C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

15 avril 2017

Sabre au clair !…

Ce vingt neuf septembre 1806, cela faisait quatre jours que Napoléon 1er avait quitté vers quatre heures du matin le château de Saint-Cloud pour rejoindre sa Grande Armée stationnée en Allemagne. Une nouvelle guerre s’annonçait au galop avec cette fois, parmi les pays de la coalition contre lui, la puissante Prusse. Son roi, s’adressant à son allié Russe début septembre, se déclara être prêt à attaquer « le perturbateur du repos de l’univers ».
Mais après moins de quarante jours de batailles, d’odeurs de sang et de poudre à canon, de sabres au clair et de poursuites, les Prussiens subirent la plus grande défaite militaire de leur histoire avec la destruction totale de leur armée. L’heure du grand « perturbateur » n’était pas encore venue…

Ce jour là donc, le juge de paix d’Anduze et son canton apprit qu’un certain Simon Fontibus avait décidé lui aussi de faire sa guerre, sabre au clair, mais… à sa femme ! Eh oui, que voulez-vous, à chacun son ambition et son destin… 

« Cejourd’hui vingt neuf septembre mille huit cent six a cinq heures de relevée devant nous Jean Coulomb aîné juge de paix officier de police judiciaire de la ville et canton d’anduse et dans notre cabinet au dit anduse assisté de Jacques Gache notre greffier.
« Est comparue Jeanne Almeras épouse du sieur Soujol tailleur d’habits, habitante de cette ville d’anduse, laquelle nous a requis de rédiger la plainte qu’elle vient nous rendre des faits ci après détaillés à quoi nous avons procédé d’après les déclarations de la dite Soujol qui a dit que samedi dernier le nommé Simon Fontibus, commis à l’octroi, habitant de cette dite ville vint dans sa maison environ les sept heures du soir sous prétexte d’acheter du tabac, pour voir si sa femme avec qui il est brouillé depuis quelque tems y était. On lui répondit qu’elle était couchée, sur cela il tint les propos les plus scandaleux les plus outrageans contre la dite femme. Et après avoir resté quelque tems il s’en fut, mais le jour d’hier, il vint encore pour acheter du tabac environ les huit heures du soir, fit encore du train au sujet de sa femme. Et cependant étant sorti, on crû que cela serait fini qu’il ne reviendrait, point du il revint demie heure après. Entra, et s’adressant au mari de la plaignante lui dit vous m’avez trahi. La plaignante et son mari le voyant comme furieux et armé d’un long sabre, s’effrayèrent et lui répondirent qu’il demanda à tout le monde s’ils l’avaient et même s’ils étaient capables de le faire. Alors le dit Fontibus sacrant menassant dit qu’il voulait avec son sabre couper les bras et les jambes à sa femme, que personne n’était dans le cas de l’en empêcher, qu’il se foutait de la justice, qu’il était maître et que si on lui fermait la porte il la briserait. Et après avoir dit une infinité d’injures il sortit à la rue et promena jusque a dix heures et demie au devant de la porte avec son sabre sous le bras. C’est pour cela que la plaignante est venue porter sa plainte, afin que si le dit Fontibus effectuait ses menaces il fut puni conformément aux loix. Sous lesquels faits elle affirme vrais et sincères et désigne pour témoins diceux les sieurs Alien père Seite dit Caporal et Michel Fraissinet cordonnier et du tout requiert acte. Requise de signer a dit ne pouvoir le faire a cause de sa vue. »

1 avril 2017

Anduze et sa tour de l'Horloge rénovée…

Photo Ronan Pierredon
Photo Gaussent




































Hier nous nous sommes rassemblés pour inaugurer la rénovation interne de l’un des monuments les plus emblématiques de la ville d’Anduze, témoin privilégié de notre histoire locale du Moyen-âge à nos jours. Une histoire plus ou moins mouvementée selon les époques qui lui a laissé de nombreuses cicatrices dans la pierre, qu’elles soient en façade ou au cœur de ses entrailles. Certaines d’entre elles demeurent d’ailleurs encore mystérieuses à ce jour, laissant perplexes archéologues et autres chercheurs chevronnés. 

