C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

5 octobre 2019

Le grand temple d'Anduze : un géant malade…

Le grand temple, classé Monument Historique depuis 1979, est fermé au public depuis le vingt trois janvier deux mille dix neuf par arrêté municipal et la date de sa réouverture est programmée, si tout va bien, pour le printemps deux mille vingt deux…
Voici résumées les différentes raisons qui ont conduit à cette fermeture exceptionnelle.

Alexandre Autin, architecte du patrimoine, a été chargé en deux mille dix huit par la municipalité d’une étude de diagnostic patrimonial du bâtiment en vue de travaux de mise aux normes de l’électricité et de l’installation d’un nouveau moyen de chauffage.
Lors d'une inspection des combles, son œil exercé de professionnel détecta différents désordres de la charpente.

Il faut rappeler ici le caractère extraordinaire de l’édifice – temple dont nous nous plaisons à considérer qu’il est le plus grand de France, ce qu’il faudra bien un jour vérifier pour… l’officialiser ! – rectangulaire de trente cinq mètres de long sur vingt deux de large, avec une hauteur sous plafond de quatorze mètres. Un volume hors normes coiffé d’une toiture de huit cent mètres carré, soutenue par une immense charpente composée de six fermes (la ferme étant un élément de charpente triangulaire supportant une toiture à pentes). Trois d’entre elles avaient été remplacées à la toute fin du dix neuvième siècle pour devenir métalliques (fermes une, quatre et cinq), montrant ainsi déjà des problèmes de défaillance à l’époque…

C’est la ferme d’origine numéro six, celle que l’on découvre en premier lorsque l’on débouche dans les combles, qui déclencha immédiatement l’inquiétude de l’architecte : la base de sa partie centrale, constituée par l’assemblage armé de deux longues et énormes poutres, s’est affaissée sur la voûte ; celle-ci, construite en briques de terre cuite de huit centimètres d’épaisseur, n’a pas vocation à soutenir une telle charge !
Cet affaissement ne s’est pas produit du jour au lendemain mais certainement depuis l’origine de la construction de la charpente, dans les années mille huit cent vingt : un défaut dû à un manque de rigueur dans le montage de la charpente de la part de l’entrepreneur par rapport au plan initialement prévu et d'ailleurs innovant pour l’époque. Millimètre après millimètre, durant toutes ces années, la ferme a perdu sa résistance à la flexion et repose maintenant sur la voûte. Le problème supplémentaire est que ce désordre en a entrainé automatiquement d’autres au niveau des différentes poussées qui s’exercent sur les murs de l’édifice (des lézardes sont apparentes).

Tous ces éléments, pouvant finir par mettre en péril l’intégrité de la structure de l’édifice, ont conduit avec l’appui de la DRAC à la réalisation d’un diagnostic poussé de la charpente mais aussi de la maçonnerie de l’ensemble du bâtiment par un procédé laser à la pointe de la technologie. Les instruments sont venus confirmer l’état préoccupant du temple. Des capteurs électroniques ont été posés sur les différentes fissures pour en contrôler l’évolution sur un an.
Au vu des sommes considérables à engager pour la réfection totale de notre monument et le caractère urgent de la mise en route du chantier, l’ensemble du dossier a été pris en charge par les services d’Alès Agglomération, celle-ci ayant la compétence « Bâtiments d’intérêt communautaire ».

Au-delà bien sûr de la communauté protestante, ce sont tous les amoureux du patrimoine qui suivront cette affaire sensible car le grand temple demeure l’un des monuments les plus emblématiques de notre cité !…

21 septembre 2019

Anduze 1899 : le chemin de fer de la discorde… 2

Voici la suite et fin de cette étonnante délibération municipale qui permit quand même, après de longues tractations, de conserver au parc des Cordeliers l'essentiel de son intégrité.
Je joins à ce billet un document inédit et précieux (cliquer dessus pour l'agrandir) trouvé aux archives de la ville : le plan du premier projet de la compagnie PLM qui suscita la polémique qui nous occupe ; rien que le titre a dû d’emblée courroucer les Anduziens :  « Ligne de St Jean-du-Gard à Anduze », alors qu’il était plus logique et surtout plus « diplomatique » d'écrire ligne d’Anduze à St jean-du-Gard !
Quant au projet proposé et abandonné du Conseil que vous allez découvrir, il résonne étrangement aujourd’hui avec les graves problèmes du quai que nous connaissons…
 

