C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

24 mai 2017

Château de Tornac : entre archéologie et restauration…

Le 30 mars dernier eut lieu à la mairie de Tornac une réunion entre le SIVU (Syndicat Intercommunal à Vocation Unique d’Anduze et Tornac, propriétaires du site), la DRAC et l’architecte du patrimoine chargé par le syndicat du projet de restauration et de mise en sécurité des caves du logis Renaissance du château. Une réunion qui fut précédée par la visite des lieux, les nouveaux responsables à la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Montpellier, entrés en fonction en janvier 2017, ne connaissant pas le château.
 
Ce projet est la suite logique des campagnes de fouilles archéologiques qui eurent lieu au cours des années 2013 à 2016. Pour illustrer mon propos je vous propose entre autres une très belle photo de la cour du château, prise d’un drone (en cliquant dessus vous pouvez l'agrandir). Cette vue d’ensemble permet, je pense, de mieux se rendre compte des différents travaux effectués. Donc ceux-ci portèrent d’abord sur la cour castrale avec, en résumé, la découverte du niveau du sol d’origine soigneusement pavé (flèches oranges) et le dégagement d’un petit escalier en très bon état conduisant aux caves (flèche verte) ; les deux flèches rouges indiquent un pas de porte de ce qui semble avoir été un petit vestibule qui desservait l’entrée des caves et une grande pièce sur la gauche, celle-ci communicant sans doute avec l’ensemble des bâtiments et ses étages ; d’un système d’écoulement des eaux au pied de la tour Sandeyran (flèches jaunes), ainsi qu’un ancien accès de puisage de la citerne souterraine, situé près de l’entrée principale de la cour (flèche bleu) ; les flèches violettes montrent des murets construits par l’archéologue pour empêcher la terre d’envahir les zones de fouille. Ensuite le sondage de la fameuse citerne, jouxtant les caves, en grande partie comblée ; mais je vais transcrire ici un extrait de la synthèse – écrite par Sophie Aspord-Mercier, archéologue – de ces dernières fouilles très intéressantes :

« (…) La fouille minutieuse du comblement de la citerne a révélé diverses pierre de taille dont une finement sculptée d’un décor de feuillage pouvant dater des XIIème, XIIIème siècles. Plusieurs pavés en calcaire issus de la cour astrale et des pièces du rez-de-chaussée du logis Renaissance, des fragments de dalles en terre cuite, de brique, de parefeuille, de tuile et de nombreux tessons de poterie ont également été retrouvés. Parmi ceux-ci fut découvert un fragment d’un pot à pâte cuite à très haute température ayant l’aspect du grès de couleur gris clair. L’émaillage fin et régulier tend à entrevoir un aspect industriel pouvant dater de la fin du XIXème siècle, voire du début du XXème siècle. De toute évidence, le comblement de la zone éventrée résulte d’un remaniement intentionnel entrepris bien après l’abandon du site. »

« Si la stratigraphie a été fortement remaniée dans la partie orientale de la citerne, le comblement opposé s’est avéré moins perturbé. Une majorité de tessons de poterie issue des productions locales et régionales datant principalement des années 1600-1750 déterminent de la vaisselle de la vie quotidienne telles que les pichets, les cruches, les assiettes creuses, les bols à oreille ou les orjols. Un tesson à pâte rouge foncé avec dégraissant et quelques fragments de céramique commune à pâte rose clair fine et recouverte d’engobe légèrement ocré sont représentatifs des XIIIème, XIVème siècle. Le comblement comprenait également une importante quantité de fragments de tuile à pâte rouge ou ocre, ainsi que des fragments de tuile vernissée à l’extrémité triangulaire recouverte d’une glaçure de couleur ocre-beige ou verte. Les ateliers de tuiliers briquetiers à Tornac ou Atuech, mentionnés entre les XVIIème et les premières décennies du XXème siècle, tendent à suggérer une production locale. »