Il faut dire que cette tour médiévale du quatorzième siècle a subi de nombreux remaniements au cours de sa longue existence, les plus spectaculaires d’entre eux étant sans conteste ceux des seizième et dix-septième siècle, liés à l’arrivée de l’horloge mais aussi aux guerres de religion. Toutes ces transformations, commencées d’ailleurs dès le Moyen-âge avec une construction de l’édifice en plusieurs étapes, ont fini, en se chevauchant, par masquer plus ou moins les marqueurs architecturaux qui permettraient une datation plus précise des différentes modifications. Mais ce sont sans aucun doute ces belles rides qui font aussi le charme de notre vieille dame ; sans compter son statut de survivante au démantèlement des fortifications, ordonné par Richelieu au lendemain de la signature de la Paix d’Alais en 1629. Elle fut épargnée grâce à sa fonction d’horloge de ville. Celle-ci rythme la vie de la cité depuis le milieu du XVI ème siècle et si aujourd’hui nous bénéficions d’un mouvement électrique pour une plus grande fiabilité, les Anduziens entendent toujours le son de la même cloche depuis plus de trois cents ans…

Entre l’appel d’offre de sélection d’un architecte et la fin des travaux, cinq années furent nécessaires. Quand monsieur le maire d’Anduze et moi-même sommes allés défendre notre projet à la direction régionale des affaires culturelles de Montpellier, nous avons tout de suite bénéficié d’une écoute attentive et favorable. Aussi nous n’oublions pas de remercier aujourd’hui le conservateur régional des monuments historiques de l’époque, Delphine Christophe, ainsi que son collaborateur chargé de notre dossier, Jean-Marie Baroy. A la subvention de la DRAC, il faut ajouter avec nos remerciements celles de la Région et du Département qui nous permirent de boucler notre budget global de 240 000 € dont un autofinancement pour la municipalité de 145 000 €.

Prévue pour six mois, il a finalement fallu plus d’un an pour effectuer la rénovation interne de la tour de l’Horloge. Pour ces travaux d’exception, cinq corps de métiers furent à l’ouvrage sous la maîtrise d’œuvre des architectes du patrimoine Frédéric Fiore et sa collaboratrice Maryline Gobin. La municipalité les remercie vivement d’avoir conduit ce projet avec toute la compétence nécessaire, accompagnée d’une grande pugnacité pour arriver à résoudre les différents problèmes rencontrés pendant les travaux, quelques fois épineux, et inhérents à ce genre de chantier où dominent les contraintes patrimoniales.
Maçons, ferronniers, menuisiers, électriciens et horlogers furent présents au chevet de notre gardienne du temps pour exprimer leurs savoir-faire professionnel dont nous pouvons voir le magnifique résultat aujourd’hui.
Un grand merci donc à l’entreprise de maçonnerie SELE de Nîmes, la ferronnerie ROMANO de Combas, l’entreprise SOREA d’Anduze pour l’électricité et l’éclairage, BODET Campanaire de Bruguière (Hérault) pour tout ce qui touche à l’horlogerie et au paratonnerre, et enfin l’entreprise BLACHERE et fils de Bagard pour la menuiserie.

Du rez-de-chaussée à la terrasse sommitale, notre Monument Historique (inscrit en 1978) possède cinq niveaux avec autant de configurations différentes. C’est ce qui a compliqué la mise en place sécurisée des escaliers en fer forgé, du plus bel effet sur les vieilles pierres et dont chacun fut conçu sur mesure en fonction de l’espace disponible.
L’accès le plus délicat à mettre au point a été sans aucun doute le passage du troisième étage à la terrasse, celle-ci n’étant desservie que par un « trou d’homme » circulaire, d’origine et de seulement un mètre de diamètre, traversant la partie centrale de l’épais plafond en coupole. La solution d’un petit escalier hélicoïdal permet maintenant d’accéder, pour quelques personnes à la fois en toute sécurité, aux créneaux de la tour. Une estrade installée sur le pourtour offre une vue inédite sur la ville d’Anduze et ses environs à 360 degrés : un véritable paradis pour les photographes et autres cinéastes amateurs de magnifiques paysages !
Si une partie des aménagements intérieurs sera consacrée à la mémoire anduzienne dans tous les domaines qui ont contribué au cours des siècles à construire une forte identité qui fait aussi sa notoriété, une place importante sera aussi dédiée ponctuellement à la création artisanale locale contemporaine.