 « Que ce ne serait pas l’agrément seul qui en souffrirait mais aussi l’hygiène intéressée à conserver, dans une ville resserrée comme la nôtre, la seule promenade publique qu’elle possède ;
« Considérant que ce tracé offre en outre un autre danger : c’est que la voie passant en tranchée ou en souterrain le long de la colline du Poulverel, ne coupe les eaux de sources qui alimentent la ville, ce qui serait désastreux pour celle-ci ;
« Considérant que la ville d’Anduze aurait au contraire tout intérêt à voir adopter un tracé qui ferait infléchir la ligne vers la droite à partir de Malhiver, de manière à la faire passer le long du Gardon pour venir rejoindre les chaussées du quai et de la route nationale ;
« Que, de la sorte, on éviterait les inconvénients signalés plus haut, et l’on aurait le triple avantage d’avoir un tracé plus court, incontestablement moins coûteux, enfin de mettre la ville à l’abri  des inondations du Gardon ;
« Considérant, en effet, que les terrains empruntés par la voie dans ce projet seraient, pour la plupart, d’une valeur bien inférieure à ceux qui sont traversés dans le projet de la compagnie.
« Qu’il n’est même pas excessif de supposer que certains propriétaires céderaient  volontiers gratuitement le passage, en retour de l’avantage qu’ils trouveraient à être protégés contre les inondations de la rivière ;
« Qu’au surplus la ligne pourrait emprunter, dans la traversée de la ville, les anciennes chaussées construites au 18e siècle par les Etats du Languedoc ; chaussées d’une solidité éprouvée, puisqu’elles ont résisté pendant bientôt 2 siècles à la violence des crues du Gardon ;
« Que sur ces chaussées la voie pourrait être établie à peu de frais ;
« Qu’ainsi sans augmentation de dépense de la part de l’Etat et de la compagnie – probablement même avec une dépense moindre – la ville pourrait être protégée contre les inondations de la rivière ;
« Qu’il serait d’autant plus équitable de donner à notre ville cette satisfaction, que la prolongation du chemin de fer est de nature à léser gravement ses intérêts déjà bien compromis par la dépopulation et par la crise que traversent depuis plusieurs années les industries locales
« Délibère, à l’unanimité,
« Il y a lieu de prier instamment M. le Ministre des Travaux Publics :
1°- De refuser son approbation au tracé proposé par la compagnie PLM comme à tout tracé qui pourrait porter préjudice à la promenade des Cordeliers et compromettre l’alimentation d’eau de la ville ;
2°- De mettre à l’étude tout autre solution qui éviterait les inconvénients signalés ci-dessus. Celles notamment d’un tracé par la rive gauche avec rapprochement de la gare, et d’un tracé sur chaussée le long du Gardon (rive droite) de manière à mettre la ville à l’abri des inondations.
3°- De faire faire en même temps une enquête approfondie sur ce dernier projet tant au point de vue des avantages qu’il offrirait à la ville, que des économies à réaliser.
4°- De faire rechercher si dans chacun de ces projets il ne serait pas possible, sans porter atteinte à la promenade des Cordeliers, de rapprocher la gare actuellement distante de plus de 1800 mètres.
« La présente délibération sera transmise à M. le Ministre des Travaux Publics, à M. le Préfet du Gard, à M.M. les Sénateurs et Députés du Gard avec prière de l’appuyer énergiquement auprès de qui de droit.
« Signatures.

7 septembre 2019

Anduze 1899 : le chemin de fer de la discorde… 1


L'ancienne gare qui fut détruite
La gare actuelle, ici à peine achevée
Lorsque j’ai effectué quelques recherches concernant l’ancien maire d’Anduze César Berthezène (voir billet 2/juin 2019), je suis tombé sur l’une des délibérations de son Conseil dont le sujet était la future implantation de la ligne de chemin de fer Anduze/Saint Jean du Gard…

Si aujourd’hui le train à vapeur des Cévennes est bien intégré dans son environnement anduzien, ce que l’on sait moins ce sont les discussions orageuses entre la municipalité, la compagnie PLM et le ministre des travaux publics de l’époque pour déterminer le tracé définitif de la nouvelle voie traversant la cité !
Pour bien comprendre la position du Conseil municipal d’alors il faut rappeler qu’avant le projet de prolongation jusqu’à Saint Jean du Gard, Anduze avait l’avantage certain d’être le terminus de la ligne, avec une gare située au Plan des Molles.

