C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

18 février 2017

Chapellerie Galoffre, 1er décembre 1806 : bonjour l’ambiance !…

Cette année-là fut décidément faste pour les dépôts de plaintes en tous genres et le juge de paix nous a laissé, sans le savoir, de véritables instantanés de la vie locale d’alors qui nous permettent aujourd’hui de mieux appréhender l’atmosphère de l’époque. Mais ils nous fournissent aussi, comme les procès-verbaux, une mine de renseignements dans tous les domaines de la société et dont la fiabilité est indiscutable de par sa source officielle.

Nous entrons cette fois au cœur d’une chapellerie et non des moindres puisqu’il s’agit de celle de la famille Galoffre. Pour la plupart des historiens qui ont écrit sur l’histoire d’Anduze, ce nom célèbre de la vie économique et politique de la ville n’apparaît pratiquement que vers le milieu du dix-neuvième siècle comme le patronyme de l’entreprise la plus importante de sa corporation, si ce n’est de la cité. Ceci grâce à une adaptation intelligente de sa production vers l’aire industrielle qui s’ouvrait, avec de nouvelles techniques performantes optimisant un savoir-faire qui fit sa renommée et sa fortune.
Et c’est peut-être ici tout l’intérêt du document que je vous propose puisque, indirectement, il nous fait savoir que cette famille est déjà à la tête d’une importante chapellerie artisanale en 1806. De cette constatation, avec la présence d’un certain nombre de « garçons chapeliers » travaillant à son service, on peut facilement imaginer une notoriété bien établie depuis au moins le dix-huitième siècle… Bénéficiant de cette aura dynastique, professionnelle et familiale depuis des générations, on peut raisonnablement penser qu’au tournant de la révolution industrielle du dix-neuvième siècle la maison Galoffre eut la confiance des banques et les moyens financiers pour investir et répondre ainsi aux nouvelles donnes économiques. Par contre, la grande majorité des autres artisans chapeliers du secteur disparurent progressivement ou finirent employés de l’importante usine…

Mais voici cette plainte témoignant d’une violente querelle entre deux collègues de travail (copiée sans corrections mais avec la définition entre parenthèses d’un outil cité) :

« Ce jourd’hui deuxième décembre mille huit cent six à midi devant nous Jean Coulomb aîné juge de paix officier de police judiciaire de la ville et canton d’anduze et dans notre cabinet au dit anduze assisté de Jacques Gache notre greffier.

« Est comparu Joseph Beranger garçon chapellier travaillant chez le sieur Jean Galoffre, habitant de cette ville d’anduze, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Beranger qui a dit que le jour d’hier environ de trois ou quatre heures du soir, étant à travailler à l’arcon
(Arçon, outil de chapelier ressemblant à un archet de violon avec lequel ils divisent et séparent le poil ou la laine dont les chapeaux doivent être fabriqués - voir la gravure ancienne), avec plusieurs autres, le nommé Batiste Bécardy, aussi garçon chapellier chez le sieur Galoffre, l’insulta l’injuria et le menassa de la manière la plus forte, lui disant qu’il était un coquin, un voleur, qu’il voulait le tuer d’un coup de pistolet ou d’un coup de couteau, le plaignant lui répondit qu’il était un polisson, de lui tenir de pareils propos, mais est venu porter sa plainte pour se faire rendre justice, affirme tous les faits ci dessus vrais et sincères, désigne pour témoins diceux, Laporte fils dit Tourmente, Jean Gal, Louis Bastide, Louis Raynand, et Chabert, tous chapelliers habitants de cette ville d’anduze, et du tout requiert acte et a signé… »

5 février 2017

Anduze et son tube de l’été 1852…


« Ce jourd’hui dix sept septembre mil huit cent cinquante deux, vers onze heures et demie du matin, nous Jouve, Etienne-Joseph, Maréchal des logis de gendarmerie à la résidence d’Anduze, revêtu de notre uniforme, fesant un service de surveillance dans l’intérieur de cette ville à l’occasion de la foire, nous trouvant sur le Plan-de-Brie, avons vu venir du côté de la tour de l’orloge, un jeune homme monté sur un cheval lancé au galop et a parcouru la voie publique dans cette allure.
Lui ayant fait de la main signe de s’arrêter, il a ralenti sa marche et l’ayant abordé, il a déclaré être le fils de M. Gilly, propriétaire à Anduze.
En conséquence et attendu que M. Gilly fils est en contravention à l’article 475 n°4 du code pénal A 27 de l’ordonnance du 16 juillet 1828, lui avons déclaré que nous allions dresser contre lui notre procès-verbal dont l’original sera remis à M. le commissaire de police chargé de la poursuite. Nous avons également fait part à M. Gilly père du contenu de notre procès-verbal comme responsable des actions de son fils. Copie du dit procès-verbal sera adressée à M. le commandant de cette compagnie.
Fait à Anduze les jour, mois et an que dessus. »