C’est pour cette raison que nous avions choisi symboliquement la date du vendredi 31 mars 2017, démarrage de la onzième édition des Journées Européennes des Métiers d’Art. Cette année, le thème est « savoir-faire du lien » et c’est bien cela la préoccupation première de la politique culturelle de la municipalité. Car si nous sommes très attachés et attentifs à notre patrimoine ancien et à notre histoire, nous n’en travaillons pas moins au présent a essayer de susciter des rencontres diversifiées et enrichissantes pour tous à travers manifestations et autres expositions.
Nous remercions donc vivement les trois créateurs locaux d’avoir accepté notre invitation à venir investir les lieux atypiques du monument pendant quelques jours pour nous présenter quelques unes de leurs meilleures œuvres jusqu’au dimanche 2 avril.
Il s’agit de Marie Farenc avec ses créations aériennes en fil de fer, Tom Jung, tourneur et sculpteur sur bois, et Jean Luc Gonzalez, notre relieur d’art.

Grâce à sa restauration et aux espaces inédits désormais accessibles au public, la tour de l’Horloge optimise sa destination patrimoniale et culturelle pour devenir un véritable monument vivant. A l’heure des nouveaux enjeux de l’agglomération d’Alès avec l’agrandissement significatif de son territoire, la Porte des Cévennes conforte, avec la réalisation de ce projet, son image de cité historique, culturelle et touristique pour le bénéfice et le rayonnement de toute la communauté…

18 mars 2017

Dernière partie de cartes à Tornac…

Une fois n’est pas coutume, ce 7 décembre 1806, le juge de paix du canton d’Anduze enregistra deux plaintes coup sur coup provenant de ce charmant et calme village de Tornac où il fait si bon vivre pourtant
Deux dépositions intéressantes pour les noms de famille qui ne laisseront pas indifférents les amateurs tornagais d’histoire locale ; certains d’entre eux sont d’ailleurs liés à la poterie et on les retrouve cités dans le fameux livre de Laurent Tavès.

Dans le cas présent il s’agit d’une simple partie de cartes entre « amis » qui dégénère en un véritable pugilat ! Les écrits ne précisent pas si de l’argent était en jeu, mais l’indice du vin permet déjà d’expliquer sans doute en grande partie ce déchaînement de violence…
Voici la première plainte reçue par Jean Coulomb aîné à dix-huit heures ce jour-là (toujours recopiée telle) :

« Est comparu Jean pierre Saix fils agriculteur habitant à Bouzene commune de Tornac lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés, a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Saix qui a dit, qu’il y a environ une heure et demie, il était chez le sieur françois Astruc au dit Bouzene, à boire une bouteille de vin, et s’amusait à jouer aux cartes, avec les nommés Louis Pompeira, du mas Blanc, et Louis Bourguet du mas Rey, commune du dit Tornac. Voyant que le plaignant gagnait la partie, le dit Pompeira a pris les cartes et lui a dit qu’il avait perdu, au contraire lui a répondu le comparaissant j’ai gagné, et si vous enlevés les cartes c’est pour me faire perdre. Alors les dits Bourguet et Pompeira lui ont tombé dessus, l’ont pris par les cheveux, lui ont donné des coups de poings et des coups de pieds et sans les personnes qui sont survenues, l’auraient sans doute laissé sur les carreaux. Observant le plaignant qu’au moment que les susnommés lui ont cherché querelle le dit Pompeira est venu fermer la porte et s’est emparé d’une chaise. Sous lesquels faits le dit Saix affirme vrais et sincères désigne pour témoins d’iceux, Louis Teissier potier de terre et Jean Guerin fabricant de bas tous de la commune de Tornac, et du tout requiert acte se déclarer partie civile et a signé »
 

Une demi-heure plus tard le juge et son greffier virent arriver le deuxième plaignant. Il s’agit cette fois de Louis Pompeira a qui l’auteur de « le vase d’Anduze et les vases d'ornement de jardin »  consacre un paragraphe sous l’orthographe Pompeirac dans son chapitre « Les oubliés de l’histoire »