« En conclusion, la construction de la citerne a été entreprise durant le chantier de transformation du site castral primitif en maison forte suite à l’acquisition du mas de Sandeyran par Pierre de la Jonquière en 1564. Soigneusement bâtie dans le rocher, la
maçonnerie conserve majoritairement ses enduits hydrauliques d’origine. Une seule campagne de reprise d’étanchéité de la totalité des parois sur une hauteur maximum de 1.00 m et quelques reprises ponctuelles de la chape de fond et du puisard ont été observées.
Délaissé suite à l’incendie de 1792, le château semble avoir servi de carrière de pierres et a fait l’objet de démontage régulier des encadrements de baies, des voûtes, des dallages et des toitures au cours de la seconde moitié du XIXème siècle. Les matériaux brisés et inutilisables ont été volontairement jetés dans la citerne qui a été partiellement fouillée et détruite vers l’extrême fin du XIXème siècle ou durant les premières décennies du XXème siècle. Le chantier de restauration entrepris dans les années 1977 a également fortement perturbé le comblement de celle-ci. (…) »

 
Je ne vais pas aujourd’hui vous décrire le projet développé par notre architecte concernant les caves (La photo montre leur enfilade avec le puits de lumière indiquant la partie effondrée. Tout au fond se trouve la citerne). A ce jour nous attendons toujours la réponse de la DRAC, favorable ou non aux travaux envisagés. Un autre billet sera consacré au sujet le moment venu, d’autant plus qu’il y a de fortes chances pour qu’un certain nombre de modifications ait lieu en cas d’acceptation…

14 mai 2017

Un samedi lumineux avec une joyeuse équipe d’auteurs…

C’est sous l’égide et l’organisation de Louise et Michel Caron, eux-même membres des « Ecrivains Associés du Théâtre », que la municipalité d’Anduze a été ravie et honorée de recevoir autant de personnalités à la fois dans un même domaine littéraire, celui de l’écriture théâtrale.

Des auteurs dramatiques bienvenus dans notre vieille cité dont le labyrinthe historique est loin d’avoir livré tous ses secrets. Un dédale que les anciens historiens locaux au cours des siècles ont aimé parcourir mais aussi souvent s’y perdre. C’est pareil pour ceux d’aujourd’hui, même s’ils espèrent un jour trouver un fil d’Ariane qui leur permettra d’obtenir des réponses cohérentes à leurs nombreuses questions…

Mais l’Histoire c’est aussi le présent et avec cette manifestation inédite nous avons pu, grâce à cette joyeuse équipe, écrire une nouvelle page à celle d’Anduze. Une page culturelle atypique qui nous a permis de mieux connaître les différents processus d’écriture menant à la conception d’une œuvre théâtrale. Chaque intervenant, tiré au sort dans l’ordre d’apparition, nous a présenté le résultat de son travail du jour — avec quelques fois l’aide d’un collègue pour la lecture — sur un thème imposé par Louise et Michel : le labyrinthe, avec une phrase obligatoire à insérer dans le texte « Parvenir à se perdre, il existe mille façons ». Ces littéraires représentent un profil particulier du métier d’écrivain puisque leurs créations sont appelées à être prolongées de façon concrète à travers une mise en scène et une interprétation de leurs œuvres par des comédiens ; il leur faut donc déjà une bonne connaissance du milieu théâtral et la maîtrise de ses différents modes d’expression, avec leurs rythmes et leurs respirations déterminés par des textes écrits sur mesure. Ensuite une bonne compréhension de la nature humaine et de sa psychologie pour pouvoir exprimer le plus justement possible diverses situations à travers un vocabulaire adapté, ceci grâce à la richesse exceptionnelle de notre langue française.

