C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

13 mai 2018

Mystères des jetons érotiques de la Rome antique…

Dans le cadre du neuvième week-end numismatique d’Anduze, organisé par l’association du Club Numismatique Cévenol qui fête cette année ses quarante ans d’existence, nous avons pu bénéficier d’un huitième exposé très attendu concernant ce sujet…
C’est peut-être l’occasion de cet anniversaire du club qui a décidé notre conférencier préféré à nous montrer une facette inattendue de sa passion de numismate spécialiste de la période romaine. Laurent Schmitt nous a parlé d’un moyen de paiement atypique de cette époque, ou peut-être simplement d’un laissez-passer, qui aurait permis l’accès à certains services particuliers d’ordre intime et sans aucun doute liés à la prostitution. Mais à ce jour il n’y a encore aucune certitude quant à la destination finale de ces jetons érotiques ou « tessères spintriennes », avec notamment leur rareté qui vient perturber les chercheurs et ajouter au mystère…

Je dois dire que quand Aimé Aigouy m’a transmis le titre de la conférence, accompagné de son illustration où aucune ambiguïté n’était permise sur le thème abordé, une grande stupeur mêlée d’indignation m’envahit, avec une seule interrogation… : pourquoi ne l’avait-il pas proposé plus tôt ?! Il aura donc fallu attendre toutes ces années et une médaille de la ville pour qu’enfin il nous parle d’un sujet qui nous intéresse tous ?! Pour qu’enfin il n’ait plus peur de « donner les jetons » à la municipalité avec une conférence classée X ?…

Ma plaisanterie s’arrête ici car pour nous aucun sujet n’est tabou, à partir du moment où il est abordé avec compétence, intelligence et humour. Des qualités dominantes chez cet homme, en dehors de sa générosité et de sa simplicité, et que nous apprécions depuis déjà un certain temps, rendant ce rendez-vous annuel définitivement incontournable. Certes la nature humaine en tant que telle a quelques fois des aspects grossiers, mais c'est la façon de les appréhender qui peut les rendre vulgaires. Alors, je vous en prie, cher Laurent Schmitt, n’hésitez plus à nous « filer les jetons » …surtout s’ils sont érotiques et que la gravure est belle !
 
Pour terminer, une bonne nouvelle : 2019 devrait voir le retour d’une conférence sur notre ancienne monnaie locale, le « Bernardin », avec des informations totalement inédites. Vivement l’année prochaine !…

27 avril 2018

Retour sur l’agression du maréchal-ferrant, Anduze, mai 1806…

Dans le billet 2 de novembre 2017 nous avons fait la connaissance de Louis Maurin, maréchal-ferrant à Anduze en 1806, à travers une plainte qu’il portait contre Marc Ducros, bourrelier de son état mais surtout son violent agresseur… J’ai retrouvé récemment un document concernant cette « affaire » qui nous donne une autre version de l’histoire ! Il s’agit de la déposition du sieur Ducros, effectuée la veille de celle de Maurin et le jour même des faits :

« Cejourd’hui vingt cinq mai mil huit cent six à neuf heures du soir, devant nous Jean Coulomb aîné juge de paix et officier de police judiciaire de la ville et canton d’anduze, et dans notre cabinet assisté de Jacques Gache notre greffier.
« est comparu sieur Marc Ducros, bourrelier habitant d’anduze, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits ci après détaillés, à quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Ducros qui a dit qu’il y a environ une heure et alloit au quartier des casernes ou il a une écurie pour donner à manger à sa bourique, le sieur Louis Maurin, maréchal à forge qui lui en veut depuis longtems, qui le guettait est venu du moment qu’il entrait dans la grande porte des dites casernes ; et lui a donné un grand coup de coude pour le provoquer ; le plaignant lui dit la porte est bien assés large sans venir me coudoyer de cette force ; sur cela le dit Maurin lui donna un grand souflet sur la joue droite qui lui fit tomber son bonnet, et s’enferma de suite chez le nommé Mauret ; voyant que le plaignant s’en alloit à sa maison, il lui jetta une grosse pierre, que s’il l’avait atteint il l’aurait laissé sur les carreaux. Sous lesquels faits il affirme vrais et sincères désigne pour témoins d’iceux le sieur Mauret et son épouse, sieur Louis Laporte, Fesquet aubergiste, David Seite propriétaire foncier, Nogaret coutelier, la femme de Martin cordonnier et la nommée Gervais femme de Gras Portefaix, tous habitans du dit anduze ; et du tout requiert acte, se déclare partie civile et a signé Marc Ducros.»


