C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

27 novembre 2020

Une fenêtre sur l’histoire de la place Couverte…

En 2017/2018 eut lieu la rénovation complète – et il en avait bien besoin ! – de l’un des plus vieux immeubles qui ceinturent la place Couverte. Au cours du décroûtage de la façade, en octobre 2017, les ouvriers mirent au jour une magnifique petite fenêtre en pierres taillées de style gothique, en excellent état.

Celle-ci avait certainement été comblée au plus tard au dix-huitième siècle lors d’un changement des baies du bâtiment, avec sans doute aussi une redistribution de l’espace intérieur des différents appartements.

C’est un nouveau propriétaire des lieux qui conduisit et participa lui-même aux lourds travaux de l’immeuble. Celui-ci est situé sur la gauche de l’entrée de la rue Notarié en partant de la place. Ce fut une réhabilitation sérieuse, faite dans les règles de l’art et respectueuse des contraintes patrimoniales du site ; une constatation malheureusement rare à Anduze pour être soulignée. Le particulier/entrepreneur décida, après en avoir prévenu la municipalité, de conserver visible cette jolie fenêtre sur sa façade entièrement restaurée…

Tant mieux pour Anduze car, en dehors du fait de son caractère architectural devenu atypique aujourd’hui au cœur du centre historique de la cité, elle témoigne de l’histoire très ancienne de son immeuble et plus largement de la place Couverte.
Etant particulièrement bien située, certains locataires ou propriétaires du logis dont elle dépendait, et qui se sont succédés pendant quelques siècles, ont dû être témoins à travers cette ouverture de bien des événements de l’histoire ancienne d’Anduze. A ce propos je ne peux m’empêcher de penser à l’un des épisodes les plus dramatiques des guerres de religion au seizième siècle et qui se passa sur la place Couverte en 1557, devant la fontaine (celle qui précéda la fontaine Pagode, non encore créée). C’est l’un des notaires d’Anduze de l’époque, Etienne de Cantalupa, qui consigna par écrit les circonstances du supplice de Claude Rozier :

« Nota, que le dimanche 22è du mois d’aoust, frère Claude Rozier, cordellier de la ville d’allès, ayant prêché la caresme passée dans la ville d’Anduze, et découvert les abus de la papaulté, l’official de Nismes fit enquérir contre lui ; mais il se retira à Genève et se maria. Et estant venu de sa part, fut prins et condamné par messires Malras, et d’Alson (d’Aussone) estans en ce pays, à faire amende honoraire, la langue couppée, et bruslé à petit feu au devant de la fontaine, le jour susdit, et moureust en vray martir, sostenant toujours la religion » (Registres d’Etienne de Cantalupa, année 1557, folio 62, verso).

La beauté de cette petite fenêtre et son rétablissement dans le décors de la place Couverte viennent confirmer de la plus belle des façons que des trésors cachés, petits et grands, restent toujours à retrouver et à mettre en valeur dans notre cité historique. Quand en plus le découvreur, à l'image de ce propriétaire dynamique, a la fibre patrimoniale, c'est la cerise sur le gâteau !…
 

Les deux photos ont été prises dans les jours suivant la découverte de la fenêtre.

13 novembre 2020

Pierre d’Anduze : un destin religieux atypique… 2

A Saint-Gilles, frère Pierre d’Anduze va devenir au fil des années l’un des proches collaborateurs de maître Géraud, fondateur de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Nous le retrouvons témoin de divers actes passés entre l’ordre et les autorités ecclésiastiques traditionnelles. C’est sans aucun doute à cette époque que Pierre développa ses talents de conciliateur et de négociateur qui lui permirent de se faire remarquer par les hautes instances religieuses.

A la mort de Géraud, en 1120, le poste suprême resta occupé quelques temps de façon transitoire par des frères successifs jusqu’à la nomination de Raimond du Puy vers 1123. Celui-ci est surtout connu pour avoir fait évoluer les statuts de l’ordre et permettre ainsi aux Hospitaliers de défendre aussi par les armes les pèlerins et les lieux saints.