Merci encore à ces femmes et hommes de lettres d’avoir apporté avec talent et simplicité ce bel éclairage sur une profession assez méconnue du grand public. Il nous permettra, après cette soirée brillante d’où nous sommes sortis j’en suis sûr un peu plus intelligents, de mieux appréhender et apprécier la qualité de nos futurs spectacles théâtraux…

27 avril 2017

Anduze va recevoir une vingtaine d’auteurs dramatiques !…


L’offre culturelle de la municipalité d’Anduze laisse depuis longtemps une place importante au domaine théâtral dans toute sa diversité. Aussi, quand les Anduziens Louise et Michel Caron sont venus nous solliciter pour une collaboration à cette manifestation littéraire inédite qu'ils organisent en leurs noms propres autour d’une vingtaine d’auteurs dramatiques de théâtre, se déplaçant jusqu’à la Porte des Cévennes, nous ne pouvions qu’accepter avec enthousiasme !

Ces professionnels de l’écriture, tous membres des EAT (Ecrivains Associés du Théâtre) et venant d’horizons différents, vont participer le 13 mai prochain à un « atelier d’écriture nomade » dans le cadre enchanteur de la Bambouseraie. Dans ce lieu propice à la créativité, ils rompront avec la solitude de l’écriture pour échanger des expériences et des méthodes de travail sur un thème donné, dévoilé au dernier moment.

Ensuite, en fin d’après-midi, ils donneront rendez-vous au public à partir de 17h30 dans un autre lieu magique, le parc des Cordeliers, pour livrer le résultat de cet exercice, avec pour chacun la lecture d’un extrait de leur production. Cette restitution permettra de découvrir les divers processus de création qui président à la construction spécifique d’une œuvre théâtrale et d’engager une discussion. Alors bien sûr cet événement est destiné à tous ceux « qui portent un intérêt au théâtre, aux compagnies théâtrales, comédiens, metteurs en scène, organisateurs de spectacles, directeurs de structures d’accueil, centres dramatiques, élèves des classes théâtre de la région, et naturellement tous les amoureux de la langue et du spectacle vivant sans restriction ».
 
Mais, plus largement, c’est une occasion rare de rencontrer en un même lieu tous ces auteurs contemporains, détenteurs de solides références mais paradoxalement souvent peu connus du grand public, et ainsi dans une ambiance conviviale de mieux appréhender cette profession particulière et essentielle à la création théâtrale. Voici quelques mots de Louise, repris de l’article du journal d’Alès Agglo, qui résument parfaitement bien l’état d’esprit de cet événement : « Recevoir ces auteurs est une suite logique à l’accueil de spectacles de théâtre. Que serait le théâtre sans Molière, Feydeau ? Faut-il pour autant oublier les vivants qui témoignent de l’époque ? Leurs pièces résonnent du bruit du monde, parlent de nos espoirs et de nos désespoirs. Ils nous font rire, pleurer, rêver. Rien de ce qui est humain ne leur est étranger. »

Quelle soirée brillante en perspective !…

15 avril 2017

Sabre au clair !…

Ce vingt neuf septembre 1806, cela faisait quatre jours que Napoléon 1er avait quitté vers quatre heures du matin le château de Saint-Cloud pour rejoindre sa Grande Armée stationnée en Allemagne. Une nouvelle guerre s’annonçait au galop avec cette fois, parmi les pays de la coalition contre lui, la puissante Prusse. Son roi, s’adressant à son allié Russe début septembre, se déclara être prêt à attaquer « le perturbateur du repos de l’univers ».
Mais après moins de quarante jours de batailles, d’odeurs de sang et de poudre à canon, de sabres au clair et de poursuites, les Prussiens subirent la plus grande défaite militaire de leur histoire avec la destruction totale de leur armée. L’heure du grand « perturbateur » n’était pas encore venue…

Ce jour là donc, le juge de paix d’Anduze et son canton apprit qu’un certain Simon Fontibus avait décidé lui aussi de faire sa guerre, sabre au clair, mais… à sa femme ! Eh oui, que voulez-vous, à chacun son ambition et son destin… 

