la Municipalité aménage un nouvel Hôtel de Ville dans l'une des ailes des anciennes casernes où il se trouve encore aujourd'hui, tandis que le presbytère catholique est resté au premier étage de l'ancienne Maison Consulaire, utilisant aussi le rez-de-chaussée pour ses diverses réunions paroissiales, ceci jusqu'au milieu du vingtième siècle.
Vendus et passés dans le domaine privé, les vieux bâtiments furent rehaussés de plusieurs étages, transformés en appartements et locaux commerciaux dans les années 1990 après avoir abrité pendant longtemps l'atelier d'un menuisier qui adorait travailler devant le pas de sa porte… de sa si magnifique porte !…

2 novembre 2013

L'hommage aux Enfants d'Anduze…


Bientôt la commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918, aussi c'est peut-être le bon moment pour écrire quelques mots sur un ouvrage particulier d'Anduze puisque dédié au souvenir : notre Monument aux Morts.
C'est le 14 juin 1919 que le maire Jean Gaussorgues et son Conseil décidèrent d'organiser un comité chargé de mettre en route le projet d'un monument à la mémoire des Enfants d'Anduze victimes de la Grande Guerre. Quelques mois plus tard, en février 1920, suite à un courrier du préfet annonçant que des trophées de guerre pourront être accordés aux communes sous certaines conditions, la municipalité fit une demande de deux canons pour la ville. Le 28 novembre de la même année, les élus municipaux votent quatre mille francs en faveur du comité, somme qui vient s'ajouter à celles de la souscription publique. Ce jour là est fait aussi le choix du lieu : " Le comité qui s'est constitué à l'effet d'ériger un monument à la mémoire des Enfants d'Anduze morts pour la France a fait le choix du parc des Cordeliers pour l'emplacement du dit monument qui serait édifié au pied de la grande pelouse de gauche, faisant face à l'entrée du jardin, demande au Conseil l'autorisation voulue."
Voici maintenant une courte mais inédite description du monument puisqu'elle fut écrite au dos d'une carte postale ancienne représentant celui-ci et que me montra Pierre Salvidant, collectionneur émérite et véritable mémoire d'Anduze : " Ce monument est tout en pierre de Brouzet. Le coq victorieux, au-dessus d'un drapeau impérial allemand, une patte sur le casque, à côté un sabre brisé. Ce sujet a été tiré dans un bloc de pierre mesurant 2m X 2m X 1 mètre. Le coq seul mesure 1m30 de hauteur ". La réputation de cette pierre calcaire du Gard datant du Crétacé inférieur n'est plus à faire depuis longtemps. D'ailleurs, entre autres références, celle-ci prendrait même sa part de l'imposant socle de la statue de la Liberté : tout un symbole !…
Notre monument fut inauguré le 14 août 1921. Dans le même temps il y eut aussi la réception des deux canons, transportés aux frais de la commune du parc d'artillerie de Vincennes à celui des Cordeliers. Disparus aujourd'hui, une carte postale de l'époque nous les présente installés de chaque côté de l'entrée du parc.
Depuis, malheureusement, d'autres noms sont venus s'ajouter progressivement à ceux gravés dans la pierre avec les différents conflits du vingtième siècle, multipliant ainsi les cérémonies du souvenir… pour ne pas oublier !

19 octobre 2013

Cette loi qui changea les élections municipales…

Allez, un peu d'histoire ! La petite et la grande se croisant entre Anduze et Paris avec ce billet un peu plus long que d'habitude !…

Parmi les personnalités anduziennes les plus marquantes du dix neuvième siècle, il ne fait aucun doute qu'Albin de Montvaillant, que j'avais déjà eu l'occasion d'évoquer dans un billet d'avril 2012, tient une place de choix. Cet avocat, écrivain à ses heures, fut nommé à la tête de la mairie d'Anduze en 1865. Il occupa ce poste jusqu'en septembre 1870, date à laquelle un certain nombre d'événements historiques nationaux l'encouragèrent assez rapidement à abandonner sa vie politique locale. En voici les différentes étapes.
Le 3 septembre 1870 sont organisées des élections municipales pour renouveler normalement les conseillés, ceci sous la houlette du délégué du préfet et donc maire nommé d'Anduze, Albin de Montvaillant. Celui-ci va profiter du scrutin pour se faire élire aussi conseillé municipal et, la main sur le cœur, il prêtera serment : " Je jure obéissance à la constitution et fidélité à l'Empereur ! ". Seulement voilà, le lendemain 4 septembre, après une journée d'émeute à Paris, l'Empire est renversé ! Après avoir déclaré une guerre mal préparée à la puissante Prusse en juillet 1870, Napoléon III finit par se constituer prisonnier le 2 septembre à Sedan avec plus de 100 000 hommes. Apprenant la cuisante défaite, une foule parisienne envahit le Palais Bourbon où siège le Corps Législatif : l'empereur est déchu et la Troisième République proclamée.
Le 5 septembre à Anduze le Conseil élu quarante huit heures avant est dissous et une commission municipale provisoire est nommée par "
Adolphe Thiers
acclamation populaire " où le nom de Montvaillant n'apparaît pas. Le 7, Albert André sera nommé maire d'Anduze à la place d'Albin dont la démission a été acceptée…