« Est comparu Louis Pompeira potier de terre, habitant au mas Blanc commune de Tornac lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Pompeira qui a dit qu’il y a environ deux heures, ils étaient a boire une bouteille de vin chez le sieur françois Astruc à Bouzene et s’amusait à jouer avec les nommés Louis Bourguet et Jean pierre Saix au dit Bouzene au jeu des cinq cartes. Le comparaissant voyant que Bourguet avait fait les deux premiers plies et que le valet de cœur qu’il avait dans sa main lui en faisait une a pris les cartes en disant Bourguet a gagné le point, alors le dit Saix lui a dit qu’il avait gagné, qu’on voulait le tromper, s’est levé et d’une raison à l’autre, ce dernier a donné un coup de pied entre les cuisses du plaignant qui a manqué le renverser par terre, et lui a sauté aux cheveux, mais les personnes qui sont survenues ont empêché qu’ils le maltraitassent, et chacun s’est retiré. Sous lesquels faits le comparaissant affirme vrais et sincères désigne pour témoins d’iceux, les nommés Guillaume Boissier fils, Bastide neveu du dit françois Astruc, Louis Teissier potier de terre et Jean Guerin fabricant de bas, tous de la commune de Tornac, et du tout requiert acte se déclarer partie civile et a signé »


Si on avait le sang chaud à l’époque avec l’insulte et le coup de poing faciles, le plus étonnant reste que les principaux protagonistes n’hésitaient pas non plus à faire dresser procès-verbal avec témoins de leur mauvaise fois respective, quittes à encourir une sanction. Allez savoir, peut-être ici retrouve-t-on le véritable esprit reboussier !

3 mars 2017

Camille Claudel…

Quand on regarde cette photographie ancienne de la jeune et jolie artiste aux yeux clairs, on comprend, en plus de son talent exceptionnel, tout l’intérêt amoureux qu’éprouva Auguste Rodin… Un sentiment partagé par Camille et exacerbé par une passion commune pour une sculpture exigeante de haut niveau où leurs créativités individuelles se rejoignaient.
Mais avec le temps cette relation, bénéfique à l’un et l’autre au début, montra tout son déséquilibre professionnel, Camille Claudel ne parvenant pas à obtenir une véritable reconnaissance officielle de son remarquable travail. Etre une femme libre et de surcroit artiste dans cette société puritaine de la fin du dix-neuvième siècle fut certainement son premier handicap, l’ombre du maître en étant un autre.
L’image de femme de caractère qu’elle renvoyait masquait en réalité une sensibilité à fleur de peau qui se cristallisa progressivement en une fragilité psychologique dont elle devait avoir la prédisposition. Cette fragilité, nourrie par ses frustrations et ses déceptions, amena la rupture avec Rodin et alors
commença pour cette femme d’exception une longue descente aux enfers…

Il a fallu une connaissance approfondie de l’histoire hors du commun de Camille Claudel et un ressenti particulier à Louise Caron pour écrire le beau texte inédit (*) qu’elle nous a proposé samedi dernier, salle Ugolin. Il s’agit d’un dialogue imaginaire entre la sculptrice et son frère Paul, lors d’une visite de celui-ci à l’atelier de sa sœur. Une rencontre en décembre 1905, avant le départ de l’écrivain et poète pour la Chine où il exerçait la fonction de consul.
Il y a d’abord la qualité de l’écriture, ce qui ne fut pas une surprise de la part de Louise, plume reconnue aujourd’hui dans le milieu théâtral et littéraire ; le fait d’avoir un texte particulièrement bien ciselé contribue évidemment de façon essentielle au succès de ce type de manifestation. Ensuite qui mieux que le couple Caron pouvait nous en offrir la lecture, installé derrière deux pupitres, avec cette présence charismatique que seules les années d’une longue complicité peuvent permettre ; une interprétation traduisant à merveille la relation très forte mais compliquée et quelques fois ambigüe qu’entretenaient le frère et la sœur.
Le décor, sobre, était simplement composé du choix judicieux d’une magnifique sculpture de Patricia Denimal, mais aussi d’un piano droit d’où la musicienne Françoise Samarcq accompagna avec sensibilité les paroles des deux comédiens. Une belle réussite pour cette première, d’ailleurs le public ne s’y est pas trompé en saluant la performance par de longs applaudissements…
 

