C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

12 juillet 2018

Cratère Surfaces 2018 : encore une belle réussite !…


Du monde, beaucoup de monde à Anduze pour le festival des arts vivants « Cratère Surfaces » le mercredi 4 juillet. Une organisation sans faille des techniciens de la scène nationale, accompagnés efficacement par les agents municipaux, pour une manifestation faisant partie maintenant des rendez-vous culturels incontournables de la cité. Denis Lafaurie et son équipe ont trouvé depuis quelques années en la ville d’Anduze un magnifique terrain de jeux, aux multiples possibilités ; mais sans aucun doute aussi un véritable accueil bienveillant de la part de la municipalité, heureuse de travailler avec des professionnels du spectacle à la fois créatifs et responsables. D’excellents rapports humains donc, que les différents problèmes à résoudre au fil des ans, et inhérents à ce genre d’événement, ne sont jamais venus menacer.

2018 n’a pas dérogé à la règle avec une préparation minutieuse de la soirée, notamment, époque oblige, les aspects sécuritaires qui furent au centre des préoccupations.
Je ne vais pas parler ici des différents spectacles dont chacun a drainé un nombreux public, conquis depuis longtemps par les choix artistiques originaux sans cesse renouvelés du directeur du Cratère et qui font le succès de ce festival hors norme…

 

Pause estivale du billet culturel : bel été à tous et rendez-vous à la rentrée !

1 juillet 2018

Les magnifiques témoignages du photographe Richard Bruston…

Dans le cadre de son exposition artistique estivale, la municipalité est heureuse d’accueillir cette année le photographe Richard Bruston. Une invitation un peu particulière puisque ce nom raisonne encore aujourd’hui dans la mémoire de beaucoup d’Anduziens, du fait de la trace laissée dans notre cité par cette personnalité atypique. Une popularité qui s’est construite progressivement à Anduze à partir de 1969 et l’âge de trente ans. Alors nous ne savons pas si pour ce jeune homme comme pour Serge Gainsbourg ce fut une année érotique, mais il n’en demeure pas moins qu’il installa en haut de la rue Droite un lieu de rendez-vous qu’il nomma « la chambre noire »… son atelier photographique.

De là, cet opérateur haut en couleur, qui paradoxalement se passionne pour le noir et blanc, va partir entre deux commandes professionnelles à la découverte des Cévennes et de leurs habitants.
C’est ainsi que nous découvrons aujourd’hui aux cymaises de la salle Ugolin un magnifique travail qui témoigne de façon émouvante de la vie locale. Notamment les différents portraits des Anciens, des visages burinés portant toute l’histoire de la terre cévenole, mais aussi éclairés par les sourires malicieux de ceux qui en connaissent chaque secret.
Des mystères que Richard va tenter « d’éclaircir » avec sa technique parfaitement maîtrisée du clair-obscur sur de nombreux clichés. Une méthode qui consiste à passer sans transition de l’ombre dominante à la lumière, sans dégradé, accentuant ainsi l’effet dramatique du sujet principal de la photographie.

Une rencontre essentielle dans sa vie personnelle, professionnelle et artistique eu lieu à partir de 1974, celle du Roy Hart Théâtre, centre artistique international de recherche sur la voix humaine basé au château de Malérargues à Thoiras. Il y tissa de solides liens d’amitié encore présents aujourd’hui.
Depuis les années 1990, Richard Bruston vit à Montpellier tout en restant en contact avec ses très nombreuses connaissances du pays cévenol qui lui ont fait l’amitié d’être là le soir de son vernissage.
Certes pour honorer le photographe, mais surtout l’homme attachant qui demeure toujours pour eux un véritable artiste témoin de son temps…

22 juin 2018

Héritage rue Notarié : le chandelier de la discorde…

Nous sommes toujours en 1817 mais cette fois-ci nous plongeons au cœur d’un conflit « sanglant » concernant un héritage familiale rue Notarié. En cette fin juillet ils n’ont même pas l’excuse d’un coup de chaud, la rue étant l’une des plus fraîches d’Anduze !…

« Est comparue Jeanne Boni, épouse de sieur Pierre Laporte propriétaire, habitante de cette ville d’anduze, qui nous a dit que la veuve Ferrier née Françoise Boni sa sœur habitante de cette dite ville les invita jeudi dernier par notre intermédiaire a vuider (forme ancienne de vider) les appartemens qu’ils occupaient ainsi que son dit mari dans la maison du défunt Antoine David Bony, père, commun, size en cette ville rue notarié, qu’ayant effectivement commencée a sortir de la dite maison une partie de leurs meubles et effets sans que les dites veuve Ferrier et femme Gascuel sa fille s’y fussent opposées, elle croyait cejourd’hui pouvoir continuer de faire emporter ses dits meubles et effets, que s’étant rendue a cet effet au premier étage de la dite maison, la dite femme Gascuel née Adèle Ferrier, s’y est présentée et lui a dit qu’une vanne rouge d’indienne à ramage (l’indienne est un morceau de toile coton imprimée, produit de luxe à l’époque destiné aux vêtements mais aussi à l’habillage des chaises et fauteuils) qui y était lui appartenait. La plaignante lui a répondu qu’elle se trompait, que la vanne qu’elle réclamait se trouvait dans une pièce au haut de la dite maison ; elle s’est emparée d’un chandelier de leton et voulait l’emporter, quand la plaignante lui a observé qu’il ne lui appartenait point ; si fait a répondu la femme Gascuel il m’appartient ainsi que tout ce qu’il y a dans la maison et vous ne l’aurés pas ; la femme Laporte s’étant avancée pour s’emparer de son chandelier la dite femme Gascuel lui a donné deux ou trois coups avec, sur la figure à côté de la tempe droite d’où le sang coulait, et en aurait fait davantage si le dit Gascuel son mari ne l’eut arrêté et faite retirer après lui avoir arraché le dit chandelier des mains. Observant la plaignante que jeudi dernier trente un juillet, la veuve Ferrier sa sœur vint dans l’écurie de la dite maison où elle reconnaissait ses effets pour les faire emporter, ferma la porte, prit un manche de pèle et voulait disait-elle lui faire sortir la fiente par la bouche, mais la fille de la plaignante qui se trouvait là ayant criée au secours il vint des personnes qui empéchèrent la dite veuve Ferrier d’exécuter son projet. Tous lesquels fait la dite femme Laporte affirme vrais et sincères et désigne pour témoins d’iceux les nommés Pommier dit izabelette père et fils cultivateurs, la femme du nommé Roumajon travailleur de terre et le sieur Jean-Pierre Gervais boulanger, tous habitans du dit anduze et du tout requiert acte, se déclare partie civile et a signé ainsi que le dit Laporte son mari. »