Cette délibération, assez longue mais jubilatoire, a le mérite de traduire parfaitement et en détails l’état d’esprit du Conseil et surtout de nous faire connaître une contre-proposition de sa part au tracé de la compagnie : si celle-ci avait été retenue, elle aurait simplement changé totalement la physionomie de la ville que nous connaissons aujourd’hui ! Mais, qui sait, peut-être aussi résolu les problèmes récurrents d’inondation avec un quai prolongé et renforcé en conséquence !…

En voici la première partie (Les textes en couleur et entre parenthèses sont des commentaires personnels) :

« L’an mil huit cent quatre vingt dix neuf le deux juillet à deux heures de l’après midi (les conseils avaient souvent lieu un dimanche, jour non encore chômé à l’époque…) le Conseil Municipal s’est réuni en séance publique à la Mairie sous la présidence de M. Coulomb Fernand, 1er adjoint.
« Etaient présents MM. Coulomb Fernand, 1er adjoint Président, Boisset Adolphe, Monier Paul, Laurent Jules, Rennes Emile, Deleuze Jules, Domergue Jean, Lafont Auguste, Lafont Louis, Puech Paul, Faïsse Auguste, Gout Louis, Chaudoreille Raymond, Blanc Auguste, Bastide Alfred, Rigal Félix, Fontane Henri, Guy Jules.
« Absents MM. Berthezène César, Maire, Dumas César, Salvidan César et Sinard César. ( A noter ce hasard amusant : tous les Césars du Conseil étaient absents ce jour là !)
« MM. Fontane Henri, secrétaire et Justin Boisset secrétaire auxiliaire prennent place au bureau.

« M. le Président dit qu’il a appris directement que la compagnie PLM avait adopté pour le chemin de fer d’Anduze à Saint Jean du Gard le tracé traversant notre belle promenade des Cordeliers et qu’elle allait le soumettre à l’approbation de monsieur le Ministre des Travaux Publics.
« Cette décision portant un grave préjudice à notre ville il invite le Conseil à délibérer sur les mesures à prendre pour sauvegarder les intérêts confiés à sa garde.
« Le Conseil,
« Considérant que le tracé proposé par la compagnie PLM offre de graves inconvénients pour la ville et qu’il entrainerait en outre des dépenses excessives :
« Qu’en effet, à partir de la gare actuelle, la ligne projetée après avoir effectué une courbe qui nécessiterait le changement de la route nationale n°107 (devenue aujourd’hui la D907), traverserait les prairies arrosages, les jardins potagers et d’agrément qui s’étendent au Sud-Est de la ville, en un mot la partie la plus riche du pays ;
« Que par suite, il est à présumer que des indemnités très considérables devront être payées aux divers propriétaires,
« Considérant que ce projet entrainerait également l’établissement d’un passage à niveau sur la route nationale n°107, passage établi sur une voie très fréquentée, aux abords d’une ville, et dans le voisinage d’une gare, c’est à dire dans les conditions les plus défavorables.
« Considérant que dans ce projet la voie traverserait notre beau parc des Cordeliers dans sa plus grande largeur (ce premier projet ne prévoyait pas de tunnel passant sous le parc : les plans conservés aux archives de la ville montrent que la ligne aurait traversé les pelouses actuelles et que la gare des voyageurs se serait trouvée à peu près au niveau du Monument aux Morts qui n’existait pas encore !);
« Que si les ingénieurs chargés de l’établissement des voies ferrées paraissent se soucier fort peu de conserver au pays qu’elles traversent leurs sites pittoresques, leurs beautés naturelles et les promenades créées au prix de lourds sacrifices, le Conseil se faisant l’interprète de la population toute entière ne saurait protester trop vivement contre un pareil acte de vandalisme, qui détruirait complètement notre magnifique jardin public ; (…) »


A suivre

24 août 2019

C'est fait ! Le clocher de l'église carillonne…

Pour ce billet de rentrée parlons un peu patrimoine, secteur important d'Anduze ! D'ici peu je vous donnerai des explications sur notre grand temple, classé Monument Historique, qui est actuellement fermé au public pour des raisons de sécurité, sa charpente montrant des signes de faiblesse. 