Ce rapport de gendarmerie, recopié tel quel, est explicite : en 1852 on verbalisait déjà les excès de vitesse en agglomération !…
Il faut dire qu’à cette époque la ville d'Anduze, au sommet de son ascension économique avec notamment ses nombreuses filatures, était particulièrement bien peuplée et d’autant plus lors de sa grande foire de septembre. C’est pour cette raison qu’elle bénéficiait d’une surveillance accrue avec, en dehors d’une brigade de gendarmerie, un commissaire de police rendu obligatoire pour les localités de plus de cinq milles habitants.
Celui de la porte des Cévennes cette année-là se nommait Charles-Ambroise Chibert. Pour faire plus ample connaissance avec lui et l’essentiel de ses activités, nous le suivrons de temps en temps à travers quelques-uns de ses nombreux procès-verbaux. Comme par exemple celui-ci (toujours recopié sans corrections) daté du 27 août 1852 :


« Hier à dix heures quarante cinq minutes du soir, étant en surveillance au faubourg du Pont, j’entendis des chants sur les quais qui bordent le gardon dans la ville ; non seulement que les chants sont défendus dans les rues depuis la chute du jour par un arrêté du maire d’Anduze en date du 29 février 1849, mais ces chants étaient obscènes, en voici quelques paroles : en m'asseyant je vis son c.., il était noir comm' du charbon, et rempli de m..p… Comme j’étais éloigné des chanteurs, je pris la cours et appelai le garde Driolle que je savais être sur le quai pour garder un chantier. Quand il m’eût rejoint nous doublâmes le pas et nous les ratrapâmes (chantant encore) en face de l’octroi de la porte du pas où je les sommai de me suivre à mon bureau, ce qu’ils firent sans résistance et là, j’en reconnus trois qui sont 1° Lucien Michel fils, 2° Gaston Arnassant fils, 3° Antoine Laporte fils, fabricant d’huile, le 4 ème me dit se nommer Chamboredon fils de l’huissier. Les quatre demeurent à Anduze, le 5 ème m’a déclaré se nommer Canonge Prosper, aubergiste à Alais rue Droite. Je leur ai déclaré procès-verbal.
Sur quoi nous commissaire de police sus dit avons renvoyé libres les dits individus susnommés, à la charge de se représenter lorsqu’ils en seront requis, et attendu qu’ils sont prévenus d’être contrevenus au sus dit arrêté, et d’être auteurs de bruit nocturne troublant la tranquillité publique, nous avons rédigé le présent procès-verbal, de simple police, pour être remis à Monsieur le juge de paix du canton d’Anduze pour, sur les conclusions du ministère public, être statué.
Anduze les jour, mois et an que dessus. »


Comme vous l’avez constaté, notre commissaire était assez embarrassé à propos des paroles de cette chanson paillarde qu’il avait entendues et il n’osa pas « s’étendre sur le sujet » dans son rapport. Aussi aujourd’hui je vous en livre vraiment quelques paroles que j’ai pu retrouver malgré les maigres indices qu'il a laissés, histoire de compléter enfin ce procès-verbal !…

« J’ai rencontré Marie-Suzon, brindezingue, la faridondon, j’ la fis asseoir sur le gazon, en m'asseyant je vis son con, il était noir comm' du charbon, et tout couvert de morpions, y en avait cinq cent millions, qui défilaient par escadrons, comm' les soldats d' Napoléon, et moi, comme un foutu cochon, j’ai baisé la Marie-Suzon… »
 

21 janvier 2017

Rififi chez Jean Gautier, potier de terre d’Anduze…

« Ce jourd’hui », avec le document que je vous propose, nous entrons de façon inédite dans l’univers des potiers d’Anduze à travers la famille Gautier qui est sans conteste la plus emblématique de l’histoire locale de cette corporation puisqu’à l’origine même de la dynastie des Boisset et de l’entreprise actuelle « Les Enfants de Boisset »…
Comme dans l’avant dernier billet il s’agit d’une plainte déposée sous l’autorité de notre juge de paix de l’époque, Jean Coulomb aîné. Cette fois la date – le 7 mai 1806 – est compréhensible immédiatement car écrite selon notre calendrier grégorien au détriment du républicain (brumaire, nivôse, pluviôse, etc…), définitivement abandonné par l’Empire quelques mois plus tôt.