10 juin 2018

L’auberge du Luxembourg à Anduze…

« Cejourd’hui », avec une plainte datée du trente mars 1817, nous faisons connaissance avec le tenancier de l’auberge du Luxembourg, un certain Jacques Chivalet. Aucune adresse n’est spécifiée mais on peut raisonnablement penser que l’établissement se trouvait à l’emplacement de l’hôtel du même nom et ouvert jusqu’à notre époque contemporaine. 
J’avais évoqué celui-ci dans un billet (1 - septembre 2010) consacré entre autres à Louis Armstrong, venu à Anduze en convalescence pendant une quinzaine de jours après s’être éclaté une lèvre lors d’un concert à l’Imperator de Nîmes.
L'hôtel possédait deux entrées distinctes, l’une rue du Luxembourg, l’autre sur le Plan de Brie au niveau du « bureau de voitures » (encore visible à côté de l’actuel café du Centre) où l’on achetait dans le passé ses billets pour les voyages en diligence.

Le regretté Pierre-Albert Clément s’était intéressé aux hostelleries, auberges et gargotes d’Anduze aux XVII et XVIII ème siècles avec notamment un article dans Le Lien des Chercheurs Cévenols (N°158 de 2009) où il émettait un avis assez controversé quant à l’appellation Luxembourg : « (…) Dans la liste de l’équivalent de 1693 ne figure pas un cinquième établissement qui est le seul à avoir conservé sa fonction d’accueil puisqu’en 2009 il est encore un hôtel-café-restaurant très fréquenté. il s’agit de l’hôtel du Luxembourg cité par une enquête de 1750. Son propriétaire s’appelle alors Antoine Brousse et il est qualifié d’hoste. L’immeuble est donné pour 16 cannes (64 m2) plus une cour de quelques dextres où Brousse cultive « des fleurs et des choux pour son usage ». Il est situé au carrefour de la place dite aujourd’hui Plan de Brie et du « Chemin Royal » arrivant de Nîmes. Comme pour le Lion d’Or, l’appellation relève du pur calembour, le Luxe en bourg, un slogan on ne peut plus porteur. » 

Parallèlement au transport des voyageurs il existait aussi celui des marchandises et l’auberge d'alors devait accueillir les conducteurs des différents attelages, les « rouliers », faisant étape dans la cité.

Encore une fois ces procès-verbaux, témoignages brutaux quelques fois, ont l’avantage avec le recul du temps de nous fournir un grand nombre d’informations précieuses car authentiques sur l'ancienne vie locale…

« Est comparu sieur Jacques Chivalet, tenant l’auberge du luxembourg de cette ville d’anduze y habitant, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés à quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Chivalet. Qui nous a dit, qu’il n’y a qu’un moment les sieurs Jacques Bourguet père et Philipe Bourguet fils, maçons, habitans de cette ditte ville, sont venus lui demander qu’il leur fit un voyage de pierres avec la charrette, ainsi qu’ils avaient convenu, à raison de quelques réparations que les dits Bourguet lui avaient fait à sa remise. Le plaignant leur a répondu, je ne puis faire ce voyage ni demain ni après demain. A quoi les dits Bourguet ont riposté, si vous ne pouvés pas le faire payés nous le. Chivalet a acquiescé et leur a demandé combien ils voulaient, deux francs ont répondu les dits Bourguet ; je vous les donnerai a dit Chivalet, venés chez moi les chercher ; ils sont entrés dans la dite remise. Si tot y être le dit philipe Bourguet lui a sauté dessus, lui disant que cela ne lui convenait pas, de refuser le payement de ce voyage ; ensuite le dit Bourguet père le pris aux cheveux, mais du tems qu’il se défendait Bourguet fils le pris par les parties, et l’aurait sans doute tué ou estropié sans les personnes qui sont venues au secours de Chivalet. Tous lesquels faits ce dernier affirme vrais et sincères désigne pour témoins diceux les sieurs Bernard, Rolland, rouliers, demeurant à florac (Lozère) Jean Uset aussi roulier, demeurant au mas-Zieu, commune de Saint Chely (Cantal) Fayet dit quenette portefaix, Elie Teissonnière, charon, et Jean Pougy, travailleur de terre, habitans de cette ditte commune ; de tout quoi il nous demande acte, se déclare partie civile et n’a su signer de ce requis. »

