C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

8 décembre 2018

Les liens d'Anduze et Barre des Cévennes au Moyen-âge…

Quelle bonne idée d’avoir réédité, par l’intermédiaire de "le bousquet-la barthe éditions", le petit livret introuvable de Louis Jourdan « Barre et sa seigneurie ». Ce texte agréable à lire, paru en 1901 dans les Mémoires du Club Cévenol, retrace de façon vivante à travers ses différents seigneurs l’histoire du village des origines à la Révolution. D’une soixantaine de pages il est aujourd’hui complété par des petites notes d’éclaircissement judicieuses de Jean-Paul Chabrol, historien et écrivain que l’on ne présente plus.

Situé à un peu plus de cinquante kilomètres au Nord Ouest de notre cité, en Cévennes lozériennes, Barre a eu son importance dans le maillage stratégique (surveillance et défense) des possessions de la puissante maison d’Anduze au Moyen-âge. Voici quelques lignes à ce propos de Louis Jourdan :

« (…) En 1052, dans un acte du 12 janvier, le testament d’Almérade, seigneur d’Anduze, la localité de Barre est mentionnée. Almérade donne à son fils Pierre tout ce qu’il possède à Anduze et ses appartenances, et, entre autres lieux, le château de Barre et tout ce qui en dépend (omne succidimentum ejus) et le château de Peyremale. Parmi les nobles témoins (boni homines) présents à cet acte, les premiers cités sont Fredol de Barre et son fils Galterius. Comme on le voit, Barre en ce temps-là dépendait d’Anduze, mais il avait ses seigneurs particuliers qui le tenaient en fief des seigneurs d’Anduze.

« La maison d’Anduze, si puissante par ses possessions et ses alliances, tenait sous sa haute seigneurie toutes nos Cévennes : Portes, Dèze, Saint-Germain-de-Calberte, Saint-Etienne, Moissac, Meyrueis, etc. J’ai sous les yeux copie de nombreux documents qui en font foi. Je ne rappelle ici les donations faites, par elle, de l’église St-Pierre-de-Meyrueis, à l’abbaye de Gellone, en 1042, que parce que Fredol de Barre y assiste comme témoin. Il figure encore, en 1049, dans la donation qu’Almérade et sa femme Enaurs firent de la moitié de leur domaine, sis dans la paroisse de St-Martin, à la même abbaye, dans l’espoir que, par l’intercession de Saint Guillaume, un fils leur naîtrait.

« (…) Pendant le XIIe siècle, les seigneurs de Barre suivent et assistent leurs nobles suzerains d’Anduze à la guerre et ailleurs ; et certes le devoir féodal n’était point une sinécure pour les fidèles de ces Bernard et de ces Bermond que nous trouvons mêlés à tous les différends, à toutes les querelles du Languedoc et de la Provence. Il ne se signait point un traité sans que leur paraphe figurât au bas de l’acte ; pas une bataille ne se donnait dans les diocèses de Nîmes, Maguelone, Agde, Béziers, Carcassonne, Narbonne et Toulouse, sans que leur cri de guerre y retentit. Grand honneur pour le seigneur de Barre, compagnon de tant d’aventures. Long souci pour la châtelaine songeant à l’époux absent et regardant, du haut de la montagne, l’étroit et abrupt sentier par où le sire doit revenir glorieux et éclopé. (…) »


Publiée à trois cents exemplaires depuis le printemps dernier, cette petite mais très intéressante édition risque de devenir bientôt elle aussi introuvable !…

24 novembre 2018

Claudius Revoux, horloger d’Anduze…

Dans un billet du mois d’avril 2016 j’avais évoqué succinctement le nom de Revoux dont on apercevait sur une carte postale ancienne jointe un bout du magasin situé place Couverte, derrière la fontaine Pagode. Voisin du libraire Génolhac (1), j’ignorais alors qu’il était aussi son beau-frère, ayant épousé sa sœur Louise en 1883. Ces renseignements et les autres qui vont suivre m’ont été communiqués par madame Sylvette Carrichon, descendante de la famille. Des documents intéressants puisqu’en dehors du plaisir de mettre un visage derrière un nom, ils permettent aussi de constater que Claudius Revoux, horloger-bijoutier, n’était pas qu’un simple commerçant mais bien un véritable artisan-créateur à priori très apprécié au plus haut niveau de sa corporation.
 