En dehors de la description savoureuse des déboires du plaignant, avec quelques fois des mots d’argot et des expressions populaires oubliés depuis longtemps, ce petit manuscrit officiel de plus de deux cents ans s’avère être aussi d’un grand intérêt pour notre histoire potière. En effet le plaignant, David Castanet, fut le premier d’une lignée de potiers reconnus ayant exercé tout au long du XIX ème siècle. Dans son magnifique livre « Le vase d’Anduze » Laurent Tavès nous apprend ainsi que le jeune homme est venu s’installer rue Fusterie en 1804 pour ouvrir son atelier. Ce qu’il ne nous dit pas et que vient confirmer sans ambiguïté notre document c’est qu’en attendant d’acquérir son indépendance, David Castanet est encore en 1806 au service de son voisin Jean Gautier et que celui-ci a été certainement son formateur… Une époque de transition car c’est ce même Jean Gautier qui forma aussi quelques années plus tôt le fils du cousin de sa femme, un certain Louis-Etienne Boisset…

Voici le texte de ce procès-verbal atypique, avec quelques remarques personnelles rajoutées entre parenthèses :
Est comparu David Castanet, journailler (journalier : ouvrier, manuel du pays) habitant de cette ville d’Anduze, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’elle vient nous rendre des faits ci-après détaillés, à quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Castanet, qui a dit qu’il y a environ une heure la femme du sieur Louis Suisse est venue chez le sieur Jean Gautier, potier de terre de cette ville pour acheter un baquet. Le dit Gautier après lui avoir vendu le dit baquet lui a dit votre mari me doit deux jarres ; non a t’elle répondu, nous les avons payées à Castanet votre garçon qui est là ; alors le plaignant lui a dit non ma chère vous vous trompez, ce n’est pas à moi que vous les avez payées, parce que j’en aurais fait compte à mon bourgeois (mot d’argot d’autrefois désignant le patron, l’employeur). Elle a beaucoup fait du train (expression ancienne populaire exprimant l’emportement d’une femme) et a dit au plaignant que s’il soutenait de n’avoir point reçu le paiement des dites deux jarres il serait bien capable d’autres choses. Ce qui l’a décidé de se transporter chez le dit Louis qui du moment qu’il l’a vu il lui a dit ce n’est pas à toi que j’ai payé les jarres et lui a fait ses excuses. Mais le nommé Gervais aîné, boulanger de cette ville, ayant appris sans doute par quelque faux rapport que la femme du dit Louis, qui est sa sœur, avait été maltraitée par le comparaissant est couru chez le sieur Gautier, a trouvé Castanet, le pris au collet, l’a secoué fortement en lui disant c’est toi qui a battu ma sœur, et l’aurait maltraité si les personnes qui se trouvaient présentes ne lui avait empêché. Alors on l’a fait sortir de la maison, et s’en allant il l’a menacé qu’il le lui paierait. Sous lesquels faits le dit Castanet affirme vrais et sincères et désigne pour témoins Frédéric Dhombre journailler, Angélique Gautier (cousine de Etienne Boisset et épouse de Jean Gautier), Jean Gautier père, potier de terre, et le nommé Guillot domestique chez Mr d’Estienne aîné.

7 janvier 2017

L’énigme du vieux canon d’Anduze…

Dans la salle du Conseil de la mairie on peut admirer depuis quelques semaines le vieux canon d’Anduze ! Entreposé depuis des lustres dans un coin des ateliers municipaux, nous avions décidé il y a plusieurs mois, sur le conseil judicieux de notre agent mécanicien Eric Roux, lui-même amateur éclairé d’armes anciennes, de le restaurer pour stopper une dégradation devenue inquiétante, notamment les grandes roues de son affût en bois. Ce beau vestige militaire, unique sur la commune et restant encore fragile malgré le travail efficace de rénovation, ne peut malheureusement pas rester dehors à demeure sans risquer une nouvelle et rapide détérioration.
 