27 mai 2018

Anduze, 11 rue Droite…

C’est vrai qu’à première vue la façade de l’immeuble n’a rien d’extraordinaire, à part les tailles hors normes des fenêtres et de la porte d’entrée. Par contre il suffit que l’un des battants de celle-ci soit ouvert au moment où vous passez dans la ruelle pour que votre regard tombe sur la magnifique calade qui recouvre le sol. Les pierres forment des motifs géométriques du plus bel effet, même dans la pénombre, comme une invitation à entrer… Ce large et long porche a tout du passage couvert, avec une grande hauteur de plafond : peut-être que dans le passé cet accès était public et permettait de relier la rue Droite au quartier situé derrière les immeubles, avant la création de la rue Neuve ? Dans le passage et à droite s’ouvre une jolie cage d’escalier agrémentée d’une rampe en fer forgé très bien conservée dont un monogramme et une date nous apprennent qu’elle a été posée en 1769 par le propriétaire d’alors, Antoine Vignolles de Lafarelle…

Quelle belle occasion d’évoquer encore cette vieille famille anduzienne qui a fait partie de l’histoire locale, avec ses consuls et autre maire, durant plusieurs siècles. D’origine noble on retrouve sa trace dès le début du quatorzième siècle avec la possession de divers fiefs dans la région. De ce fait elle a peut-être été la témoin privilégiée de la construction de la tour Ronde, devenue par la suite la tour de l’Horloge !
C’est avec Légier de Lafarelle et son installation avec sa femme au sein de la cité dans le premier quart du seizième siècle que démarre la branche anduzienne de cette Maison particulièrement prolifique à l’époque : lui-même aura huit enfants dont cinq garçons avec autant de branches créées ! C’est son fils aîné, Gaucen (je n’invente rien !), qui poursuivra la branche d’Anduze. Son dernier descendant mâle, François Félix de Lafarelle, longtemps désiré par ses parents et finalement né en 1800 d’une mère de quarante ans et d’un père de cinquante, est mort en 1872 à Nîmes sans avoir eu de fils, mais deux filles.

J’ai déjà écrit quelques lignes sur François Félix dans le cadre d’un billet (2 - octobre 2016) avec la reproduction d’un article sur les seigneurs d’Anduze dont il était l’auteur. Entre-temps la lecture d’un ouvrage lui étant consacré et qui m’avait échappé – écrit par l’un de ses descendants Edouard Dumas – vint conforter mon opinion quant au caractère exceptionnel du destin de cet homme. Il s’agit de « Des Cévennes… à Nîmes, François Félix de Lafarelle-Rebourguil », édité chez Lacour en 1990. En dehors du cas particulier de François Félix, ce livre traite essentiellement de la généalogie des différentes et nombreuses branches issues de la Maison Lafarelle d’origine jusqu’à notre époque contemporaine. Quelques fois apparaissent dans les tableaux généalogiques des informations étonnantes car inattendues, comme par exemple la présence de Renaud Donnedieu de Vabres, homme politique et ancien ministre de la Culture sous la présidence de Jacques Chirac. Décidément, tous les chemins mènent à Anduze !…

13 mai 2018

Mystères des jetons érotiques de la Rome antique…

Dans le cadre du neuvième week-end numismatique d’Anduze, organisé par l’association du Club Numismatique Cévenol qui fête cette année ses quarante ans d’existence, nous avons pu bénéficier d’un huitième exposé très attendu concernant ce sujet…
C’est peut-être l’occasion de cet anniversaire du club qui a décidé notre conférencier préféré à nous montrer une facette inattendue de sa passion de numismate spécialiste de la période romaine. Laurent Schmitt nous a parlé d’un moyen de paiement atypique de cette époque, ou peut-être simplement d’un laissez-passer, qui aurait permis l’accès à certains services particuliers d’ordre intime et sans aucun doute liés à la prostitution. Mais à ce jour il n’y a encore aucune certitude quant à la destination finale de ces jetons érotiques ou « tessères spintriennes », avec notamment leur rareté qui vient perturber les chercheurs et ajouter au mystère…

Je dois dire que quand Aimé Aigouy m’a transmis le titre de la conférence, accompagné de son illustration où aucune ambiguïté n’était permise sur le thème abordé, une grande stupeur mêlée d’indignation m’envahit, avec une seule interrogation… : pourquoi ne l’avait-il pas proposé plus tôt ?! Il aura donc fallu attendre toutes ces années et une médaille de la ville pour qu’enfin il nous parle d’un sujet qui nous intéresse tous ?! Pour qu’enfin il n’ait plus peur de « donner les jetons » à la municipalité avec une conférence classée X ?…

Ma plaisanterie s’arrête ici car pour nous aucun sujet n’est tabou, à partir du moment où il est abordé avec compétence, intelligence et humour. Des qualités dominantes chez cet homme, en dehors de sa générosité et de sa simplicité, et que nous apprécions depuis déjà un certain temps, rendant ce rendez-vous annuel définitivement incontournable. Certes la nature humaine en tant que telle a quelques fois des aspects grossiers, mais c'est la façon de les appréhender qui peut les rendre vulgaires. Alors, je vous en prie, cher Laurent Schmitt, n’hésitez plus à nous « filer les jetons » …surtout s’ils sont érotiques et que la gravure est belle !
 