En 1121 c’est Hugues, abbé de Saint-Gilles, qui décède après avoir lancé quelques années plus tôt les bases de la nouvelle et immense église abbatiale, destinée à recevoir les pèlerins de plus en plus nombreux. Sa construction, souvent interrompue pour des raisons politiques ou financières, va durer des années pour finalement n’être jamais complètement terminée.
Son sacerdoce fut aussi marqué par le grave conflit qu’il vécut avec le comte de Toulouse Alphonse Jourdain, celui-ci voulant récupérer certains domaines, droits et taxes qui furent donnés par son père Raimond IV à l’abbaye avant son départ sans retour pour la première croisade. N’ayant de compte à rendre qu’au pape, Il se battra aussi pour que le monastère garde son indépendance – et donc une certaine puissance – et ne passe pas sous la domination de l’abbaye de Cluny et de son puissant abbé qui en faisait la demande insistante.

C’est certainement la conjonction de tous ces événements qui favorisèrent la nomination par le pape Callixte II de Pierre d’Anduze à la haute et prestigieuse fonction d’abbé de Saint-Gilles.
En 1132 le pape Innocent II arbitra le différent entre l’abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, et celui de Saint-Gilles, Pierre d’Anduze, en autorisant simplement un droit de regard du premier sur l’abbaye, le second gardant toute son autorité sur le gouvernement de celle-ci. Il fut souvent demandé à Pierre de participer aux règlements de contentieux entre abbés ou seigneurs. L’ancien Hospitalier qu’il était entretint aussi de bonnes relations avec l’ordre des Templiers quand celui-ci vint s’installer à Saint-Gilles.

1150 verra l’accession de notre abbé à la fonction d’archevêque de Narbonne. Ermengarde, vicomtesse de cette ville, contribua certainement à cette élection : ayant épousé Bernard III d’Anduze en 1145 – des secondes noces pour tous les deux –, Pierre faisait partie de la famille ! Cette femme de caractère, dont les circonstances ont fait d’elle l’héritière d’une seigneurie qui ne lui était pas destinée à l’origine, n’eut jamais d’enfant mais a toujours défendu ses terres avec ardeur, n’hésitant pas à conduire elle-même ses chevaliers à la bataille.

Une belle fin de « carrière » pour Pierre, ce cadet de la Maison d’Anduze. Il ne profita pas très longtemps de son siège épiscopal : il décéda six ans plus tard…

N.B. – Comme beaucoup de personnages du Moyen-âge, par manque de documents la vie de Pierre d’Anduze est parsemée de zones d’ombre au milieu de faits avérés, notamment pour l’identité de ses parents où les historiens sont souvent en désaccord entre eux ; même ceux de l’ « Histoire de Languedoc » ne sont pas très clairs… Dans les deux billets lui étant consacrés j’ai donc fait un « choix de parents » (Voir la partie 1) en fonction de la chronologie des dates et des événements qui me paraissait la plus logique, mais cela ne reste qu'une hypothèse.

30 octobre 2020

Pierre d’Anduze : un destin religieux atypique… 1

Dans l’histoire d’Anduze au Moyen-âge nous connaissons tous à peu près les noms des seigneurs qui composèrent la Maison des Bernard et Bermond pendant quelques siècles ; même s’il reste des blancs et des doutes sur certaines filiations au commencement de l’arbre généalogique, les principaux chefs de famille qui se sont succédés dans les différentes branches sont identifiés et reconnus.

Si les frères et sœurs de ces seigneurs étaient appelés toute leur vie à demeurer plus ou moins dans l’ombre de leurs aînés, certains, de par leurs alliances ou nominations, contribuèrent indirectement à faire briller la Maison d’Anduze en dehors de son territoire propre et augmenter ainsi son influence.
Ce fut le cas de Pierre d’Anduze, qui en est aussi l’exemple le plus atypique par son parcours surprenant vers les hautes sphères du pouvoir religieux de l’époque…

Le seigneur Raimond d’Anduze épousa en 1074 Ermengarde, récente et jeune veuve de Guillaume III de Montpellier (*). Ils eurent deux garçons, le futur Bernard III et Pierre, le cadet.
Ermengarde avait déjà assuré la succession à Montpellier avec son fils Guillaume V. Celui-ci participa à la première croisade en accompagnant Raimond IV, comte de Toulouse.
Il est possible que Guillaume entraîna Pierre, son jeune demi-frère, dans cette véritable aventure. Une fois en Terre Sainte et à partir de 1099, date de la prise de Jérusalem, ceux-ci furent certainement en contact avec l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem et son hôpital, situé près du Saint-Sépulcre. Il accueillait depuis de nombreuses années déjà les pauvres et les pèlerins malades. C’est peut-être cette rencontre qui déclencha la vocation religieuse du chevalier Pierre d’Anduze… 