A ce jour nous ne savons rien de l’histoire de cette pièce d’artillerie, certes rudimentaire, mais capable à son époque de faire un dégât considérable avec l’envoi de boulets ou de mitraille à courte portée. Quand et comment la municipalité l’a-t-elle récupérée ? Mystère. En nettoyant le canon, une date à peine lisible sur un des tourillons (excroissances cylindriques de chaque côté qui permettent de le poser sur l’affût) fut mise à jour : 1841. D’autres traces illisibles sont présentes au même endroit. Cette découverte a été une bonne surprise car elle m’a permis de faire la relation avec un document retrouvé récemment qui nous apprend qu’en 1846 Anduze abritait une compagnie du premier bataillon du quinzième régiment d’infanterie légère…
Ce régiment trouve son origine à la fin du dix-septième siècle mais eut plusieurs intitulés au cours de sa longue existence. Le quinzième prit naissance en 1803 pour devenir le quatre-vingt dixième régiment d’infanterie de ligne à partir de 1855 jusqu’en 1998 où il fut dissous.
Mais faisons un peu d’histoire pour retrouver la trace du numéro quinze alors qu'au moins une de ses compagnies occupa nos casernes anduziennes. Suite à la conquête de l’Algérie par la France en 1830, l’émir Abd el-Kader fédéra plusieurs tributs pour s’opposer aux Français. En 1839 il réussit à obtenir l’appui du sultan du Maroc pour déclarer la guerre à la France. Celle-ci finira par l’emporter à la célèbre bataille décisive d’Isly, à la frontière algéro-marocaine, le 14 août 1844. Notre régiment d’infanterie légère y participa. On le retrouve plus tard dans la province d’Oran en avril 1846. Affaibli par la défaite des Marocains et après quelques années de résistance, Abd el-Kader finit par se rendre en 1847. Il est donc fort probable que notre ville, équipée de casernes et sans doute avec d’autres localités dans le sud, ait servi de base arrière à une partie de l’armée française engagée sur le terrain nord-africain durant cette période. Est-ce que notre petit canon de campagne était au service de ce régiment ? Si oui, a-t-il fait le voyage africain ? Des questions dont nous n’avons pas les réponses aujourd’hui, mais qui sait, peut-être demain…

26 décembre 2016

Monsieur le curé d’Anduze et l’affaire du bâton volant…

Bataille de Trafalgar par Auguste Mayer (1805-1890)
Ce jour là, premier brumaire de l’an quatorze (23 octobre 1805), Jean Coulomb aîné, le juge de paix, se rend à son cabinet anduzien accompagné de son greffier Jacques Gache. Ayant assisté avec un certain nombre de représentants des cantons de France au sacre de Napoléon 1er quelques mois plus tôt à Paris, il ne sait pas encore qu’il y a deux jours l’Empereur a subi son premier grand revers militaire avec la défaite franco-espagnole à la célèbre bataille navale de Trafalgar. Le héros anglais, l’amiral Nelson, ne profitera pourtant jamais de cette victoire car touché par une balle mortelle ajustée par un tireur d’élite français. Si la destruction de la majorité de ses navires engagés lui interdira définitivement son projet d’envahir l’Angleterre, nous savons que l’Empereur se rattrapera quelques temps plus tard avec différents succès terrestres à travers toute l’Europe…
Mais revenons à l'actualité locale avec notre juge et officier de police judiciaire de la ville et du canton d’Anduze qui enregistra à dix heures du matin une plainte bien particulière… En voici le texte transcrit tel quel d’après l’original, avec sa ponctuation très procès-verbal !…