(*) CAMILLE ET PAUL - Folie, un autre mot pour amour - Louise Caron - Aux Editions de la Librairie théâtrale - www.librairie-theatrale.com

18 février 2017

Chapellerie Galoffre, 1er décembre 1806 : bonjour l’ambiance !…

Cette année-là fut décidément faste pour les dépôts de plaintes en tous genres et le juge de paix nous a laissé, sans le savoir, de véritables instantanés de la vie locale d’alors qui nous permettent aujourd’hui de mieux appréhender l’atmosphère de l’époque. Mais ils nous fournissent aussi, comme les procès-verbaux, une mine de renseignements dans tous les domaines de la société et dont la fiabilité est indiscutable de par sa source officielle.

Nous entrons cette fois au cœur d’une chapellerie et non des moindres puisqu’il s’agit de celle de la famille Galoffre. Pour la plupart des historiens qui ont écrit sur l’histoire d’Anduze, ce nom célèbre de la vie économique et politique de la ville n’apparaît pratiquement que vers le milieu du dix-neuvième siècle comme le patronyme de l’entreprise la plus importante de sa corporation, si ce n’est de la cité. Ceci grâce à une adaptation intelligente de sa production vers l’aire industrielle qui s’ouvrait, avec de nouvelles techniques performantes optimisant un savoir-faire qui fit sa renommée et sa fortune.
Et c’est peut-être ici tout l’intérêt du document que je vous propose puisque, indirectement, il nous fait savoir que cette famille est déjà à la tête d’une importante chapellerie artisanale en 1806. De cette constatation, avec la présence d’un certain nombre de « garçons chapeliers » travaillant à son service, on peut facilement imaginer une notoriété bien établie depuis au moins le dix-huitième siècle… Bénéficiant de cette aura dynastique, professionnelle et familiale depuis des générations, on peut raisonnablement penser qu’au tournant de la révolution industrielle du dix-neuvième siècle la maison Galoffre eut la confiance des banques et les moyens financiers pour investir et répondre ainsi aux nouvelles donnes économiques. Par contre, la grande majorité des autres artisans chapeliers du secteur disparurent progressivement ou finirent employés de l’importante usine…

Mais voici cette plainte témoignant d’une violente querelle entre deux collègues de travail (copiée sans corrections mais avec la définition entre parenthèses d’un outil cité) :

« Ce jourd’hui deuxième décembre mille huit cent six à midi devant nous Jean Coulomb aîné juge de paix officier de police judiciaire de la ville et canton d’anduze et dans notre cabinet au dit anduze assisté de Jacques Gache notre greffier.

« Est comparu Joseph Beranger garçon chapellier travaillant chez le sieur Jean Galoffre, habitant de cette ville d’anduze, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Beranger qui a dit que le jour d’hier environ de trois ou quatre heures du soir, étant à travailler à l’arcon
(Arçon, outil de chapelier ressemblant à un archet de violon avec lequel ils divisent et séparent le poil ou la laine dont les chapeaux doivent être fabriqués - voir la gravure ancienne), avec plusieurs autres, le nommé Batiste Bécardy, aussi garçon chapellier chez le sieur Galoffre, l’insulta l’injuria et le menassa de la manière la plus forte, lui disant qu’il était un coquin, un voleur, qu’il voulait le tuer d’un coup de pistolet ou d’un coup de couteau, le plaignant lui répondit qu’il était un polisson, de lui tenir de pareils propos, mais est venu porter sa plainte pour se faire rendre justice, affirme tous les faits ci dessus vrais et sincères, désigne pour témoins diceux, Laporte fils dit Tourmente, Jean Gal, Louis Bastide, Louis Raynand, et Chabert, tous chapelliers habitants de cette ville d’anduze, et du tout requiert acte et a signé… »