En ce qui concerne l'église je vous propose quelques photos prises lors de l’installation cet été de l'étonnant carillon venu remplacer l'instrument précédent, la défaillante Marie Charlotte.
Les techniciens de l’entreprise Azur Carillon ont d’abord monté les différentes et lourdes pièces de bois en chêne sur la terrasse pour construire le nouveau beffroi qui abrite maintenant les six cloches. Une à une, celles-ci ont été hissées et mises en place sur la magnifique petite charpente, selon une procédure précise des spécialistes. 
En attendant de placer les protections anti-pigeons et les abat-sons prévus pour octobre/novembre, des filets provisoires qui devraient protéger le beffroi des souillures des volatiles ont été installés.
 
Le jeudi 15 août, jour de l’Assomption pour les catholiques, l’abbé Noblet a procédé au milieu d’un important public à la présentation des sonneries de chaque cloche sur la petite place René Cassin, située au pied du clocher. Depuis nous ré-entendons chaque jour l’Angélus qui sonne à sept heures, douze heures et dix neuf heures…

11 juillet 2019

Pause estivale…

© Gaussent
Pour illustrer l’annonce de la pause estivale du Billet culturel j’ai choisi cette photo prise ce trois juillet lors de la manifestation « Cratère Surfaces », qui bénéficia encore cette année d’un beau succès.

Il s’agit de l’un des quatre spectacles différents présentés à Anduze, « Sol bémol » de D’irque et Fien, couple d’artistes flamands installé depuis quelques années dans nos Cévennes et tournant dans le monde entier. Une pianiste et un acrobate qui ne cherchent pas à accorder leurs violons mais bien quatre pianos, pour finir par trouver un équilibre …précaire ! Une mise en scène spectaculaire non dénuée de poésie avec treuils, cordes et poulies, au service d’un burlesque sans paroles qui n’est pas sans rappeler les premiers films muets et souvent extravagants d’un Chaplin où d’un Keaton : bref, une soirée pleine de fraicheur après une après-midi de fournaise !…
 

Bel été à tous et à bientôt !

30 juin 2019

Claude Bertrand : les 50 ans de peinture d'une artiste atypique…

                                                                             © Gaussent
Dans ce magnifique espace du dix huitième siècle qu’est la salle Ugolin, la municipalité a cette année l’honneur et le plaisir d’accueillir madame Claude Bertrand jusqu’au 14 juillet pour une exposition au caractère particulier, puisque cette artiste de renom a choisi de nous présenter une rétrospective de 50 ans de peinture.

Ne me prenez pas pour un goujat si je vous donne la date de naissance de notre invitée, elle n’en fait pas mystère, l’absence de cette coquetterie féminine nous permettant ainsi de mieux appréhender son parcours. Claude est donc née à Paris en janvier 1940. Adolescente elle est naturellement attirée par les arts qui jalonnent son quotidien : la danse, le piano mais aussi la peinture qui finira par prendre le dessus. Elle se marie très jeune et à vingt ans arrive son premier garçon ; deux autres suivront avec quelques années d’intervalle. Entre-temps, en 1965, notre artiste va déménager et découvrir les beaux paysages de Normandie. Une région et des rencontres qui vont favoriser son développement artistique avec de nombreuses expositions sur le plan local mais aussi plus largement en France, Etats-Unis ou Grande Bretagne.

Des années soixante à celles de quatre-vingt, son travail reste très classique et figuratif, avec déjà un intérêt prononcé pour les matières et les couleurs. A partir de 1990 apparaissent dans ses toiles et autres pastels secs les prémices d’un changement de perception de la réalité, avec un dessin beaucoup plus épuré et des touches de couleurs plus larges. C’est une période intermédiaire, avec certainement les moments de doute que connaissent tous les créateurs, où l’artiste hésite encore à pousser plus loin ses investigations et peut-être ainsi basculer définitivement dans l’abstraction. D’ailleurs les coups de pinceau où de brosse sont plus nerveux, comme impatients de trouver leur route, tributaires de la sensibilité exacerbée d’une maîtresse insatisfaite. 
Puis arrive enfin le vingt et unième siècle et le commencement d’un travail d’art abstrait assumé pleinement, où la couleur joue un rôle prépondérant. Tantôt subtile, tantôt franche, celle-ci a sans aucun doute été le fil conducteur, durant toutes ces années, des recherches et évolutions de cette artiste atypique.
Le vingt et unième siècle c’est aussi 2001, l’année de son installation dans le Gard pour, quinze ans plus tard, habiter et travailler à Anduze même comme peintre définitivement abstraite.