Est comparu Mr Roqueplane, curé de cette ville d’Anduze, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits ci après détaillés, à quoi nous avons procédé d’après la déclaration du dit Mr Roqueplane, qui nous a dit que le jour d’hier sur les huit heures et demie du soir, en sortant de chez lui pour aller veiller chez Mr Dominique Benoist et après avoir tourné le coin de sa maison, on lui lança de dessus la place Saint-Etienne un gros bâton de chêne vert, qui avait servi de manche à une hache, et qu’heureusement n’en ayant pas été atteint il se porta sur le lieu d’où le coup était parti, qui y étant arrivé il rencontra un enfant de l’âge de quatorze ou quinze ans, a qui il demanda comment il s’appelait, et d’où il était. Cet enfant satisfit à sa demande, mais l’émotion ou il était lui a fait oublier sa réponse. Il lui demanda ensuite ce qu’il faisait là, et s’il n’avait pas vu quels étaient ces polissons qui lui avait lancé le bâton. Il lui avait répondu qu’il faisait son chemin, qu’il avait bien vu des hommes qui après avoir lancé le bâton dont il se plaignait, s’étaient enfuis avec précipitation mais qu’il ne les avait pas reconnus, que voyant qu’il ne pouvait découvrir quels étaient ces individus, il continua sa route et qu’il rencontra à quelques distances de là les nommés Nissaret marié avec la fille de Bourrely, et Parlery dit Xaron, tous deux garçons chapelier habitants de cette ville, lesquels voyant le plaignant alarmé l’invitèrent à se retirer et offrirent de lui faire compagnie. Ils descendirent en conséquence pour aller chercher le bâton, et ils rencontrèrent la femme Privat qui portait une lanterne allumée de laquelle ils se servirent pour le trouver, lequel dit bâton nous a été remis par le plaignant comme pièce à conviction. Il nous a encore dit que ce qui le déterminait à porter cette plainte c’est que dans le courant de l’hiver dernier, il lui fut à deux différentes reprises lancé des pierres en sortant de chez lui, par lesquelles il ne fut jamais atteint, et comme il craint que cela ne soit quelque ennemi qui lui en veuille il est venu nous en porter la plainte, et nous a déclaré vouloir en poursuivre les auteurs si jamais il parvient à les découvrir, affirmant tous les faits ci dessus rappellés vrais et sincères, et a signé Roqueplane curé d’Anduze. 

Nous juge de paix officier de police judiciaire sus dit avons donné acte au dit Mr Roqueplane de sa comparution, et désirant découvrir les auteurs du délit dont il se plaint, pour les faire poursuivre avec toute la rigueur des lois, avons mandé venir les nommés Nissaret et Parlery, pour savoir par eux-mêmes s’ils n’avaient pas connu les individus qui avaient lancé le bâton dont se plaint le dit Mr Roqueplane, et pour nous dire le nom de l’enfant qui avait été trouvé sur la place St Etienne. Les dits Nissaret et Parlery arrivés nous ont dit qu’ils ne se trouvaient pas là au moment où le bâton avait été lancé, qu’ils avaient rencontré Mr le curé se plaignant, qu’ils avaient offert de l’accompagner et qu’ils avaient ensemble cherché le bâton, qu’ils avaient trouvé à l’aide de la lanterne de la femme Privat, qu’ils avaient rencontré chemin faisant. Nous leur avons encore demandé s’ils ne reconnaissaient pas le dit bâton, ils nous ont dit que non. Nous leur avons aussi demandé comment s’appelait l’enfant qui avait été trouvé sur la place St Etienne lors de cet événement, ils nous ont répondu qu’il s’appelait Pierre Dupuy, de Graviès dépendant de cette commune travaillant en qualité d’apprentis chez Massot aîné serrurier de cette ville. Nous l’avons de suite mandé venir, étant arrivé il a répondu aux diverses demandes que nous lui avons faîtes, qu’il se trouvait sur la place St Etienne a attendre un de ses camarades lorsque Mr le curé se plaignit qu’on lui avait lancé le bâton, qu’il avait vu trois personnes venant du côté de Beauregard, que l’une d’elles s’était arrêté à la fontaine, et que les deux autres s’étaient avancées jusqu’au platane et que de là l’une d’elles avait jeté le bâton et s’étaient tous enfuis à toutes jambes quand ils avaient entendu qu’on se plaignait. Nous lui avons encore demandé s’il n’avait reconnu aucun des dits individus et nous a répondu que non. Voyant que nos démarches sont inutiles pour découvrir les auteurs du délit dont se plaint le dit Mr Roqueplane, nous avons dressé le présent procès verbal pour, au cas on vienne à bout d’en découvrir les auteurs, ils soient poursuivis par devant les tribunaux compétents, et plus avant n’ayant été procédés, nous nous sommes signé avec notre greffier.