La guerre n'est pas terminée. Les armées françaises battent en retraite sur tous les fronts et bientôt la capitale sera assiégée. Un hivers épouvantable attend les Parisiens qui résisteront longtemps avant de capituler en janvier 1871. Le gouvernement décide alors de signer un armistice avec la Prusse. Au mois de février, des élections générales donnent une nouvelle Assemblée nationale qui désigne Adolphe Thiers comme chef du gouvernement exécutif. Mais Paris grogne et, au mois de mars, entre en insurrection contre le gouvernement avec son mouvement baptisé " Commune de Paris ", qui va gagner progressivement les grandes villes de province comme Lyon, Marseille où Toulouse. Elles seront sévèrement réprimées et l'action des Communards se terminera à Paris avec ce qu'on appellera "la Semaine sanglante", à la fin du mois de mai.
Entre temps le gouvernement fit adopter le 14 avril 1871 une loi très importante concernant les élections locales : le Conseil municipal, élu au suffrage universel, élira lui-même le maire et ses adjoints, alors qu'auparavant ceux-ci étaient nommés par le préfet en pouvant être éventuellement choisis hors du Conseil. Avec quand même encore une restriction pour les villes de plus de vingt milles habitants, le gouvernement voulant rester maître des nominations les concernant. Il faut dire que la période n'était pas vraiment favorable à un climat de confiance !
La préfecture du Gard, en la personne du préfet Champrans, envoya de Nîmes une lettre étonnante datée du 18 avril 1871 à Albin de Montvaillant et dont voici la teneur :

"  Monsieur Albin de Montvaillant premier conseiller municipal, maire de la commune d'Anduze,
"  Monsieur le Maire,
"  J'ai l'honneur de vous donner connaissance de la nouvelle loi sur les élections municipales, en date du 14 de ce mois.
" D'après l'article 1er de cette loi, les commissions municipales, les maires et les adjoints en exercice et pris en dehors du Conseil municipal, doivent cesser leurs fonctions immédiatement après la publication de la loi.
" Provisoirement et jusqu'à l'installation des nouveaux Conseils municipaux, les fonctions de maires, d'adjoints et des présidents des bureaux électoraux, dans les communes administrées par les commissions municipales ou par des maires et adjoints pris en dehors du Conseil municipal, seront remplies par les membres des derniers Conseils municipaux, en suivant l'ordre d'inscription sur le tableau.
" En exécution de ces dispositions, je vous prie de vous concerter, dès la réception de la présente lettre, avec le maire actuellement en exercice qui, déjà prévenu par moi, voudra bien vous remettre le service de la mairie.
" Comme premiers actes de votre administration vous aurez à faire publier et placarder aux lieux ordinaires, l'affiche ci-jointe contenant la loi du 14 avril et vous entendre, pour les fonctions d'adjoint, avec le conseiller municipal venant après vous. Vous aurez ensuite, et sans perdre un instant, à vous occuper de la formation de la liste électorale qui doit être dressée dans les trois jours qui suivront la publication de la loi.
" Un prochain courrier vous apportera des instructions et les imprimés nécessaires pour la confection de ce travail. Vous pourriez, dès à présent, préparer les éléments de cette opération qui aura pour base la révision des listes électorales de 1870, avec cette condition que les électeurs devront être domiciliés depuis un an dans la commune.
" Je vous prie de vouloir bien accepter la charge provisoire que vous confie la loi, et dans le cas où il ne vous serait pas possible de la remplir, de la remettre, en mon nom, au membre du Conseil municipal inscrit après vous, en lui faisant tenir la présente lettre et l'affiche qui l'accompagne.
" Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
 
" Le Préfet du Gard "

La réponse ne se fit pas attendre puisqu'elle date du 20 avril 1871. Le plus curieux est qu'elle fut adressée au sous-préfet d'Alais comme si c'était lui qui avait été l'auteur de la première ! Un petit mystère mais toujours est-il qu'Albin de Montvaillant avait déjà définitivement tourné la page de sa vie politique anduzienne :

" J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, qui me fait connaître qu'en ma qualité de premier conseiller municipal élu par le suffrage universel, la loi du 14 avril 1871 me confie les fonctions de maire jusqu'aux élections nouvelles.
" Je vous remercie, monsieur le Sous Préfet, de votre communication, et tout en approuvant la loi qui rend ainsi hommage au suffrage universel et qui proteste contre l'usurpation des commissions municipales, je me vois au regret obligé de vous faire connaître que je n'accepte pas ces fonctions.
"Recevez, monsieur le Sous Préfet, l'assurance de ma considération très distinguée.
" Albin de Montvaillant "