Pour terminer, une bonne nouvelle : 2019 devrait voir le retour d’une conférence sur notre ancienne monnaie locale, le « Bernardin », avec des informations totalement inédites. Vivement l’année prochaine !…

27 avril 2018

Retour sur l’agression du maréchal-ferrant, Anduze, mai 1806…

Dans le billet 2 de novembre 2017 nous avons fait la connaissance de Louis Maurin, maréchal-ferrant à Anduze en 1806, à travers une plainte qu’il portait contre Marc Ducros, bourrelier de son état mais surtout son violent agresseur… J’ai retrouvé récemment un document concernant cette « affaire » qui nous donne une autre version de l’histoire ! Il s’agit de la déposition du sieur Ducros, effectuée la veille de celle de Maurin et le jour même des faits :

« Cejourd’hui vingt cinq mai mil huit cent six à neuf heures du soir, devant nous Jean Coulomb aîné juge de paix et officier de police judiciaire de la ville et canton d’anduze, et dans notre cabinet assisté de Jacques Gache notre greffier.
« est comparu sieur Marc Ducros, bourrelier habitant d’anduze, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits ci après détaillés, à quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Ducros qui a dit qu’il y a environ une heure et alloit au quartier des casernes ou il a une écurie pour donner à manger à sa bourique, le sieur Louis Maurin, maréchal à forge qui lui en veut depuis longtems, qui le guettait est venu du moment qu’il entrait dans la grande porte des dites casernes ; et lui a donné un grand coup de coude pour le provoquer ; le plaignant lui dit la porte est bien assés large sans venir me coudoyer de cette force ; sur cela le dit Maurin lui donna un grand souflet sur la joue droite qui lui fit tomber son bonnet, et s’enferma de suite chez le nommé Mauret ; voyant que le plaignant s’en alloit à sa maison, il lui jetta une grosse pierre, que s’il l’avait atteint il l’aurait laissé sur les carreaux. Sous lesquels faits il affirme vrais et sincères désigne pour témoins d’iceux le sieur Mauret et son épouse, sieur Louis Laporte, Fesquet aubergiste, David Seite propriétaire foncier, Nogaret coutelier, la femme de Martin cordonnier et la nommée Gervais femme de Gras Portefaix, tous habitans du dit anduze ; et du tout requiert acte, se déclare partie civile et a signé Marc Ducros.»


Nous avons donc là deux plaintes distinctes pour une affaire ou bien sûr les rôles du « Bon » et de la « Brute » s’intervertissent selon la version de chacun… Le plus amusant dans cette anecdote locale d’un autre temps est qu’ils aient cité tous les deux des témoins communs ; je n’aurais pas voulu être à la place particulièrement inconfortable des Mauret lors de leur éventuelle comparution devant le juge de paix ! Remarquez, il manquait encore le rôle du "Truand" dans la distribution, alors…

12 avril 2018

Les quatre filles de Marie Charlotte…

Projet du carillon de l'église
Dans mon premier billet concernant l’affaire de la cloche de l’église (billet 1, novembre 2017), j’en étais resté à son enlèvement du clocher pour un audit précis effectué au sein des ateliers de l’entreprise Bodet. Des spécialistes qui sont venus contredire les propos optimistes que j’avais formulé sur la « santé d’airain » de Marie Charlotte : notre vieille dame ne s’en sortira pas, son service actif étant définitivement compromis par un ensemble de défauts irréparables, notamment dans la pièce maîtresse du cerveau.

Trois solutions s’offraient donc à la municipalité pour remplacer l’instrument. La première et la moins coûteuse aurait été sa refonte pour en couler une autre, légèrement plus petite que la précédente du fait de la perte de sept pour cent du métal (ici 45 kg sur 643 kg), pour environ 17500 € H.T.
La seconde proposée était la mise en place d’une cloche totalement neuve, de 640 kg, pour un coût de 29600 € H.T.
Et enfin une troisième proposition, formulée par le curé d’Anduze et acceptée par la municipalité, qui consiste à réaliser un carillon de quatre cloches neuves de tailles différentes (275 kg, 155 kg, 89 kg et 59 kg) avec le métal récupéré de l’ancienne. Cette réalisation aura l’avantage d’élargir les possibilités musicales d’accompagnement des rites religieux de l’église. Ce souhait, d’un montant nettement supérieur au deux premières solutions envisagées par la mairie (environ 43 800 € H.T.), fait bien sûr l’objet d’un arrangement particulier entre la commune, propriétaire des bâtiments de l’église, et l’association diocésaine de Nîmes. Celle-ci s’engage à participer financièrement – grâce à une offre de concours – à la réalisation des travaux pour cinquante pour cent hors taxes. Les modalités de cet accord ont été écrites à travers une convention et passées en délibération lors du dernier conseil municipal.

Finalement et en dehors de tout contexte religieux, la création d’un carillon, totalement inédite à ma connaissance sur Anduze jusqu'à présent, va apporter à notre cité une « note » patrimoniale supplémentaire inattendue et très intéressante…

31 mars 2018

Anduze 1817 : le perruquier et le docteur…

Livre de la Bibliothèque Nationale

« Mr. Hercule Gache perruquier doit à Mr. Viguier médecin, la somme de vingt-cinq francs (25 fr) – Savoir pour soins et visites relativement à la maladie de sa femme au mois de mars, – vingt francs (20 fr). Pour conseils donnés verbalement à sa femme chez elle le 12 avril – cinq francs (5 fr). Ce qui fait 25 fr pour la somme due. à Anduze le 10 juillet 1817. Pour acquit Viguier »

Cette reconnaissance de dette, établie plusieurs mois après les interventions du médecin, est émouvante à plusieurs titres.
D’abord elle montre les difficultés d’une profession, celle de perruquier, qui à cette époque est à bout de souffle, la Révolution étant passée par là pour ralentir la coutume essentiellement aristocratique de porter perruque. Même si l’on retrouve des traces de cette activité dans l’Antiquité, en France c’est Louis XIII qui initia durablement cette pratique suite à une grave maladie qui lui fit perdre une partie de ses cheveux. Les courtisans, pour lui plaire, emboîtèrent le pas et le postiche capillaire devint progressivement, au-delà d’une mode, un véritable emblème représentatif de la noblesse. Parmi tous les Louis qui lui succédèrent, c’est certainement sous le quatorzième qu'il fut utilisé à son paroxysme. L’artisan perruquier acquit un statut très important.