En 1894 et à l’âge de trente cinq ans, la médaille d’or qu’il obtint à Paris de la Fédération Française des Horlogers, Bijoutiers et Orfèvres, a sans aucun doute dû booster son activité. Dans son bulletin municipal de 2011 la ville de Lézan lui rend hommage à travers un article précisant qu’il est l’auteur du dernier mouvement mécanique de leur tour de l’Horloge :  
« (…) En 1895, le sieur Claudius Revoux, horloger à Anduze, s’engage à fournir et à poser une horloge publique pour le compte de la commune et la somme de 1085, 60 frs conformément au projet établi par lui à la date du 7 décembre 1895 et approuvé par Mr le Préfet le 24 décembre 1895. Le 10 mars 1896, le PV de réception et bon fonctionnement était signé. Ainsi notre tour a été habitée par deux horloges mécaniques, celle de 1896 bien que marquant certains signes de fatigue bien compréhensibles est toujours à l’œuvre (…) »

Il serait logique, mais cela reste à vérifier, que l’horloger se soit aussi occupé de l’installation du dernier mouvement mécanique de notre propre tour de l’Horloge, sensiblement de la même époque et conservé aujourd’hui dans l’une des salles de la mairie…

(1) J’ai consacré un billet à son fils Alfred (1-novembre 2015), gravement blessé à la tête pendant la première guerre mondiale et qui écrivit un petit recueil de poésies lors de sa convalescence.

11 novembre 2018

Antoine Rodier de Labruguière : « d’Anduze à Sauve »…

Aujourd’hui je vous propose de retourner à l’époque trouble de la Révolution avec un beau document inédit de Sauve…
Un écrit officiel de la commune reconnaissant avoir bénéficié d’un prêt de six milles livres de la part d’une personnalité anduzienne dont le nom complet, à particule et peu à la mode à cette période, fut raccourci pour écrire simplement Antoine Rodier.

Antoine Rodier de Labruguière (1747-1833) a laissé une trace dans notre histoire locale grâce notamment à la rédaction d’un petit journal du voyage qu’il entreprit entre 1770 et 1771 « d’Anduze à Amsterdam ». Il était accompagné de son frère Albert mais aussi à l’aller de deux membres de la célèbre famille Lafarelle de retour d’une visite à leurs cousins de Montpellier et d’Anduze. Ce journal fut publié en 1900 par Joseph Simon, conservateur de la bibliothèque de Nîmes.

Le jour de cet « arrangement financier » nous sommes en août 1793 et Robespierre a pris le pouvoir à Paris depuis quelques semaines avec son comité de salut public qui instaurera la Terreur. Donc en France l’atmosphère révolutionnaire se durcit, d’autant plus que la disette commence à apparaître, notamment dans le Gard. Alors quand les instances locales ne réquisitionnent pas de force le grain, ils « empruntent » aux plus fortunés pour en acheter. Est-ce que ce service rendu fut « conseillé » à l’aristocrate pour montrer ses bonnes dispositions envers la République, ou bien s’agit-il de l’action personnelle d’un citoyen solidaire de compatriotes dans le besoin ? Nous n’avons pas la réponse mais il n’en demeure pas moins que cette reconnaissance de dette fut établie plus d’un an après à son nom, en décembre 1794 : la mort de Robespierre en juillet de la même année et la fin de la Terreur ont du encourager Antoine Rodier à rappeler son bon souvenir à la mairie de Sauve afin d’avoir une chance un jour de récupérer son argent…

« Nous soussignés maire, et officiers municipaux de la commune de Sauve, district de monthipolite (1), département du gard, déclarons qu’il est dû par notre commune au citoyen Antoine Rodier habitant d’Anduze, six mille livres qu’il preta a notre dite commune en vertu de la délibération prise par le Conseil général de la dite commune le dix huit du mois d’aoust (2) mil sept cens quatre vingt treize, vieux stile (3), qui furent employés a l’achat des bleds (4) pour notre grenier de subsistance, de laquelle somme il lui fut consenti un billet le deux septembre de la dite année mil sept cens quatre vingt treize par les citoyens Malzac maire, Seguin aîné, Blanc, officiers municipaux, et Maurin trésorier alors en exercice, lequel billet nous avons vizé, et paraphé pour etre envoyé a la liquidation generale a paris, et etre liquidé en faveur du dit Antoine Rodier s’il y a lieu. et comme il est possible que le billet vienne a s’égarer, c’est pourquoi nous lui avons fait la présente déclaration pour lui servir en cas de besoin.
fait a Sauve dans la maison commune le dix huit frimaire an troisième
(5) de la republique une et indivisible. »

