C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

19 mai 2019

La terre et les mots d’Anduze et… d’ailleurs !


Dans la diversité de l’offre culturelle que la municipalité d’Anduze programme chaque année, le théâtre tient une place importante du fait du grand nombre de compagnies et autres associations théâtrales installées dans notre région et ailleurs. Nous recevons donc beaucoup de propositions variées concernant ce domaine artistique majeur. Un secteur dont la richesse exceptionnelle est en premier lieu due au travail des auteurs.

L’étape essentielle qu’est l’écriture, nous l’avions déjà abordée il y a deux ans, en mai 2017, avec un premier concours organisé par Louise et Michel Caron et la délégation Méditerranée des Ecrivains Associés du Théâtre. Une première dont nous gardons un excellent souvenir grâce à la qualité de tous les différents protagonistes qui surent allier avec bonheur et simplicité, le professionnalisme et la convivialité.

Riche de cette première expérience, les fondateurs de l’Atelier Théâtre d’Anduze décidèrent de récidiver avec « La fête de la terre et des mots », toujours avec les EAT Méditerranée mais en proposant une manifestation qui dépassa de façon heureuse ce cadre littéraire. Le thème imposé aux écrivains du théâtre était « la ménagerie des vivants » ; vaste sujet, s’il en est, dont un peu plus d’une quarantaine de gens de plume se sont emparés avec jubilation pour en exploiter tous les aspects, du réalisme aux idées complètement surréalistes, souvent teintées d’humour et de poésie. Mais n’oublions pas que dans ce genre littéraire spécifique, au delà du choix des mots et de l’imagination de l’auteur, la forme et le rythme ont aussi une place importante puisque le texte est destiné au final à la mise en scène.
Pour notre plus grand plaisir, d’autres talents s’invitèrent cette année à cette fête des mots avec, en dehors des excellents comédiens-lecteurs, un accordéoniste, qui a accompagné notamment la lecture des œuvres, et une plasticienne qui travailla sur place et proposa une magnifique sculpture en terre inspirée de ces mêmes écrits.

Tous les intervenants de cette manifestation brillante et atypique méritent d’être cités, en commençant par les treize écrivains lauréats du concours, invités à venir écouter la lecture de leur œuvre en public : Céline Balloy, Jean-Michel Baudouin, Sylvie Chenus, Marie-Hélène Chiocca, Jacques Grange, Henri Gruvman, Jean-Michel Guieu, Sabine Mallet, Lise Martin, George Milcent, Hervé Nouvel, Nathalie Rafal, Diane Saurat. Lectures par Emilie Bourdellot, Louise et Michel Caron, Nathalie Marais, Stephen Pisani, Wianney Qolitan ; accompagnement musical à l’accordéon par Will Teyssedou ; et bien sûr Patricia Denimal, artiste anduzienne.

Louise et Michel, en invitant d’autres acteurs culturels différents à venir jouer avec eux et prêts à se mettre en danger artistiquement devant un public, apportèrent une nouvelle dimension à cet événement. Cela confirme aussi que l’interaction de divers créateurs et de leurs univers sur un même sujet, quand elle est faîte avec intelligence et sensibilité, permet souvent de s’élever vers un autre niveau culturel ; ce que l’on appelle je crois l’excellence. Nous n’en étions pas très loin en ce samedi dix huit mai deux mille dix neuf, journée d’exception…

5 mai 2019

Misserel de Tornac, vagabond de la première classe !…

A travers le procès-verbal de gendarmerie que je vous propose aujourd’hui nous remontons le temps jusqu’au onze août mille huit cent cinquante deux à Tornac. Trois gendarmes à cheval « à la résidence d’Anduze » font leur tournée et tombent inopinément sur un individu en train de manger près d’un feu, au milieu des vignes…
Mais je vous laisse découvrir ce rapport qui a attiré mon attention car la situation et les personnages auraient pu être facilement dans un roman de Victor Hugo ! Pour la petite histoire, à cette époque – août 1852 – le grand écrivain était nouvellement exilé à l’île de Jersey car en tant qu’homme politique il avait pris violemment position contre le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte ; cela eut pour conséquence son bannissement de la France pendant un certain temps…

« Ce jourd’hui onze août mil huit cent cinquante deux, nous Arragon Alexis, Verre Etienne et Berthomien Jean, gendarmes à la résidence d’Anduze, revêtus de notre uniforme, faisant une tournée de communes pour la répression du braconnage, parvenus en celle de Tornac, nous avons aperçu un individu dans une vigne qui avait allumé du feu et faisait rôtir du poisson en plein air, nous nous sommes approchés de cet individu. Les réponses qu’il a données à nos questions nous ont bientôt convaincus que nous avions affaire à un vagabond de la première classe. Il avait l’une des manches de sa blouse remplie de prunes, pressé de nous dire d’où venaient ces prunes, il nous a répondu les avoir volées dans la propriété de madame veuve Lauze de Tornac.
« Questionné de nous dire qui il était, il a dit se nommer Misserel Jean-Pierre, natif de Tornac. Sur ce nous lui avons déclaré que se trouvant en état de vagabondage et nanti d’objets volés, nous le faisions prisonnier pour être conduit devant monsieur le Procureur de la République à Alais, auquel magistrat nous adressons le présent procès-verbal et copie à monsieur le Commandant de cette compagnie.
Fait à Anduze les jours, mois et an que dessus.
Berthomien, Verre, Arragon »


En bas de page les gendarmes précisent dans leur signalement que l’homme serait âgé de dix huit ans : espérons pour lui que ce jeune « vagabond de la première classe » n’a pas fini au bagne de Toulon pour quelques prunes !…