5 février 2017

Anduze et son tube de l’été 1852…


« Ce jourd’hui dix sept septembre mil huit cent cinquante deux, vers onze heures et demie du matin, nous Jouve, Etienne-Joseph, Maréchal des logis de gendarmerie à la résidence d’Anduze, revêtu de notre uniforme, fesant un service de surveillance dans l’intérieur de cette ville à l’occasion de la foire, nous trouvant sur le Plan-de-Brie, avons vu venir du côté de la tour de l’orloge, un jeune homme monté sur un cheval lancé au galop et a parcouru la voie publique dans cette allure.
Lui ayant fait de la main signe de s’arrêter, il a ralenti sa marche et l’ayant abordé, il a déclaré être le fils de M. Gilly, propriétaire à Anduze.
En conséquence et attendu que M. Gilly fils est en contravention à l’article 475 n°4 du code pénal A 27 de l’ordonnance du 16 juillet 1828, lui avons déclaré que nous allions dresser contre lui notre procès-verbal dont l’original sera remis à M. le commissaire de police chargé de la poursuite. Nous avons également fait part à M. Gilly père du contenu de notre procès-verbal comme responsable des actions de son fils. Copie du dit procès-verbal sera adressée à M. le commandant de cette compagnie.
Fait à Anduze les jour, mois et an que dessus. »


Ce rapport de gendarmerie, recopié tel quel, est explicite : en 1852 on verbalisait déjà les excès de vitesse en agglomération !…
Il faut dire qu’à cette époque la ville d'Anduze, au sommet de son ascension économique avec notamment ses nombreuses filatures, était particulièrement bien peuplée et d’autant plus lors de sa grande foire de septembre. C’est pour cette raison qu’elle bénéficiait d’une surveillance accrue avec, en dehors d’une brigade de gendarmerie, un commissaire de police rendu obligatoire pour les localités de plus de cinq milles habitants.
Celui de la porte des Cévennes cette année-là se nommait Charles-Ambroise Chibert. Pour faire plus ample connaissance avec lui et l’essentiel de ses activités, nous le suivrons de temps en temps à travers quelques-uns de ses nombreux procès-verbaux. Comme par exemple celui-ci (toujours recopié sans corrections) daté du 27 août 1852 :


« Hier à dix heures quarante cinq minutes du soir, étant en surveillance au faubourg du Pont, j’entendis des chants sur les quais qui bordent le gardon dans la ville ; non seulement que les chants sont défendus dans les rues depuis la chute du jour par un arrêté du maire d’Anduze en date du 29 février 1849, mais ces chants étaient obscènes, en voici quelques paroles : en m'asseyant je vis son c.., il était noir comm' du charbon, et rempli de m..p… Comme j’étais éloigné des chanteurs, je pris la cours et appelai le garde Driolle que je savais être sur le quai pour garder un chantier. Quand il m’eût rejoint nous doublâmes le pas et nous les ratrapâmes (chantant encore) en face de l’octroi de la porte du pas où je les sommai de me suivre à mon bureau, ce qu’ils firent sans résistance et là, j’en reconnus trois qui sont 1° Lucien Michel fils, 2° Gaston Arnassant fils, 3° Antoine Laporte fils, fabricant d’huile, le 4 ème me dit se nommer Chamboredon fils de l’huissier. Les quatre demeurent à Anduze, le 5 ème m’a déclaré se nommer Canonge Prosper, aubergiste à Alais rue Droite. Je leur ai déclaré procès-verbal.
Sur quoi nous commissaire de police sus dit avons renvoyé libres les dits individus susnommés, à la charge de se représenter lorsqu’ils en seront requis, et attendu qu’ils sont prévenus d’être contrevenus au sus dit arrêté, et d’être auteurs de bruit nocturne troublant la tranquillité publique, nous avons rédigé le présent procès-verbal, de simple police, pour être remis à Monsieur le juge de paix du canton d’Anduze pour, sur les conclusions du ministère public, être statué.
Anduze les jour, mois et an que dessus. »


Comme vous l’avez constaté, notre commissaire était assez embarrassé à propos des paroles de cette chanson paillarde qu’il avait entendues et il n’osa pas « s’étendre sur le sujet » dans son rapport. Aussi aujourd’hui je vous en livre vraiment quelques paroles que j’ai pu retrouver malgré les maigres indices qu'il a laissés, histoire de compléter enfin ce procès-verbal !…

« J’ai rencontré Marie-Suzon, brindezingue, la faridondon, j’ la fis asseoir sur le gazon, en m'asseyant je vis son con, il était noir comm' du charbon, et tout couvert de morpions, y en avait cinq cent millions, qui défilaient par escadrons, comm' les soldats d' Napoléon, et moi, comme un foutu cochon, j’ai baisé la Marie-Suzon… »
 