(1) De 1794 à 1795 Saint Hypolite change de nom pour s’appeler Mont Hipolite. Ce n’est qu’au milieu du dix-neuvième siècle qu’apparaît son nom définitif : Saint-Hippolyte-du-Fort.
(2) Orthographe ancienne du mois d’août.
(3) Le calendrier républicain ne sera créé qu’à partir d’octobre 1793.
(4) Orthographe ancienne de blé.
(5) 8 décembre 1794.

27 octobre 2018

Les cochons chapardeurs de la petite Suzette…

Une petite pause tout en légèreté, avant de continuer d'aborder des sujets plus consistant concernant notre histoire locale, avec cette anecdote amusante de la vie quotidienne à Anduze au milieu du dix neuvième siècle. Elle est écrite sous la forme d’un procès-verbal dressé par les deux gardes champêtres anduziens de l’époque ; ceux-ci faisaient d'ailleurs aussi office d’agents de police municipaux aux ordres du fameux commissaire Chibert. Un personnage que nous avons déjà évoqué à travers plusieurs billets et que nous retrouverons bientôt…
 
« L’an mil huit cent cinquante deux le huit septembre à huit heures du matin.
Nous soussignés Eugène Driole et Escursan Bonny, gardes champêtres de la commune d’Anduze. Demeurant à Anduze, duement assermentés et revêtus du signe caractéristique de nos fonctions, faisant la ronde ordinaire pour la conservation des propriétés confiées à notre garde, en passant au quartier de Tavillon de la commune d’Anduze avons rencontré pleurant la nommée Suzette Laurent fille de Paul Laurent, cultivateur à la Tourette commune d’Anduze, âgée de cinq ans environ. Nous lui avons demandé pourquoi elle pleurait, sur ce elle nous a répondu qu’elle avait perdu les cochons qu’elle gardait ; aussitôt nous avons appelé le dit Paul Laurent son père et avec lui nous sommes mis à la recherche des dits cochons que nous avons trouvés au nombre de six, dans une vigne chargée de fruits sise au dit lieu de la Tourette, appartenant à maître Perot notaire à Anduze ; nous avons de suite fait sortir ces animaux de la vigne et les avons conduits chez le dit Laurent. Après quoi revenus à la vigne nous avons reconnu que les raisins de deux souches seulement avaient été mangés. Sur ce nous avons déclaré procès-verbal de la contravention au dit Laurent et à sa fille. Celui-ci nous a dit pour excuse que les cochons lui avaient échappé, mais le nommé Scipion Benoit domestique du dit maître Perot, arrivé au même moment nous a dit que c’était pour la troisième fois que pareil fait se reproduisait.
Et de ce qui précède nous avons fait rédiger le présent que nous avons signé. A Anduze les jours, mois et au susdits. » Eugène Driole, E. Bony

15 octobre 2018

Centenaire de l'armistice de 1918…

En cette année du centenaire de l’armistice de 1918, nous avons inauguré vendredi dernier à la médiathèque une exposition sur le thème de la première guerre mondiale qui sera accessible jusqu’au samedi 10 novembre 2018. Elle se présente en deux parties distinctes mais complémentaires.
La première, vous pouvez la découvrir en parcourant les couloirs de la mairie pour venir à la médiathèque, avec de magnifiques photographies en noir et blanc qui témoignent, de façon brutale pour certaines d’entre elles, de la vie quotidienne des soldats durant ces années de guerre, ces années d’enfer…

Des clichés quelques fois un peu flous mais d’autant plus émouvants quand on sait les terribles conditions de travail, sur les plans humain et technique, des différents opérateurs de l’époque. 
Les tirages font partie de la collection personnelle de Jean-François Gallier, photographe d'Alès, qui en possède aussi les négatifs de verre originaux. La municipalité le remercie chaleureusement non seulement de nous les avoir prêtés, mais aussi d’avoir supervisé et participé à leur encadrement, ce qui nous permet de les présenter dans les meilleures conditions.