En deuxième lieu ce petit document témoigne de l’exercice professionnel de l’un des plus célèbres docteurs d’Anduze, Alexandre-Louis-Guillaume Viguier. Ceux qui s’intéressent à l’histoire de notre cité ont reconnu l’auteur de la « Notice sur la ville d’Anduze et ses environs », publiée en 1823 et rééditée en 1987 par les éditions Lacour.
De façon plus amusante nous découvrons aussi, avec ce manuscrit inédit, l’étonnante signature du jeune praticien. Son étude graphologique pourrait sans doute s’avérer intéressante…

16 mars 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (4)

Dans cette quatrième et dernière partie je n’ai recopié que l’introduction du dernier procès-verbal en notre possession, celle-ci présentant les très intéressants noms et métiers de l’ensemble des témoins anduziens convoqués le vingt huit avril 1792 par le juge de paix. Pour le reste du document il ne s’agit que de la confirmation des déclarations enregistrées sur le même modèle que celles que je vous avais transmises précédemment. D’ailleurs la grande similitude des témoignages pourrait faire croire qu’ils s’étaient tous donnés le mot avant de venir, en déclarant notamment et à l’unanimité n’avoir reconnu personne ce jour-là au château de Veirac…

« L’an mil sept cens quatre vingt douze et le quatrième de la liberté, le samedi vingt huit avril, heure de huit du matin par devant nous Louis Fontane, homme de loy juge de paix, officier de police de la ville d’anduze. Sont comparus sieur Michel Gache, chapelier, sieur Jean Seyte, garnisseur de drap, sieur Paul Fraissinet cordonnier, sieur Pierre Blanc meunier, sieur Jean Fabre tailleur d’habit, sieur Antoine Fabre boulanger, sieur Jean Faïsse menuisier, sieur Antoine Lapierre perruquier, sieur Beaumont bridier (ouvrier qui fabriquait des brides en cuir), sieur Mercier aîné bourgeois, sieur Cadet Jullian fondeur et sieur Gilles Commune marchand chez le sieur Martin. Tous habitans de cette ville. Témoins appellés en vertu de la cédule (acte par lequel un juge de paix permet d’abréger les délais dans les cas urgents) délivrée par nous le jour d’hier 27e courant a l’effet de déclarer les faits & circonstances qui sont à leur connaissance au sujet du délit dont est question en la dénonce a nous faitte par le procureur de la commune de cette ville. Lesquels témoins sus nommés, après avoir preté le serment en tel cas requis, ont fait leur déclaration ainsi qu’il suit… »

Un petit mot concernant le propriétaire de cet énigmatique château de Veirac, appelé « sieur hostalier » dans les différents procès-verbaux. En 1715 le baron Daniel Hostalier de Saint-Jean, receveur des tailles, acheta au baron de Pézène la tour du même nom avec son îlot de bâtiments – qui était appelée à l’origine tour de Veirac car faisant partie du fief portant ce nom et situé dans le nord de la ville. Il s’agit donc de la même famille, d’autant plus que Thierry Ribaldone écrit, dans son excellent article sur la tour urbaine de Pézène dans Cévennes Magazine n° 1442, que son épouse conservera les droits seigneuriaux jusqu’à la Révolution. Ce qui est moins clair c’est la situation exacte du « château » qui fut incendié, désigné à plusieurs reprises dans les témoignages comme « maison de campagne »…
Nous avons encore à Anduze un « chemin de Veyrac » (notez ici le Y) traversant un quartier nommé de même et qui se trouve au sud-est de la cité, dans un environnement campagnard : le baron Hostalier avait-il aussi récupéré cette terre en même temps que la tour de Pézène ? Faisait-elle partie du même fief de Veirac (notez ici le I) ?… Des recherches seraient encore à faire ici !

Pour revenir à cette affaire d’incendie, nous n’avons pas dans le lot de documents en notre possession celui de la conclusion de l’enquête. Il est fort probable qu’elle fut finalement sans suite, du fait d’un dossier particulièrement vide, conséquence d’un contexte révolutionnaire où le silence devait être la règle d’or en ces temps troublés ! Une Révolution qui n’avait pas encore livré tout son cortège d’horreurs avec la Terreur qui se profilait à l’horizon…

3 mars 2018

Quand l’hiver habille Clara…




           En ce dernier jour de février, particulier
           Sous les fins flocons de neige virevoltants,
           Mes pas me conduisirent, le cœur palpitant,
           Vers le beau et magique parc des Cordeliers.

           Clara m’attendait, patiente comme toujours,
           Surprenante dans sa tenue d’hiver blanche.
           Tellement rare en habit du dimanche,
           Je félicitais la belle pour ce grand jour.

           Avant tout la fille du seigneur d’Anduze
           La troubadouresse voulait, sans excuse,
           Rappeler son personnage d’élégante.

           Et vous, dame Nature extravagante,
           Merci pour la création haute couture
           Qui mit en valeur notre chère sculpture…

23 février 2018

Les secrets de l’« Espingouin » enfin révélés…

Après avoir publié en 2012 la savoureuse nouvelle « Qu’est l’Espingouin devenu ? » (voir billet culturel 1 de mars 2013), Michel Caron récidive sur le même sujet en ce début d’année avec la sortie d’un ouvrage plus important qui nous apporte enfin des réponses aux nombreuses questions concernant notre fameux « espingouin » (mot d’argot ancien désignant un Espagnol).