21 janvier 2017

Rififi chez Jean Gautier, potier de terre d’Anduze…

« Ce jourd’hui », avec le document que je vous propose, nous entrons de façon inédite dans l’univers des potiers d’Anduze à travers la famille Gautier qui est sans conteste la plus emblématique de l’histoire locale de cette corporation puisqu’à l’origine même de la dynastie des Boisset et de l’entreprise actuelle « Les Enfants de Boisset »…
Comme dans l’avant dernier billet il s’agit d’une plainte déposée sous l’autorité de notre juge de paix de l’époque, Jean Coulomb aîné. Cette fois la date – le 7 mai 1806 – est compréhensible immédiatement car écrite selon notre calendrier grégorien au détriment du républicain (brumaire, nivôse, pluviôse, etc…), définitivement abandonné par l’Empire quelques mois plus tôt.

En dehors de la description savoureuse des déboires du plaignant, avec quelques fois des mots d’argot et des expressions populaires oubliés depuis longtemps, ce petit manuscrit officiel de plus de deux cents ans s’avère être aussi d’un grand intérêt pour notre histoire potière. En effet le plaignant, David Castanet, fut le premier d’une lignée de potiers reconnus ayant exercé tout au long du XIX ème siècle. Dans son magnifique livre « Le vase d’Anduze » Laurent Tavès nous apprend ainsi que le jeune homme est venu s’installer rue Fusterie en 1804 pour ouvrir son atelier. Ce qu’il ne nous dit pas et que vient confirmer sans ambiguïté notre document c’est qu’en attendant d’acquérir son indépendance, David Castanet est encore en 1806 au service de son voisin Jean Gautier et que celui-ci a été certainement son formateur… Une époque de transition car c’est ce même Jean Gautier qui forma aussi quelques années plus tôt le fils du cousin de sa femme, un certain Louis-Etienne Boisset…

Voici le texte de ce procès-verbal atypique, avec quelques remarques personnelles rajoutées entre parenthèses :
Est comparu David Castanet, journailler (journalier : ouvrier, manuel du pays) habitant de cette ville d’Anduze, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’elle vient nous rendre des faits ci-après détaillés, à quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Castanet, qui a dit qu’il y a environ une heure la femme du sieur Louis Suisse est venue chez le sieur Jean Gautier, potier de terre de cette ville pour acheter un baquet. Le dit Gautier après lui avoir vendu le dit baquet lui a dit votre mari me doit deux jarres ; non a t’elle répondu, nous les avons payées à Castanet votre garçon qui est là ; alors le plaignant lui a dit non ma chère vous vous trompez, ce n’est pas à moi que vous les avez payées, parce que j’en aurais fait compte à mon bourgeois (mot d’argot d’autrefois désignant le patron, l’employeur). Elle a beaucoup fait du train (expression ancienne populaire exprimant l’emportement d’une femme) et a dit au plaignant que s’il soutenait de n’avoir point reçu le paiement des dites deux jarres il serait bien capable d’autres choses. Ce qui l’a décidé de se transporter chez le dit Louis qui du moment qu’il l’a vu il lui a dit ce n’est pas à toi que j’ai payé les jarres et lui a fait ses excuses. Mais le nommé Gervais aîné, boulanger de cette ville, ayant appris sans doute par quelque faux rapport que la femme du dit Louis, qui est sa sœur, avait été maltraitée par le comparaissant est couru chez le sieur Gautier, a trouvé Castanet, le pris au collet, l’a secoué fortement en lui disant c’est toi qui a battu ma sœur, et l’aurait maltraité si les personnes qui se trouvaient présentes ne lui avait empêché. Alors on l’a fait sortir de la maison, et s’en allant il l’a menacé qu’il le lui paierait. Sous lesquels faits le dit Castanet affirme vrais et sincères et désigne pour témoins Frédéric Dhombre journailler, Angélique Gautier (cousine de Etienne Boisset et épouse de Jean Gautier), Jean Gautier père, potier de terre, et le nommé Guillot domestique chez Mr d’Estienne aîné.