Une hypothèse qu’aucun document ne vient confirmer mais qui résulte d’une réflexion issue de la suite des événements narrée dans l’ « Histoire de Languedoc » de Vic et Vaissette.
En effet, les historiens nous apprennent que l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem va s’enrichir et recevoir notamment d’importants domaines et dons des seigneurs croisés. Décidé à élargir ses activités par la création de nouveaux hôpitaux, mais cette fois-ci en occident, il choisira en 1112 la stratégique Saint-Gilles pour le premier d’entre eux.
A l’époque la ville, située sur les terres du comte de Toulouse, est à l’apogée de sa renommée grâce à son pèlerinage et son abbaye. Son deuxième atout et non des moindres est son port, le second en Europe après celui de Gènes. Celui d’Aigues-Mortes n’existant pas encore, les pèlerins se bousculent pour la destination de la Terre Sainte.

Vic et Vaissette, nos moines et auteurs de l’ « Histoire de Languedoc » nous confirment qu’au moment de la création de cet hôpital Pierre était présent : « Plusieurs gentilshommes d’entre les maisons les plus qualifiées de la Province embrassèrent le nouvel institut des hospitaliers de Jérusalem dès son commencement. Aton, archevêque d’Arles, fait mention entre autres de Pierre d’Anduze & de Pons de Montlaur (…) »

A suivre

(*) Au Moyen-âge la Maison d’Anduze et celle de Montpellier entretenaient des relations particulières très étroites d’amitié.

L’illustration est un tableau d’Antoine Favray, peintre français du dix-huitième siècle, représentant le frère Géraud, fondateur de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, recevant Godefroy de Bouillon dans son hôpital lors de la première croisade.

16 octobre 2020

Anduze et les comtes d’Adhémar… 2

Louis-Pierre-Alexis avait trois ans quand son père, enrôlé dans l’armée révolutionnaire, décéda le 17 novembre 1793 pendant la campagne des Pyrénées. Aîné des héritiers de cette branche de la famille et sans doute devenu très proche de son grand-père, il lui a tenu à cœur de persévérer dans les démarches de celui-ci pour retrouver enfin son patronyme d’origine : d’Adhémar au lieu d’Azémar.

Entre-temps sa mère, veuve et maman de deux très jeunes garçons, va épouser en 1796 Antoine-Frédéric-Louis, le frère de leur père… Elle lui donnera quatre enfants, confortant ainsi cette deuxième branche familiale.

Antoine-Frédéric-Louis comte d’Adhémar de Colombier, l’oncle et donc beau-père de Louis-Pierre-Alexis, s’il fut à partir de 1791 chef de bataillon de la garde nationale de Nîmes, n’en fut pas moins suspendu en 1793 pour avoir montré son attachement à la famille royale ; pour cette époque particulièrement brutale il s’en sortait plutôt bien !
Commandant de la garde nationale d’Anduze pendant la période des Cents Jours et resté fidèle à ses convictions, il aida monsieur de Roussy du Vigan et son corps d’armée royale à échapper à une embuscade dans la nuit du 2 au 3 avril 1815.
Le 17 juillet 1815 il sera confirmé commandant pour le roi de la ville d’Anduze (deux jours après la fin des Cents Jours et la reddition aux Anglais de Napoléon).

Vers la fin de ce même mois de juillet, de retour de Lédignan où il était passé faire une inspection, il fut intercepté à hauteur de Lézan par une grande troupe d’hommes armés qui le prirent à partie ; il trouva refuge chez le maire du village, un certain Valcre, qui le fit s’échapper par un chemin détourné ; mais il fut de nouveau repéré et reçut « trois décharges de mousqueterie ». A priori il s’en était bien remis puisqu’il décéda en 1858, à l’âge de 89 ans.
Son neveu, Louis-Pierre-Alexis fut toujours très attaché à Anduze, sa ville de naissance, même si sa longue carrière militaire qu’il commença très jeune lui fit terminer sa vie en 1864 à Montpellier. C’est lui, précise André Georges Fabre dans son livret sur le temple d’Anduze, qui offrit la table de communion une fois la construction du grand monument achevée.