En écrivant « Mémoires d’avant l’exil » l’auteur ne nous propose pas une suite directe de sa nouvelle mais les clés qui nous permettent de comprendre les tenants et aboutissants du parcours atypique de son héros qui, installé depuis quelques temps à Anduze, disparut du jour au lendemain sans laisser de trace… Avec ce livre nous découvrons que celui-ci s’est décidé finalement à écrire ses mémoires, divisés en cahiers dont chacun évoque un lieu de son itinéraire chaotique lié aux événements de la guerre d’Espagne. Une période sombre pour ce pays et dont Michel possède une solide connaissance ; un atout essentiel lui permettant de traduire parfaitement bien dans ce récit l’atmosphère particulière des années trente, de Paris à Barcelone mais aussi dans le sinistre camps de concentration de Rivesaltes. Ceci à travers le regard d’un adolescent devenu jeune homme et évoluant dans une époque annonciatrice de la deuxième guerre mondiale…

Ce texte ne devrait pas laisser indifférent la communauté d’origine espagnole de nos Cévennes et aussi les autres. Que ceux qui n’auraient pas lu la nouvelle se rassurent : l’habilité de l’écrivain est d’offrir une œuvre littéraire qui se suffit à elle-même pour la compréhension de l’histoire dans l’Histoire…
Déjà dans mon premier billet j’avais évoqué une éventuelle adaptation pour le cinéma (ou la télévision ?) : aujourd’hui je persiste et signe !…

« Mémoires d’avant l’Exil » de Michel Caron, chez Complices éditions, www.complices-editions.fr

10 février 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (3)

Nous terminons, avec ce troisième volet, l’état des lieux chaotique dressé par le juge de paix et commençons à découvrir les procès-verbaux des nombreux témoins dont le point commun restera le fait qu’ils ont tout vu des exactions des « attroupés », mais n'ont reconnu… personne ! Nous sommes bien en Cévennes… 

« De la nous sommes montés au premier étage de la ditte aile de batiment et a la chambre qui est au-dessus de la ditte cuisine, la ditte chambre éclairée par deux fenetres situées au midy et une fenetre du coté du Nord, le plancher supérieur de la ditte chambre a été brulé presque en entier, les petits bois & contre vent des dittes fenetres enlevés ainsy que nous l’avons vu & que les gens de l’art l’ont remarqué. De la nous sommes entrés dans un cabinet qui est a coté de la ditte chambre & qui est éclairé par une fenetre située au midy nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte du dit cabinet ainsy que les contre vent & petites bois de la ditte fenetre avoient été enlevés. De la nous sommes montés au second étage de la ditte aile de batiment et a la chambre qui se trouve sous les toits, laquelle est éclairée par deux fenetres situées au midy & par une autre fenetre située au Nord, nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte d’entrée de la ditte chambre a été enlevée ainsy que les contre vent des dittes trois fenetres, le couvert & boisage étant en bon état, sauf les tuiles qui sont brisées en partie. De la nous sommes dessendus & étant sortis de la ditte maison nous sommes entrés dans un petit batiment servant de loge a cochon adossé et tenant à la ditte maison du coté du levant. Nous avons vu et les gens de l’art ont reconnu que la porte du dit batiment a été enlevé et le dit batiment brulé, ny ayant que les quatre murs. De la nous avons été a un batiment adossé a la ditte maison du coté du couchant, le dit batiment servant de magnanerie et de grenier a foin éclairé par trois fenetres & situées au midy. Par une fenetre située au couchant et par deux autres fenetres et une troisième plus petite situées au Nord nous avons vu & les gens de l’art ont remarqué que les contre vent des dittes fenetres avoient été enlevés et une partie des tuiles du couvert de la ditte magnanerie brisée. Et attendu la présence du dit sieur Claude Villaret & Marie Bastide sa femme les avons sommés après qu’ils ont eu prêté le serment en tel cas requis de nous déclarer s’ils connaissoient les auteurs du délit cy dessus. Le dit Claude Villaret meunier demeurant en qualité de fermier a la maison de campagne de Veirac, appartenant au sieur hostalier, agé de soixante quatre ans, nous a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit procureur de la commune et être seulement le fermier du dit sieur hostalier & nous a déclaré n’avoir reconnu personne a cause du prodigieux nombre des attroupés et avoir vu les dits attroupés jeter au feu toutes les portes et contre vent qu’ils arrachoient des fenetres. Qu’il parvint cependant a sauver quatre ou cinq contre vent et a signé sa déclaration. »
« Marie Bastide épouse du dit Claude Villaret & demeurant avec son dit mary, âgée de cinquante sept ans, déclare n’avoir reconnu personne a cause du grand nombre des attroupés, et avoir vu les dits attroupés arracher les portes & les contre vent des fenetres de la ditte maison et les jeter au feu ainsy que le bois et les sarmans qu’ils avoient ramassés et entassés au devant de la ditte maison pour leur usage. Requise de signer sa déclaration a dit etre illettrée et nous avons de ce que dessus dressé le présent proces verbal, lequel les dits notables & gens de l’art ont signé avec nous et notre secrétaire greffier. »