« Cejourd’hui vingt neuf septembre mille huit cent six a cinq heures de relevée devant nous Jean Coulomb aîné juge de paix officier de police judiciaire de la ville et canton d’anduse et dans notre cabinet au dit anduse assisté de Jacques Gache notre greffier.
« Est comparue Jeanne Almeras épouse du sieur Soujol tailleur d’habits, habitante de cette ville d’anduse, laquelle nous a requis de rédiger la plainte qu’elle vient nous rendre des faits ci après détaillés à quoi nous avons procédé d’après les déclarations de la dite Soujol qui a dit que samedi dernier le nommé Simon Fontibus, commis à l’octroi, habitant de cette dite ville vint dans sa maison environ les sept heures du soir sous prétexte d’acheter du tabac, pour voir si sa femme avec qui il est brouillé depuis quelque tems y était. On lui répondit qu’elle était couchée, sur cela il tint les propos les plus scandaleux les plus outrageans contre la dite femme. Et après avoir resté quelque tems il s’en fut, mais le jour d’hier, il vint encore pour acheter du tabac environ les huit heures du soir, fit encore du train au sujet de sa femme. Et cependant étant sorti, on crû que cela serait fini qu’il ne reviendrait, point du il revint demie heure après. Entra, et s’adressant au mari de la plaignante lui dit vous m’avez trahi. La plaignante et son mari le voyant comme furieux et armé d’un long sabre, s’effrayèrent et lui répondirent qu’il demanda à tout le monde s’ils l’avaient et même s’ils étaient capables de le faire. Alors le dit Fontibus sacrant menassant dit qu’il voulait avec son sabre couper les bras et les jambes à sa femme, que personne n’était dans le cas de l’en empêcher, qu’il se foutait de la justice, qu’il était maître et que si on lui fermait la porte il la briserait. Et après avoir dit une infinité d’injures il sortit à la rue et promena jusque a dix heures et demie au devant de la porte avec son sabre sous le bras. C’est pour cela que la plaignante est venue porter sa plainte, afin que si le dit Fontibus effectuait ses menaces il fut puni conformément aux loix. Sous lesquels faits elle affirme vrais et sincères et désigne pour témoins diceux les sieurs Alien père Seite dit Caporal et Michel Fraissinet cordonnier et du tout requiert acte. Requise de signer a dit ne pouvoir le faire a cause de sa vue. »

1 avril 2017

Anduze et sa tour de l'Horloge rénovée…

Photo Ronan Pierredon
Photo Gaussent




































Hier nous nous sommes rassemblés pour inaugurer la rénovation interne de l’un des monuments les plus emblématiques de la ville d’Anduze, témoin privilégié de notre histoire locale du Moyen-âge à nos jours. Une histoire plus ou moins mouvementée selon les époques qui lui a laissé de nombreuses cicatrices dans la pierre, qu’elles soient en façade ou au cœur de ses entrailles. Certaines d’entre elles demeurent d’ailleurs encore mystérieuses à ce jour, laissant perplexes archéologues et autres chercheurs chevronnés. 

Il faut dire que cette tour médiévale du quatorzième siècle a subi de nombreux remaniements au cours de sa longue existence, les plus spectaculaires d’entre eux étant sans conteste ceux des seizième et dix-septième siècle, liés à l’arrivée de l’horloge mais aussi aux guerres de religion. Toutes ces transformations, commencées d’ailleurs dès le Moyen-âge avec une construction de l’édifice en plusieurs étapes, ont fini, en se chevauchant, par masquer plus ou moins les marqueurs architecturaux qui permettraient une datation plus précise des différentes modifications. Mais ce sont sans aucun doute ces belles rides qui font aussi le charme de notre vieille dame ; sans compter son statut de survivante au démantèlement des fortifications, ordonné par Richelieu au lendemain de la signature de la Paix d’Alais en 1629. Elle fut épargnée grâce à sa fonction d’horloge de ville. Celle-ci rythme la vie de la cité depuis le milieu du XVI ème siècle et si aujourd’hui nous bénéficions d’un mouvement électrique pour une plus grande fiabilité, les Anduziens entendent toujours le son de la même cloche depuis plus de trois cents ans…