Nous avons donc là deux plaintes distinctes pour une affaire ou bien sûr les rôles du « Bon » et de la « Brute » s’intervertissent selon la version de chacun… Le plus amusant dans cette anecdote locale d’un autre temps est qu’ils aient cité tous les deux des témoins communs ; je n’aurais pas voulu être à la place particulièrement inconfortable des Mauret lors de leur éventuelle comparution devant le juge de paix ! Remarquez, il manquait encore le rôle du "Truand" dans la distribution, alors…

12 avril 2018

Les quatre filles de Marie Charlotte…

Projet du carillon de l'église
Dans mon premier billet concernant l’affaire de la cloche de l’église (billet 1, novembre 2017), j’en étais resté à son enlèvement du clocher pour un audit précis effectué au sein des ateliers de l’entreprise Bodet. Des spécialistes qui sont venus contredire les propos optimistes que j’avais formulé sur la « santé d’airain » de Marie Charlotte : notre vieille dame ne s’en sortira pas, son service actif étant définitivement compromis par un ensemble de défauts irréparables, notamment dans la pièce maîtresse du cerveau.

Trois solutions s’offraient donc à la municipalité pour remplacer l’instrument. La première et la moins coûteuse aurait été sa refonte pour en couler une autre, légèrement plus petite que la précédente du fait de la perte de sept pour cent du métal (ici 45 kg sur 643 kg), pour environ 17500 € H.T.
La seconde proposée était la mise en place d’une cloche totalement neuve, de 640 kg, pour un coût de 29600 € H.T.
Et enfin une troisième proposition, formulée par le curé d’Anduze et acceptée par la municipalité, qui consiste à réaliser un carillon de quatre cloches neuves de tailles différentes (275 kg, 155 kg, 89 kg et 59 kg) avec le métal récupéré de l’ancienne. Cette réalisation aura l’avantage d’élargir les possibilités musicales d’accompagnement des rites religieux de l’église. Ce souhait, d’un montant nettement supérieur au deux premières solutions envisagées par la mairie (environ 43 800 € H.T.), fait bien sûr l’objet d’un arrangement particulier entre la commune, propriétaire des bâtiments de l’église, et l’association diocésaine de Nîmes. Celle-ci s’engage à participer financièrement – grâce à une offre de concours – à la réalisation des travaux pour cinquante pour cent hors taxes. Les modalités de cet accord ont été écrites à travers une convention et passées en délibération lors du dernier conseil municipal.

Finalement et en dehors de tout contexte religieux, la création d’un carillon, totalement inédite à ma connaissance sur Anduze jusqu'à présent, va apporter à notre cité une « note » patrimoniale supplémentaire inattendue et très intéressante…

31 mars 2018

Anduze 1817 : le perruquier et le docteur…

Livre de la Bibliothèque Nationale

« Mr. Hercule Gache perruquier doit à Mr. Viguier médecin, la somme de vingt-cinq francs (25 fr) – Savoir pour soins et visites relativement à la maladie de sa femme au mois de mars, – vingt francs (20 fr). Pour conseils donnés verbalement à sa femme chez elle le 12 avril – cinq francs (5 fr). Ce qui fait 25 fr pour la somme due. à Anduze le 10 juillet 1817. Pour acquit Viguier »