« Procès verbal de déclaration de témoins
« L’an mil sept cens quatre vingt douze & le mercredi onzième avril, par-devant nous juge de paix & officier de police de la ville d’anduze
« sont comparus sieur David Puget, Paul Fraissinet et Barthelemy Lapierre, témoins amenés par le procureur de la commune de la ville d’anduze a l’effet de déclarer les faits & circonstances qui sont a leur connoissance au sujet du délit dont est question en la dénonce faite par le sieur procureur de la commune de la quelle nous avons donné connoissance aux dits témoins sus nommés. Les quels après avoir prêté le serment en tel cas requis ont fait leur déclaration ainsy qu’il suit. »
« Sieur David Puget tailleur d’habits citoyen de cette ville agé de trente huit ans a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit procureur de la commune ny du sieur hostallier, et déclare qu’il sait que la maison de campagne du sieur hostallier, situé au lieu de Veirac, a été dévastée & brulée, qu’il a vu même les flammes du feu sortir de la dite maison mais qu’il na point vu ny ne connoit point les auteurs du dit délit. Lequel fut commis le jeudi cinq du courant vers les cinq heures du soir et plus na dit savoir & a signé la présente déclaration. PUGET »
« Sieur Paul Fraissinet fils cordonnier citoyen de cette ville agé de vingt trois ans a dit n’etre parent, allié, serviteur ny domestique du sieur procureur de la commune ny du sieur hostallier et déclare que jeudy dernier cinquième du courant sur les cinq heures du soir, étant à Veirac il aida le sieur Villaret, fermier du sieur hostallier, a sortir les meubles que le dit Villaret avoit dans la maison de campagne du sieur hostallier située a Veirac. Il dit que la ditte maison étoit incendiée mais il ne vit & ne reconnut point les auteurs du dit délit & plus na dit savoir & a signé la dite déclaration. FRAISSINET FILS »
« Sieur Barthelemy Lapierre fils, perruquier citoyen de cette ville agé de dix neuf ans a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit sieur procureur de la commune ny du sieur hostallier et déclare que le jeudi cinq du courant sur les cinq heures du soir, se trouvant au lieu de Veirac il aida le sieur Villaret, fermier du domaine du sieur hostallier situé au dit lieu de Veirac, a sortir les meubles que le dit Villaret avoit dans la maison. La quelle le déposant vit toute en feu et incendiée, mais il ne connut point & ne vit point les auteurs du délit et plus na dit savoir et a signé la ditte déclaration. LAPIERRE FILS »


A suivre

27 janvier 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (2)

Avant d’aborder la suite du précédent billet, je voudrais apporter une rectification à celui-ci quant au texte que j’avais attribué à Yves Chassin du Guerny dans le fascicule à son nom concernant le château de Tornac. En effet, je viens de retrouver en parcourant le rarissime livre de Francis Bernard « Terre de Tornac », édité en 1947 à cent exemplaires numérotés, le même texte au mot près sur les incendies de châteaux en avril 1792… L’oubli de mentionner l’auteur du texte dans le fascicule et mon manque de vigilance ont conduit à cette erreur, aussi « rendons à César ce qui est à César »…

Cette deuxième partie nous permet de commencer à visiter l’endroit sinistré en compagnie du juge de paix et de divers témoins pour un procès-verbal d’état des lieux. Un château souvent qualifié dans le texte de « maison de campagne », ce qui corrobore bien l’idée qu’il s’agissait certainement d’un grand mas et ses dépendances. Une maison de maître que la qualité de ses propriétaires, dépendant de l’aristocratie et de la féodalité, a fait rebaptiser « château » par les simples citoyens de l’époque…

Les écrits ont été recopiés tels quels (fautes comprises) pour garder l’esprit du document. Par contre, la ponctuation étant totalement absente, je me suis permis d’en ajouter quelques-unes ici ou là pour rendre la lecture un peu plus digeste !
 
« L’an mil sept cens quatre vingt douze et le mercredi onzième avril a trois heures après midy, nous Louis Fontane juge de paix & officier de police de la ville d’anduze, en conséquence de notre ordonnance apposée au bas de la dénonce a nous faite cejourd’hui par le procureur de la commune de la ville d’anduze. Etant accompagné des sieurs Jean Regoure & Charles Silhol, tous deux notables de la ditte ville d’anduze, dont nous avons requis l’assistance a l’effet d’être en leur présence procédé aux opérations cy après dont nous leur avons fait connoitre l’objet, et de sieur Louis Ferrier maçon architecte et sieur Joseph Massot serrurier, citoyens de la ville d’anduze aussi requis de se trouver à la maison de campagne située au lieu de Veirac, appartenant au sieur hostalier citoyen de la ville de Montpellier, pour y visiter les dégats dévastations et incendies commises à la ditte maison de campagne & batiments y attenant dont il est fait mention en la dénonce du dit sieur procureur de la commune, les quels dits sieurs Ferrier & Massot ont preté en nos mains le serment de procéder en leur ame & conscience et de déclarer vérité. Nous nous sommes transportés a la ditte maison de campagne située comme est dit cy dessus au lieu de Veirac, ou étant nous avons trouvé le sieur Claude Villaret fermier du dit sieur hostalier, lequel sur notre réquisition nous a conduit à la ditte maison de campagne, et étant arrivés a la porte d’entrée nous avons requis les dits Ferrier & Massot d’en faire la visite avec nous a l’instant, a quoy procedant nous avons vu & les sieurs gens de l’art ont remarqué que le batant de la porte a droite en entrant dans la ditte maison a été brulé y en ayant encore une partie qui, quoique réduit en charbon, tient encore au gond supérieur ; et le batant a la gauche de la ditte porte d’entrée est hors de ses gonds et tient par une longue pièce de bois qu’on a placé dans la maison. La partie supérieure du dit batant est en bon état et la partie inferrieure a été brisée a coup de hache. Etant entrés dans la ditte maison nous avons vu l’aile droite en entran composée de trois pièces, l’une au rez de chaussée, l’autre au premier & la troisième au second. Celle du rez de chaussée éclairée par trois fenetres, deux du coté du midy & l’autre du coté du nord. Celle du premier éclairée par un même nombre de fenetre, deux du coté du midy & une du coté du levant, et celle du second égallement éclairée par deux fenêtres, l’une au levant & l’autre au midy, laquelle aile de batiment nous avons vu & les gens de l’art ont remarqué avoir été entièrement brulée jusque au couvert inclusivement, ainsy que toutes les portes contre vent & petit bois des dittes trois pièces a l’exception d’une petite partie du plancher formant la partie haute de la chambre du premier étage. Celle du rez de chaussée étant couverte d’un tas de ruine tuiles brisées et bois brulés ou a demi brulés, ny ayant dans cette partie que les quatre murs et vis a vis. La porte d’entrée de la ditte maison est un cavot s’enfonsan sous l’escalier, nous avons vu et les gens de l’art ont remarqué que la porte du dit cavot avoit été arraché ainsy que quelques étages en bois qui étoient dans le dit cavot. De la nous sommes entrés dans une pièce servant de cuisine au fermier située au rez de chaussée et sur la gauche en entrant. Dans la ditte maison nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte a deux batants de la ditte cuisine avoit été arrachée & l’arboutant de fer qui tenoit un des dits batants coupé, que la cheminée en platre de la ditte cuisine a été abatue ainsy que le fourneau a recheau, que les portes des deux armoires qui sont dans la ditte cuisine ont été arrachées ainsy que les contre vents des deux fenetres situées au midy et éclairant la ditte cuisine… »