Entre l’appel d’offre de sélection d’un architecte et la fin des travaux, cinq années furent nécessaires. Quand monsieur le maire d’Anduze et moi-même sommes allés défendre notre projet à la direction régionale des affaires culturelles de Montpellier, nous avons tout de suite bénéficié d’une écoute attentive et favorable. Aussi nous n’oublions pas de remercier aujourd’hui le conservateur régional des monuments historiques de l’époque, Delphine Christophe, ainsi que son collaborateur chargé de notre dossier, Jean-Marie Baroy. A la subvention de la DRAC, il faut ajouter avec nos remerciements celles de la Région et du Département qui nous permirent de boucler notre budget global de 240 000 € dont un autofinancement pour la municipalité de 145 000 €.

Prévue pour six mois, il a finalement fallu plus d’un an pour effectuer la rénovation interne de la tour de l’Horloge. Pour ces travaux d’exception, cinq corps de métiers furent à l’ouvrage sous la maîtrise d’œuvre des architectes du patrimoine Frédéric Fiore et sa collaboratrice Maryline Gobin. La municipalité les remercie vivement d’avoir conduit ce projet avec toute la compétence nécessaire, accompagnée d’une grande pugnacité pour arriver à résoudre les différents problèmes rencontrés pendant les travaux, quelques fois épineux, et inhérents à ce genre de chantier où dominent les contraintes patrimoniales.
Maçons, ferronniers, menuisiers, électriciens et horlogers furent présents au chevet de notre gardienne du temps pour exprimer leurs savoir-faire professionnel dont nous pouvons voir le magnifique résultat aujourd’hui.
Un grand merci donc à l’entreprise de maçonnerie SELE de Nîmes, la ferronnerie ROMANO de Combas, l’entreprise SOREA d’Anduze pour l’électricité et l’éclairage, BODET Campanaire de Bruguière (Hérault) pour tout ce qui touche à l’horlogerie et au paratonnerre, et enfin l’entreprise BLACHERE et fils de Bagard pour la menuiserie.

Du rez-de-chaussée à la terrasse sommitale, notre Monument Historique (inscrit en 1978) possède cinq niveaux avec autant de configurations différentes. C’est ce qui a compliqué la mise en place sécurisée des escaliers en fer forgé, du plus bel effet sur les vieilles pierres et dont chacun fut conçu sur mesure en fonction de l’espace disponible.
L’accès le plus délicat à mettre au point a été sans aucun doute le passage du troisième étage à la terrasse, celle-ci n’étant desservie que par un « trou d’homme » circulaire, d’origine et de seulement un mètre de diamètre, traversant la partie centrale de l’épais plafond en coupole. La solution d’un petit escalier hélicoïdal permet maintenant d’accéder, pour quelques personnes à la fois en toute sécurité, aux créneaux de la tour. Une estrade installée sur le pourtour offre une vue inédite sur la ville d’Anduze et ses environs à 360 degrés : un véritable paradis pour les photographes et autres cinéastes amateurs de magnifiques paysages !
Si une partie des aménagements intérieurs sera consacrée à la mémoire anduzienne dans tous les domaines qui ont contribué au cours des siècles à construire une forte identité qui fait aussi sa notoriété, une place importante sera aussi dédiée ponctuellement à la création artisanale locale contemporaine.

C’est pour cette raison que nous avions choisi symboliquement la date du vendredi 31 mars 2017, démarrage de la onzième édition des Journées Européennes des Métiers d’Art. Cette année, le thème est « savoir-faire du lien » et c’est bien cela la préoccupation première de la politique culturelle de la municipalité. Car si nous sommes très attachés et attentifs à notre patrimoine ancien et à notre histoire, nous n’en travaillons pas moins au présent à essayer de susciter des rencontres diversifiées et enrichissantes pour tous à travers manifestations et autres expositions.
Nous remercions donc vivement les trois créateurs locaux d’avoir accepté notre invitation à venir investir les lieux atypiques du monument pendant quelques jours pour nous présenter quelques unes de leurs meilleures œuvres jusqu’au dimanche 2 avril.
Il s’agit de Marie Farenc avec ses créations aériennes en fil de fer, Tom Jung, tourneur et sculpteur sur bois, et Jean Luc Gonzalez, notre relieur d’art.