La deuxième partie, installée parmi les rayonnages de livres, est consacrée à la chronologie des hostilités. C’est une publication de CiviMédias avec vingt trois panneaux qui retracent, tous fronts confondus avec cent cinquante documents et quatorze cartes, un conflit qui embrasa le monde entier avec plus de soixante dix pays concernés. Si une majorité d’entre eux se retrouvèrent prisonniers du jeu des alliances, d’autres étaient intégrés aux différents empires et colonies. Cette vue d’ensemble nous permet de mieux prendre la mesure de celle qu’on appelle la Grande Guerre.

Grande certainement par sa surface géographique mais surtout par les chiffres effarants, défiant l’entendement, qui l’accompagnent. En voici quelques uns parmi les plus communément admis aujourd’hui car pouvant varier selon les historiens, du fait du manque de sources fiables à l’époque des événements.
L’ensemble du conflit vit 70 millions d’hommes mobilisés dont plus de 8 millions pour la France. 10 millions seront tués et 20 millions blessés. Concernant notre pays on comptera 1 million 400 milles morts et 4 millions 200 milles blessés, dont 15 milles de la face ou de la tête, ceux que l’on nommera les « gueules cassées ».
1 milliard 300 millions d’obus ont été tirés durant le conflit et on estime que 15% d’entre eux n’ont pas explosé : nous en avons encore pour quelques siècles à retrouver une terre saine, notamment en France sur les anciennes lignes de front. Il ne faut pas oublier non plus les millions de victimes civiles qui viennent s’ajouter au bilan désastreux de cette guerre qui ruina tous les belligérants, qu’ils soient vaincus ou… vainqueurs !

Alors bien entendu cette exposition généraliste sur la première guerre mondiale ne nous fait certainement pas oublier les 121 noms la concernant gravés par ordre alphabétique sur notre monument aux morts et que nous honorons à chaque date anniversaire du 11 novembre.
Mais cent ans après la fin des hostilités de celle qui devait être « la der des ders », il nous paraissait essentiel pour 2018, et en dehors de la commémoration officielle locale, de leur rendre hommage d’une autre façon. D’abord avec les photographies où derrière les visages et les silhouettes anonymes présentés se cachent peut-être certains d’entre eux… Ensuite se remettre en mémoire les tenants et aboutissants de ce premier conflit international hors normes nous permet de mieux appréhender l’importance des sacrifices humains et de leurs conséquences catastrophiques pour notre société d’alors.

Un siècle est passé et pourtant une majorité de familles en garde encore les traces ; certes, des cicatrices estompées aujourd’hui, mais qui demeurent indélébiles dans la mémoire collective…

5 octobre 2018

Rendez-vous au Plan de Brie, pour boire l’anisette…

Cette fois c’est au tour du « clan » des fabricants de bas d’être mêlé à une bagarre, assez violente selon ce procès-verbal, à l’instar d’autres corporations déjà citées dans de précédents billets. C’est à croire qu’à Anduze la « castagne », même pour des motifs futiles, était à cette époque devenu un véritable moyen d’expression !…
 

« Cejourd’hui neuf juin mil huit cent six, à neuf heures du matin, devant nous Jean Coulomb aîné juge de paix officier de police judiciaire de la ville et canton d’Anduze, et dans notre cabinet au dit anduse assisté de Jacques Gache notre greffier.
Est comparu le sieur César Corbier fabriquant de bas habitant de cette ville d’anduse, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés, à quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Corbier, qui a dit que le jour d’hier environ les dix heures du soir, il fut avec plusieurs de ses amis chez le nommé Barafort au plan de Brie pour boire l’anisette, il y trouva plusieurs personnes. Entr’autres le nommé Antoine Boisset fils, de cette ville, qui du moment qu’il l’apperçut lui marcha sur les pieds. Le plaignant lui demanda pour qu’elle raison il lui faisait cela, le dit Boisset lui répondit qu’il lui plaisait de le faire, le pinça fortement aux cuisses, ce qui obligea le plaignant de s’en aller et comme il y avait une marche de huit à dix degrés à descendre le dit Boisset le poussa vivement pour le jeter en bas ; mais n’ayant pu réussir il fut après lui et lorsqu’il fut au bas des degrés, prit le plaignant aux cheveux, lui en arracha une grande partie. Alors le dit Corbier se voyant provoqué continuellement par son adversaire le prit, le jeta parterre, mais le nommé Jacques Sauc charron de cette ville, oncle du dit Boisset, qui se trouvait là voyant que son neveu était terrassé, prit le dit Corbier et le mis dessous ; alors le dit Boisset donna des coups de poingts sur la figure du comparaissant, l’égratigna d’une force terrible, le mit tout en sang et sans les personnes qui étaient présentes il l’aurait sans doute laissé sur la place ; observant encore qu’après cette scène il s’en allait coucher, et lorsqu’il fut sur la plate forme du pont le dit Boisset l’y vint attendre avec des pierres, l’insulta et l’injuria mais comme le plaignant était accompagné par plusieurs de ses amis il n’osa rien entreprendre. Tous lesquels faits il affirme vrais et sincères et désigne pour témoins d’iceux, César Bernard fils fabriquant de bas, Bernard aîné fils du propriétaire foncier, Pierre Coulomb fils tanneur, Louis Verdeille maçon fils à Verdeille aîné, et Louis Gonet fabriquant de bas, tous habitans d’anduze et du tout requiert acte et à signé. »