L’histoire de la Maison d’Adhémar est une véritable saga. Nombre de ses membres occupèrent les sphères parmi les plus prestigieuses de l’Histoire de France durant des siècles. Pour s’en convaincre il suffit de parcourir l’ « Histoire de Languedoc » de Vic et Vaissette et s’apercevoir que ce nom célèbre est présent de façon récurrente dans les textes.
Alors bien sûr on peut comprendre qu’au dix huitième et dix neuvième siècle une des branches les plus modestes du Languedoc de cette grande Maison, que l’on croyait pratiquement éteinte depuis le milieu du seizième avec la disparition de l'importante branche de Provence, eut le désir de se faire reconnaître avec son nom d’origine… Quand, dans vos racines les plus profondes, vous avez un souverain de Gênes ou un évêque du Puy légat du pape et chef de la mythique première croisade, pour une famille noble ce doit être une grande fierté d’être attaché à ce même patronyme !

Ce fut chose faîte avec l’Anduzien Louis-Pierre-Alexis, comte d’Adhémar…

L'illustration est une représentation des armes du comte d'Adhémar Louis-Pierre-Alexis.
Elles apparaissaient notamment en "ex-libris" sur la deuxième de couverture des ouvrages de sa bibliothèque.

2 octobre 2020

Anduze et les comtes d’Adhémar… 1

D’après le « Nobiliaire de France » édité en 1874, au neuvième siècle, Pépin, fils de Charlemagne et roi d'Italie, aurait donné « la souveraineté de Gênes avec la qualité de comte à son parent Adhémar dont les descendants le conservèrent pendant cent ans ». Je l’écris au conditionnel car, comme souvent avec les très vieilles familles nobles, les généalogistes ne sont jamais tous d’accord sur leurs origines…
En tous cas ce fut une famille très puissante et prolifique qui, au cours des siècles, s’est divisée en de nombreuses branches et rameaux. Selon ceux-ci et pendant très longtemps, Adhémar et Azémar furent les patronymes d’une même Maison. Cette différence d’orthographe serait venue un jour de l’erreur d’interprétation d’un copiste du fait que dans l’idiome languedocien le « dh » se prononce comme le « z ». La branche la plus prestigieuse par la hauteur de ses alliances au Moyen-âge fut sans aucun doute celle de Provence, ce qui ne l’a pas empêchée de s’éteindre au milieu du seizième siècle.

Mais c’est l’une des branches du Languedoc qui nous intéresse aujourd’hui avec des possessions qui étaient situées dans le Gard et notamment à l’Est de Vézénobres pour les plus importantes.  
Il n’est pas question ici d’en faire l’histoire mais d’évoquer certains membres de cette grande famille qui laissèrent une trace particulière au dix neuvième siècle dans notre département, dont Anduze.


Nous commençons par Pierre Melchior d’Azémar de Saint Maurice de Cazevieille, seigneur de Colombiers, d’Euzet, de Saint-Jean de Ceyrargues, du château du Grand-Teillan, baron de Suëlhes et vicomte d’Héran, né le 15 juillet 1740 à Saint Maurice. En retraite d’une carrière militaire commencée très jeune, il fut nommé en 1789 commandant des gardes nationales du Gard ; la Révolution le rattrapa pour l’enfermer dix sept mois. Plus tard, en 1803, c’est l’Empire qui l’appela pour le poste de sous-préfet d’Uzès, puis de préfet du Var en 1806 à Draguignan. En 1810 il fut fait baron de l’Empire. A cette date il prit aussi définitivement sa retraite et quitta une ville où il avait réussit à se forger une réputation d’homme bon et intègre, laissant un excellent souvenir à la population.
De retour chez lui au château de Teillan — situé sur la commune d’Aimargues – il réactiva une instance ouverte en 1784 pour récupérer le patronyme familial prestigieux de sa Maison d’origine : Adhémar. Ce fut fait au mois de juin 1817 par ordonnance royale. Mais un parent s’y opposa et le Conseil d’Etat transmis le dossier aux tribunaux ordinaires pour qu’ils statuent.