Grâce à sa restauration et aux espaces inédits désormais accessibles au public, la tour de l’Horloge optimise sa destination patrimoniale et culturelle pour devenir un véritable monument vivant. A l’heure des nouveaux enjeux de l’agglomération d’Alès avec l’agrandissement significatif de son territoire, la Porte des Cévennes conforte, avec la réalisation de ce projet, son image de cité historique, culturelle et touristique pour le bénéfice et le rayonnement de toute la communauté…

18 mars 2017

Dernière partie de cartes à Tornac…

Une fois n’est pas coutume, ce 7 décembre 1806, le juge de paix du canton d’Anduze enregistra deux plaintes coup sur coup provenant de ce charmant et calme village de Tornac où il fait si bon vivre pourtant
Deux dépositions intéressantes pour les noms de famille qui ne laisseront pas indifférents les amateurs tornagais d’histoire locale ; certains d’entre eux sont d’ailleurs liés à la poterie et on les retrouve cités dans le fameux livre de Laurent Tavès.

Dans le cas présent il s’agit d’une simple partie de cartes entre « amis » qui dégénère en un véritable pugilat ! Les écrits ne précisent pas si de l’argent était en jeu, mais l’indice du vin permet déjà d’expliquer sans doute en grande partie ce déchaînement de violence…
Voici la première plainte reçue par Jean Coulomb aîné à dix-huit heures ce jour-là (toujours recopiée telle) :

« Est comparu Jean pierre Saix fils agriculteur habitant à Bouzene commune de Tornac lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés, a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Saix qui a dit, qu’il y a environ une heure et demie, il était chez le sieur françois Astruc au dit Bouzene, à boire une bouteille de vin, et s’amusait à jouer aux cartes, avec les nommés Louis Pompeira, du mas Blanc, et Louis Bourguet du mas Rey, commune du dit Tornac. Voyant que le plaignant gagnait la partie, le dit Pompeira a pris les cartes et lui a dit qu’il avait perdu, au contraire lui a répondu le comparaissant j’ai gagné, et si vous enlevés les cartes c’est pour me faire perdre. Alors les dits Bourguet et Pompeira lui ont tombé dessus, l’ont pris par les cheveux, lui ont donné des coups de poings et des coups de pieds et sans les personnes qui sont survenues, l’auraient sans doute laissé sur les carreaux. Observant le plaignant qu’au moment que les susnommés lui ont cherché querelle le dit Pompeira est venu fermer la porte et s’est emparé d’une chaise. Sous lesquels faits le dit Saix affirme vrais et sincères désigne pour témoins d’iceux, Louis Teissier potier de terre et Jean Guerin fabricant de bas tous de la commune de Tornac, et du tout requiert acte se déclarer partie civile et a signé »
 

Une demi-heure plus tard le juge et son greffier virent arriver le deuxième plaignant. Il s’agit cette fois de Louis Pompeira a qui l’auteur de « le vase d’Anduze et les vases d'ornement de jardin »  consacre un paragraphe sous l’orthographe Pompeirac dans son chapitre « Les oubliés de l’histoire »