22 septembre 2018

L’auberge sans nom de la place Saint-Etienne…

Cette plainte de 1816 n’a d’intérêt, en dehors des noms cités, que de nous permettre de retrouver la place de la République (place Saint-Etienne à l’époque). Un lieu calme maintenant mais qui était à cette date, malgré son enclavement (le boulevard Jean Jaurès n’existait pas encore), particulièrement animé avec son grand marché aux moutons hebdomadaire favorisant l’existence de petits commerces tout autour. 
Ce témoignage nous confirme aussi la présence d’une auberge, peut-être la même que l’on peut voir près de l’église sur cette vieille carte postale « précurseur » des années 1900 : on peut lire le mot « auberge » sur la gauche. Un joli cliché signé E.G., bon et prolifique photographe mais dont le mystère avait fait l’objet d’un billet de ma part en juillet 2012 (2-juillet 2012, E.G. et les fileuses d’Anduze). J’en profite donc pour apporter enfin des précisions quant à son identité, apprises récemment grâce à la gentillesse de Jean-François Gallier, photographe et possesseur aussi de quelques vieux négatifs de verre de l'opérateur.
Les lettres E.G. sont les initiales d’Eugène Gervais, notaire à Anduze et grand pratiquant de la photographie en amateur ! A l’époque la librairie-papèterie G. Puget installée dans notre cité, convaincue de son réel talent, l’édita à travers de nombreuses et différentes cartes postales pour la plus grande joie des collectionneurs d’hier et d’aujourd’hui…
 
 
« Cejourd’hui vingt neuf décembre de l’an mille huit cent seize à sept heures du soir devant nous Jean Coulomb aîné, juge de paix officier de police auxiliaire de la ville et canton d’Anduze, et dans notre cabinet au dit Anduze, assisté de Jacques Gache notre greffier.
Est comparu sieur François Lauriol propriétaire foncier demeurant à sa métairie appelée le fustier dans cette commune, qui nous a dit qu’il y a environ deux heures, étant chez le sieur Brouès, aubergiste demeurant sur la place St Etienne de cette ditte ville, à boire une bouteille de vin, les nommés Auguste, Henri et David Laune frères maçons et cultivateurs, habitans au hameau de l’olivier commune du dit Anduze, sont venus le provoquer, l’injurier et le menacer en lui disant qu’à la première rencontre il le leurs payerait. L’un d’eux, le dit Auguste a levé la main pour lui donner un soufflet
(une gifle), et sans des personnes qui sont intervenues les dits frères Laune l’auraient sans doute maltraité, mais ils n’ont sans doute pas osé en présence des personnes qui se sont présentées au bruit des menaces que les dits Laune faisaient au plaignant. En conséquence il vient porter sa plainte afin que s’il vient à lui arriver quelque chose soit à sa personne soit à sa propriété, la justice soit à même d’en connaître les auteurs dans ceux qui l’ont menacé, les poursuivre et les faire punir suivant la rigueur des faits. De tous les faits ci dessus il désigne pour témoins les sieurs Simon Fontibus cultivateur et Antoine Olivier aussi cultivateur habitans de cette ville, de quoi il nous demande acte et n’a su signer de ce requis. »