Cette reconnaissance de dette, établie plusieurs mois après les interventions du médecin, est émouvante à plusieurs titres.
D’abord elle montre les difficultés d’une profession, celle de perruquier, qui à cette époque est à bout de souffle, la Révolution étant passée par là pour ralentir la coutume essentiellement aristocratique de porter perruque. Même si l’on retrouve des traces de cette activité dans l’Antiquité, en France c’est Louis XIII qui initia durablement cette pratique suite à une grave maladie qui lui fit perdre une partie de ses cheveux. Les courtisans, pour lui plaire, emboîtèrent le pas et le postiche capillaire devint progressivement, au-delà d’une mode, un véritable emblème représentatif de la noblesse. Parmi tous les Louis qui lui succédèrent, c’est certainement sous le quatorzième qu'il fut utilisé à son paroxysme. L’artisan perruquier acquit un statut très important.

En deuxième lieu ce petit document témoigne de l’exercice professionnel de l’un des plus célèbres docteurs d’Anduze, Alexandre-Louis-Guillaume Viguier. Ceux qui s’intéressent à l’histoire de notre cité ont reconnu l’auteur de la « Notice sur la ville d’Anduze et ses environs », publiée en 1823 et rééditée en 1987 par les éditions Lacour.
De façon plus amusante nous découvrons aussi, avec ce manuscrit inédit, l’étonnante signature du jeune praticien. Son étude graphologique pourrait sans doute s’avérer intéressante…

16 mars 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (4)

Dans cette quatrième et dernière partie je n’ai recopié que l’introduction du dernier procès-verbal en notre possession, celle-ci présentant les très intéressants noms et métiers de l’ensemble des témoins anduziens convoqués le vingt huit avril 1792 par le juge de paix. Pour le reste du document il ne s’agit que de la confirmation des déclarations enregistrées sur le même modèle que celles que je vous avais transmises précédemment. D’ailleurs la grande similitude des témoignages pourrait faire croire qu’ils s’étaient tous donnés le mot avant de venir, en déclarant notamment et à l’unanimité n’avoir reconnu personne ce jour-là au château de Veirac…

« L’an mil sept cens quatre vingt douze et le quatrième de la liberté, le samedi vingt huit avril, heure de huit du matin par devant nous Louis Fontane, homme de loy juge de paix, officier de police de la ville d’anduze. Sont comparus sieur Michel Gache, chapelier, sieur Jean Seyte, garnisseur de drap, sieur Paul Fraissinet cordonnier, sieur Pierre Blanc meunier, sieur Jean Fabre tailleur d’habit, sieur Antoine Fabre boulanger, sieur Jean Faïsse menuisier, sieur Antoine Lapierre perruquier, sieur Beaumont bridier (ouvrier qui fabriquait des brides en cuir), sieur Mercier aîné bourgeois, sieur Cadet Jullian fondeur et sieur Gilles Commune marchand chez le sieur Martin. Tous habitans de cette ville. Témoins appellés en vertu de la cédule (acte par lequel un juge de paix permet d’abréger les délais dans les cas urgents) délivrée par nous le jour d’hier 27e courant a l’effet de déclarer les faits & circonstances qui sont à leur connaissance au sujet du délit dont est question en la dénonce a nous faitte par le procureur de la commune de cette ville. Lesquels témoins sus nommés, après avoir preté le serment en tel cas requis, ont fait leur déclaration ainsi qu’il suit… »