« Est comparu Louis Pompeira potier de terre, habitant au mas Blanc commune de Tornac lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Pompeira qui a dit qu’il y a environ deux heures, ils étaient a boire une bouteille de vin chez le sieur françois Astruc à Bouzene et s’amusait à jouer avec les nommés Louis Bourguet et Jean pierre Saix au dit Bouzene au jeu des cinq cartes. Le comparaissant voyant que Bourguet avait fait les deux premiers plies et que le valet de cœur qu’il avait dans sa main lui en faisait une a pris les cartes en disant Bourguet a gagné le point, alors le dit Saix lui a dit qu’il avait gagné, qu’on voulait le tromper, s’est levé et d’une raison à l’autre, ce dernier a donné un coup de pied entre les cuisses du plaignant qui a manqué le renverser par terre, et lui a sauté aux cheveux, mais les personnes qui sont survenues ont empêché qu’ils le maltraitassent, et chacun s’est retiré. Sous lesquels faits le comparaissant affirme vrais et sincères désigne pour témoins d’iceux, les nommés Guillaume Boissier fils, Bastide neveu du dit françois Astruc, Louis Teissier potier de terre et Jean Guerin fabricant de bas, tous de la commune de Tornac, et du tout requiert acte se déclarer partie civile et a signé »


Si on avait le sang chaud à l’époque avec l’insulte et le coup de poing faciles, le plus étonnant reste que les principaux protagonistes n’hésitaient pas non plus à faire dresser procès-verbal avec témoins de leur mauvaise fois respective, quittes à encourir une sanction. Allez savoir, peut-être ici retrouve-t-on le véritable esprit reboussier !

3 mars 2017

Camille Claudel…

Quand on regarde cette photographie ancienne de la jeune et jolie artiste aux yeux clairs, on comprend, en plus de son talent exceptionnel, tout l’intérêt amoureux qu’éprouva Auguste Rodin… Un sentiment partagé par Camille et exacerbé par une passion commune pour une sculpture exigeante de haut niveau où leurs créativités individuelles se rejoignaient.
Mais avec le temps cette relation, bénéfique à l’un et l’autre au début, montra tout son déséquilibre professionnel, Camille Claudel ne parvenant pas à obtenir une véritable reconnaissance officielle de son remarquable travail. Etre une femme libre et de surcroit artiste dans cette société puritaine de la fin du dix-neuvième siècle fut certainement son premier handicap, l’ombre du maître en étant un autre.
L’image de femme de caractère qu’elle renvoyait masquait en réalité une sensibilité à fleur de peau qui se cristallisa progressivement en une fragilité psychologique dont elle devait avoir la prédisposition. Cette fragilité, nourrie par ses frustrations et ses déceptions, amena la rupture avec Rodin et alors
commença pour cette femme d’exception une longue descente aux enfers…

Il a fallu une connaissance approfondie de l’histoire hors du commun de Camille Claudel et un ressenti particulier à Louise Caron pour écrire le beau texte inédit (*) qu’elle nous a proposé samedi dernier, salle Ugolin. Il s’agit d’un dialogue imaginaire entre la sculptrice et son frère Paul, lors d’une visite de celui-ci à l’atelier de sa sœur. Une rencontre en décembre 1905, avant le départ de l’écrivain et poète pour la Chine où il exerçait la fonction de consul.
Il y a d’abord la qualité de l’écriture, ce qui ne fut pas une surprise de la part de Louise, plume reconnue aujourd’hui dans le milieu théâtral et littéraire ; le fait d’avoir un texte particulièrement bien ciselé contribue évidemment de façon essentielle au succès de ce type de manifestation. Ensuite qui mieux que le couple Caron pouvait nous en offrir la lecture, installé derrière deux pupitres, avec cette présence charismatique que seules les années d’une longue complicité peuvent permettre ; une interprétation traduisant à merveille la relation très forte mais compliquée et quelques fois ambigüe qu’entretenaient le frère et la sœur.
Le décor, sobre, était simplement composé du choix judicieux d’une magnifique sculpture de Patricia Denimal, mais aussi d’un piano droit d’où la musicienne Françoise Samarcq accompagna avec sensibilité les paroles des deux comédiens. Une belle réussite pour cette première, d’ailleurs le public ne s’y est pas trompé en saluant la performance par de longs applaudissements…
 

(*) CAMILLE ET PAUL - Folie, un autre mot pour amour - Louise Caron - Aux Editions de la Librairie théâtrale - www.librairie-theatrale.com