Pierre Melchior d’Azémar bénéficia de l'appui écrit des chefs de deux branches importantes de la Maison, mais malheureusement pour lui il ne verra jamais le résultat du procès ; il décéda à Teillan le 2 septembre 1821. C’est son petit-fils, Louis-Pierre-Alexis, né à Anduze en 1790, qui obtint de la cour de Nîmes un arrêt du 6 juin 1839, confirmé le 8 mars 1841 par la cour de cassation, de maintien dans le nom d’Adhémar…

A suivre

18 septembre 2020

Précisions sur le plus grand tableau d’Anduze…

Cette huile sur toile de très grand format (315 X 403 cm) est installée au-dessus de la porte d’entrée de l’église Saint Etienne. D’après le livret qui fut édité à l’occasion de la rénovation de l’édifice en 2003, il s’agit du « Martyre de Saint Etienne », peint par Chloé Dupasquier en 1846.
Je vais apporter quelques corrections et précisions concernant cette œuvre qui trouve une place atypique au sein de notre patrimoine anduzien.

En fait cette toile importante et son lourd encadrement appartiennent à la collection d’art de l’Etat et non à l’Eglise ou à la municipalité. L’ensemble fut mis en dépôt à partir de 1846 dans l’église sous la responsabilité de la mairie, ceci dans le cadre d’une politique nationale de diffusion des œuvres d’art dans toutes les régions de France. Une initiative culturelle qui prit naissance à la Révolution et qui continue d’ailleurs encore aujourd’hui avec les prêts de nombreux objets d’art aux musées et autres différentes institutions en capacité de les recevoir.

Concernant notre fameux tableau il avait été proposé en 1845 à la peintre Ernestine Hardy de Saint-Yon d’exécuter une copie de l’œuvre originale de Charles Le Brun « La lapidation de Saint Etienne », réalisée en 1651 pour Notre-Dame de Paris ; le peintre préféré de Louis XIV répondait à une commande de la guilde des orfèvres de la capitale qui offrit l’œuvre à la cathédrale.

Alors, l’auteure de cette copie : Chloé ou Ernestine ?…
J’ai peut-être une explication. Officiellement pour l’administration de l’époque la commande a été passée à Ernestine ; seulement il faut savoir que celle-ci était l’épouse d’un certain Auguste Claude François Gamen-Dupasquier, peintre copiste ! De là à imaginer que Chloé Dupasquier, elle-même peintre copiste, faisait partie de la famille : peut-être travaillaient-ils ensemble sur les grands travaux ?…
Les copistes n’ayant pas le droit de signer leurs œuvres côté peinture, ils le font au dos de la toile ou sur le châssis : c’est sans doute à cet endroit que le curé d’Anduze a trouvé le nom de Chloé pour son livret, certainement lors du décrochage du tableau pour nettoyage (tous les tableaux de l’église avait été confiés à un restaurateur d’Avignon).

La photo du haut montre la copie présente à l’église ; celle du dessous, l’original de Le Brun : si la reproduction est très honorable et fait honneur à la ville d’Anduze, elle a tout de même ses limites en ne pouvant imiter le « coup de patte » du grand maître du Classicisme français…


5 septembre 2020

Meilleur souvenir de Caecilius Cornutus, d’Anduzia…

Ce billet consacré au seul vestige antique officiel de la municipalité d’Anduze fait suite à celui commis en juin 2017 sur le même sujet avec le don d’un autel votif gallo-romain anduzien à la commune par un particulier.
Un monument en pierre aux dimensions et poids respectables qui a trouvé sa protection au rez-de-chaussée de la tour de l’Horloge. Il était prévu d’installer un éclairage judicieusement placé pour que l’on puisse apprécier la jolie gravure de sa dédicace.