Un petit mot concernant le propriétaire de cet énigmatique château de Veirac, appelé « sieur hostalier » dans les différents procès-verbaux. En 1715 le baron Daniel Hostalier de Saint-Jean, receveur des tailles, acheta au baron de Pézène la tour du même nom avec son îlot de bâtiments – qui était appelée à l’origine tour de Veirac car faisant partie du fief portant ce nom et situé dans le nord de la ville. Il s’agit donc de la même famille, d’autant plus que Thierry Ribaldone écrit, dans son excellent article sur la tour urbaine de Pézène dans Cévennes Magazine n° 1442, que son épouse conservera les droits seigneuriaux jusqu’à la Révolution. Ce qui est moins clair c’est la situation exacte du « château » qui fut incendié, désigné à plusieurs reprises dans les témoignages comme « maison de campagne »…
Nous avons encore à Anduze un « chemin de Veyrac » (notez ici le Y) traversant un quartier nommé de même et qui se trouve au sud-est de la cité, dans un environnement campagnard : le baron Hostalier avait-il aussi récupéré cette terre en même temps que la tour de Pézène ? Faisait-elle partie du même fief de Veirac (notez ici le I) ?… Des recherches seraient encore à faire ici !

Pour revenir à cette affaire d’incendie, nous n’avons pas dans le lot de documents en notre possession celui de la conclusion de l’enquête. Il est fort probable qu’elle fut finalement sans suite, du fait d’un dossier particulièrement vide, conséquence d’un contexte révolutionnaire où le silence devait être la règle d’or en ces temps troublés ! Une Révolution qui n’avait pas encore livré tout son cortège d’horreurs avec la Terreur qui se profilait à l’horizon…

3 mars 2018

Quand l’hiver habille Clara…




           En ce dernier jour de février, particulier
           Sous les fins flocons de neige virevoltants,
           Mes pas me conduisirent, le cœur palpitant,
           Vers le beau et magique parc des Cordeliers.

           Clara m’attendait, patiente comme toujours,
           Surprenante dans sa tenue d’hiver blanche.
           Tellement rare en habit du dimanche,
           Je félicitais la belle pour ce grand jour.

           Avant tout la fille du seigneur d’Anduze
           La troubadouresse voulait, sans excuse,
           Rappeler son personnage d’élégante.

           Et vous, dame Nature extravagante,
           Merci pour la création haute couture
           Qui mit en valeur notre chère sculpture…

23 février 2018

Les secrets de l’« Espingouin » enfin révélés…

Après avoir publié en 2012 la savoureuse nouvelle « Qu’est l’Espingouin devenu ? » (voir billet culturel 1 de mars 2013), Michel Caron récidive sur le même sujet en ce début d’année avec la sortie d’un ouvrage plus important qui nous apporte enfin des réponses aux nombreuses questions concernant notre fameux « espingouin » (mot d’argot ancien désignant un Espagnol).

En écrivant « Mémoires d’avant l’exil » l’auteur ne nous propose pas une suite directe de sa nouvelle mais les clés qui nous permettent de comprendre les tenants et aboutissants du parcours atypique de son héros qui, installé depuis quelques temps à Anduze, disparut du jour au lendemain sans laisser de trace… Avec ce livre nous découvrons que celui-ci s’est décidé finalement à écrire ses mémoires, divisés en cahiers dont chacun évoque un lieu de son itinéraire chaotique lié aux événements de la guerre d’Espagne. Une période sombre pour ce pays et dont Michel possède une solide connaissance ; un atout essentiel lui permettant de traduire parfaitement bien dans ce récit l’atmosphère particulière des années trente, de Paris à Barcelone mais aussi dans le sinistre camps de concentration de Rivesaltes. Ceci à travers le regard d’un adolescent devenu jeune homme et évoluant dans une époque annonciatrice de la deuxième guerre mondiale…

Ce texte ne devrait pas laisser indifférent la communauté d’origine espagnole de nos Cévennes et aussi les autres. Que ceux qui n’auraient pas lu la nouvelle se rassurent : l’habilité de l’écrivain est d’offrir une œuvre littéraire qui se suffit à elle-même pour la compréhension de l’histoire dans l’Histoire…
Déjà dans mon premier billet j’avais évoqué une éventuelle adaptation pour le cinéma (ou la télévision ?) : aujourd’hui je persiste et signe !…

« Mémoires d’avant l’Exil » de Michel Caron, chez Complices éditions, www.complices-editions.fr