13 décembre 2016

Nuit agitée pour la Garde Nationale d’Anduze !…


Avec la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830 (les « Trois glorieuses ») où Charles X fut contraint de laisser le trône à son cousin le duc d’Orléans Louis Philippe, le nouveau pouvoir rétablira la Garde Nationale à travers tout le pays. Anduze, chef lieu de canton, abrita la cinquième compagnie commandée par le capitaine Bony.
Ce petit préambule pour vous situer le contexte général du document inédit que je vous propose de découvrir. Il fait parti des nombreux « vieux papiers » poussiéreux que j’ai trouvés au milieu du désordre des cartons de livres réformés de la bibliothèque. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer quelques-uns d’entre eux lors de précédents billets et je vous en soumettrai encore d’autres assez étonnants…
Tous ces différents témoignages anciens de la vie quotidienne d’Anduze qui méritent de gagner nos archives municipales, souvent amusants et émouvants avec le recul des années, peuvent être aussi particulièrement violents. Mais ces derniers, comme celui d’aujourd’hui, participent également à leur façon d’une meilleure connaissance de notre histoire locale accompagnée bien sûr depuis toujours de son cortège de délinquances et de brutalités inhérent à nos sociétés, quels qu’en furent et quels qu’en soient leurs modèles…


Garde Nationale d’Anduze
Rapport du sergent de garde du poste établi au quartier des Casernes
du 1er octobre mille huit cent trente

Hier soir à onze heure de la nuit le nommé Claude Firmin Chaudesaigues, chaudronnier et propriétaire foncier demeurant à Anduze, s’est introduit sans motif dans le corps de garde. Le sergent soussigné l’a invité à se retirer, ce qu’il a refusé de faire, disant qu’il souhaitait coucher au corps de garde. Cette autorisation lui a été accordé, sous condition qu’il serait tranquille. Mais au lieu de cela et lors d’une courte absence du sergent, il a voulu plaisanter avec le sieur Jean-Jacques Cornier, caporal de service, en faisant des gestes avec la main comme voulant tirer des armes. Cela étant ainsi Chaudesaigues a frappé méchantement le caporal Cornier et le renversa sur le lit de camps. En même temps d’une main il le saisi au bras et lui a donné deux coups de poing. Ce qui a obligé le caporal à crier au secours. Alors la garde entière voyant la fureur avec laquelle allait Chaudesaigues, le saisi et l’a enfermé dans la prison. La résistante colère qu’opposait Chaudesaigues a causé plusieurs blessures au sergent du poste à la main gauche et sans le prompt secours apporté au caporal, la force et la brutalité de l’assaillant aurait pu compromettre sa vie. Pendant toute la nuit Chaudesaigues n’a pas cessé de murmurer d’égorger les gens de garde lorsqu’il aurait sa liberté.
En foi de quoi le rapport a été fait pour être transmis à qui de droit.
A Anduze le premier octobre 1830


Suivent les signatures du sergent et du caporal, et celle du capitaine précédée de « Le capitaine de la 5ème Compagnie de la Garde Nationale d’Anduze, soussigné, certifie que les signatures ci-dessus sont sincères et véritables. Anduze le 1er octobre 1830 »

2 décembre 2016

Quelques nouvelles de la « tour ronde »…

Les travaux de la tour de l’Horloge sont entrés maintenant dans une phase de finitions pour l’ensemble des corps de métiers, mis à part le menuisier qui se fait attendre pour la réalisation du plancher à installer sur l’armature en fer forgé de l’estrade située sur la terrasse. C’est grâce à un puissant élévateur que dernièrement le lanternon a été hissé par l’extérieur jusqu’à celle-ci. Il vient coiffer l’arrivée de l’escalier hélicoïdal. Cela ajoute un charme certain à l’édifice et permet aussi d’assurer une parfaite étanchéité du troisième étage en cas de mauvais temps.

Des fenêtres ont été posées sur les deux petites baies, ainsi que des plaques discrètes et amovibles de Plexiglas en retrait des différentes ouvertures des canonnières et de l’archère. Une pose non hermétique pour laisser une circulation d’air, mais suffisante pour interdire définitivement l’entrée du monument aux pigeons !…

Toutes les trémies qui naguère laissaient passer les deux contrepoids de l’horloge étage par étage sont maintenant équipées d’une épaisse dalle de verre sur laquelle on peut marcher sans crainte (un peu plus de trois centimètres d’épaisseur). Cette modification, tout en permettant de conserver la trace ancienne de la fonction de la tour, agrandit considérablement l’espace des niveaux concernés.

L’installation électrique touche aussi à sa fin avec les différents éclairages et prises prévus de bas en haut de l’édifice, qu’ils soient au sol ou au plafond selon leurs destinations. Une nouvelle armoire réunissant les coffrets de commandes, avec notamment celui de l’horloge, a été aménagée au rez-de-chaussée : si les grands cadrans sont déjà à l’heure depuis quelques semaines, notre valeureuse gardienne du temps devrait
bientôt retrouver son moyen d'expression sonore avec le prochain raccordement de la cloche !…