A suivre

13 janvier 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (1)

Toujours dans la suite des documents retrouvés par hasard au dernier étage de la mairie et non répertoriés dans nos archives municipales (ce que je vais entreprendre au plus tôt !), je suis tombé sur une liasse de feuillets manuscrits d’époque révolutionnaire relatant l’enquête concernant l’incendie criminel du dit « château de Veirac » au mois d’avril 1792…

Un témoignage local exceptionnel en relation avec l’événement historique plus large des nombreux incendies de châteaux dans le Gard et ailleurs. Voici ce que disait à propos de cet épisode le grand archiviste de notre département, Yves Chassin du Guerny, dans son fascicule consacré au château de Tornac, qui fut lui-même embrasé le 4 avril :
« (…) En ce même printemps, quantité de châteaux furent brûlés dans le département sous l’impulsion de la colère provoquée dans les esprits exaltés par l’accident de Villeneuve-les-Avignon (25 mars 1792) où soixante-neuf volontaires furent noyés. On crut à un complot fomenté par les aristocrates et on se vengea en incendiant leurs châteaux. » (…) Il est vrai aussi que les auteurs de ces excès étaient généralement des « patriotes », des amis de la Constitution, « de bons cultivateurs d’une moralité saine dans la conduite ordinaire de la vie ». Sans doute il se glissa dans leurs rangs de mauvais sujets poussés par l’amour du pillage. (…) »

Je vais donc vous proposer en plusieurs billets ce rapport original. Aujourd’hui, dans ce premier document, nous faisons la connaissance de Charles Louis Albaret, procureur d’Anduze et de Louis Fontane, juge de paix et officier de police d’Anduze ; ainsi que de son greffier, un certain Coulomb, peut-être de la même famille que le juge de paix que nous connaissons bien et qui officia à l’époque napoléonienne (voir billets précédents). Je vous parlerai aussi plus tard du sieur Hostallier, propriétaire des lieux sinistrés et bien sûr lié au nom de Veirac dont les différentes orthographes ont créé un imbroglio, source de confusion chez certains historiens contemporains :

« A monsieur le juge de paix officier de police de la ville d’anduse »

« Charles Louis Albaret procureur de la commune de la ville d’anduse vous remontre que jeudi dernier, cinquième du présent mois d’avril, l’on apprit au point du jour que des troupes armées portoient l’incendie & la dévastation dans tous les châteaux & maisons qu’on disoit appartenir aux ennemis de la Constitution ; cette funeste erreur, ce terrible aveuglement s’est propagé jusque sur notre territoire, la maison de campagne du sieur hostalier citoyen de montpeiller située dans le quartier de vairac a été dévastée & incendiée, pourquoi le dit procureur de la commune déclare qu’il vous dénonce le fait ci-dessus enoncé, dont-il offre d’affirmer la vérité, & qui sera attestée par les témoins amenés avec lui, & vous requiert d’agir conformément à la loi. » Signé Albaret et Fontane.

« La présente dénonce signée du sieur Albaret procureur de la commune de cette ville d’anduze nous a été présentée cejourd’huy mercredi onzième avril a une heure de retenue par le dit procureur de la commune le quel a affirmé que le fait étoit tel qu’il avoit exposé dans la dite dénonce de laquelle lui avons donné acte et attendu la présence des témoins amenés par le dit procureur de la commune nous avons reçu la déclaration des dit témoins sur les faits contenus en sa ditte dénonce des quelles déclarations ils été tenu notte par notre greffier pour servir & valoir ce qu’il appartiendra »
« Au surplus disons que sur le champ nous nous transporterons sur les lieux du délit pour en présence de deux notables être fait visite par un mâcon & un serrurier de l’état des dits lieux et prendre tous les éclaircissements relatif au délit dont est question dans la présente dénonce à anduze dans notre maison & cabinet le mercredi onzième avril mil sept cent quatre vingt douze. » Signé Fontane, juge de paix et officier de police.
 
A suivre…