 Voici l’extrait d’un article d’Elisabeth Hébérard, paru dans la revue annuelle du GARA (Groupe Alésien de Recherche Archéologique) de 2018, qui résume parfaitement bien et de façon très claire le profil de cette grande pierre sculptée destinée à l’offrande :

« (…) De facture très soignée, le style romain avec ses codes symboliques est bien présent, indiquant une datation fin premier siècle / début deuxième siècle : on remarque au dos une couronne de laurier tressé, sur le sommet mouluré un coussin enroulé avec rosette, et un rameau d’olivier sur chacune des parois latérales.
« Cet autel, en calcaire du Bois des Lens
(*), est un riche acte d’offrande, dont la dédicace gravée livre l’identité du donateur (CAECILIVS CORNVTVS) et celle de la personne honorée, ici une mère (MATRIS MAGEIS) et le signe V.S. de reconnaissance. Le questionnement s’est focalisé sur ce nom MAGEIS qui n’est pas une forme purement latine, mais qui serait la déviation du nom gaulois MAGA. Mais MAGA est-elle une mère maternelle ou une divinité ? Et là est tout l’intérêt de ce nom qui nous relie à l’histoire antique de cette région de souche celtique (= gauloise), progressivement romanisée à partir du deuxième siècle avant J.-C., et ayant adopté des pratiques romaines au début de notre ère tout en conservant les traces d’une tradition.
« Caecilius Cornutus devait faire partie de cette aristocratie de souche gauloise élevée aux dignités romaines, peut-être est-il à mettre en relation avec la grande famille des Cornvtvs installée au Proche Orient aux frontières de l’Empire !
« Encore une fois, la preuve est faite que la région des Cévennes eut une histoire antique liée à celle du bassin méditerranéen ! ».


Adrien Bru, l’épigraphiste spécialiste de la période antique qui avait eu la gentillesse de venir à Anduze en 2017 pour voir l’autel, devait nous en fournir une étude détaillée ; à ce jour nous l’attendons toujours…
A cela plusieurs raisons ; la première et non des moindres est que notre ami savant est un homme très occupé, ce que nous comprenons, avec certainement des priorités légitimes de travail ; mais la deuxième et sans aucun doute la plus importante sont les incertitudes liées à l’interprétation de certains mots employés dans l’inscription de la dédicace.
Il s’en était ouvert à Elisabeth et moi-même à travers un courriel commun qu’il nous avait adressé au mois de juillet 2019. En voici l’extrait principal :

« je pense toujours à l’inscription d’Anduze sur l’autel placé dans la tour (= Année épigraphique 1963, n°116), qui pose quelques difficultés. Après des recherches supplémentaires, je crois qu’il s’agit d’un autel votif dédié « aux Mères », divinités celtiques (souvent au nombre de 3) : j’ai trouvé pas moins de 7 parallèles, tous sur les territoires des Volques Arécomiques et des Voconces, en Gaule Narbonnaise.
« La déclinaison de « Matris Mageis » est surprenante, car on attendrait d’abord « Matri » (« A la Mère, dans ce cas au singulier) ou « Matribus » (« Aux Mères », au pluriel) avec un datif latin de dédicace ; « Matris » est un génitif singulier latin inattendu ici ; mais il y aurait peut-être une autre explication : l’utilisation d’un accusatif de dédicace (usage grec, dont l’influence existe à Anduze) qui devrait être « Matres », ici avec une légère modification locale : « Matris », comme dans les dédicaces votives dont j’ai trouvé les parallèles. « Matris » est, je pense, l’épiclèse ou l’appellatif celtique local (et inconnu jusqu’ici) de ces « Mères », dont le culte est bien attesté chez les Volques et les Voconces, mais sans la précision « Mageis ».


Si pour le maître de conférence à l’institut des sciences et techniques de l’Antiquité de Besançon on ne peut émettre un rapport définitif sur notre autel votif du fait de questions restant en suspend pour le moment, c’est tout à son honneur : l’honnêteté et la rigueur intellectuelle sont les premières qualités chez les grands chercheurs. Il n’en demeure pas moins que son hypothèse est séduisante et tant pis si nous devons attendre encore pour sa confirmation officielle ! Vous savez déjà qu’Anduze est terre de mystères, et c’est bien pour cela qu’elle est si attachante…

(*) Les carrières antiques à ciel ouvert du Bois des Lens étaient situées à environ 25 kilomètres à l’ouest de Nîmes, entre Gardon et Vidourle. Ce calcaire fin était surtout destiné aux motifs architecturaux et à la sculpture.