Je voudrais en profiter pour avoir une pensée pour un homme exceptionnel qui, descendant de Paris pour raison de santé et sans le sou, fit une longue escale à Anduze accompagné de son épouse, entre 1934 et 1945, dans des conditions de vie assez précaires. La guerre terminée il remonta à Paris et devint, à partir des années mille neuf cent cinquante, le plus grand spécialiste de l’art abstrait avec une reconnaissance internationale. Il s’agit de Michel Seuphor, peintre, poète, écrivain, critique d’art, qui côtoya les plus grands artistes de son temps. Décédé en 1999 à l’âge de 97 ans, je suis persuadé que cet autodidacte, comme Claude, libre et passionné d’art contemporain, aurait été heureux de la rencontrer et d’échanger avec elle sur son long et très intéressant parcours pictural…

15 juin 2019

César Berthezène, un maire de la fin du dix neuvième siècle…

Au mois d’avril dernier la municipalité a accepté un don particulier de la part des descendants d’un certain César Berthezène, qui fut maire d’Anduze à la fin du dix neuvième siècle. Il s’agit en l’occurence de quelques documents originaux concernant sa vie militaire et d’une grande huile sur toile (97 X 130 cm), avec un large cadre, le représentant avec sa famille. C’était l’occasion de faire plus ample connaissance avec ce premier magistrat oublié qui, de prime abord et avec beaucoup d’autres, n’a pas laissé une trace impérissable dans la commune. Car si ce nom ne nous est pas inconnu avec une petite place publique portant ce patronyme, rien ne nous confirme à ce jour qu’il s'agit bien de notre homme.
 
Avant de s’occuper de politique, César Berthezène fera une carrière militaire bien remplie dans l’infanterie, devenant un officier sorti du rang. En mars 1858 il passera du grade de sergent major à celui de sous-lieutenant et obtiendra en août 1859 la médaille de la campagne d’Italie. En janvier 1863 il est promu lieutenant et est nommé en décembre 1869 Chevalier de l’Ordre impérial de la Légion d’Honneur. Son dernier grade, celui de capitaine, il l’obtiendra en juillet 1870. Ayant servi en Algérie, la médaille coloniale sera décernée à l’officier retraité en mars 1895.
 
Le prestige de l’armée et les décorations obtenues durent favoriser son élection au poste de maire par le Conseil municipal le dix sept mai 1896. Il succédait à Hippolyte Soulier. Son mandat très court (4 ans) fut surtout marqué par le projet ferroviaire de la ligne Anduze/St Jean-du-Gard qui commençait à prendre forme avec notamment des propositions de la société d’exploitation qui déclenchèrent une véritable levée de boucliers de la part des élus anduziens. J’aurais l’occasion de reparler un peu plus tard de cet épisode étonnant.
Le vingt mai 1900, Eugène Galoffre succéda à César, celui-ci restant quand même conseillé municipal jusqu’en 1904. Le capitaine décéda en 1914, à l’âge de quatre vingt quatre ans…

1 juin 2019

Un commerçant de la nouvelle rue d’Anduze…

En ce mois d’août 1852 nous retrouvons notre bon et patient commissaire Chibert au prise avec un commerçant irascible de la rue Neuve qui, au vu des nombreux procès-verbaux le concernant, devait être une des bêtes noires du policier ! En voici un exemple parmi d’autres.
 
«L’an mil huit cent cinquante deux le huit août ;
« Nous Charles Ambroise Chibert, commissaire de police d’Anduze étant en tournée de surveillance j’ai remarqué que le sieur Driole Louis, marchand de nouveautés rue Neuve à Anduze, avait en étalage des marchandises au devant de son magasin et qui étaient sur deux caisses renversées servant de tables ; et de vêtements sur deux guéridons, qui étaient sur la voie publique de plus d’un mètre, ce qui empêchait la libre circulation.
« Le cinq du courant il avait déjà exposé des marchandises sur une grande table ronde qui était sur la voie publique, et qu’il n’a pas voulu retirer. Malgré son opiniâtreté je lui ai permis de les laisser pour cette journée, lui disant que je le prévenais pour la dernière fois qu’à l’avenir je lui dresserais procès verbal.
« Malgré ces avertissements il s’est obstiné à le faire. Il avait encore aujourd’hui des marchandises comme je viens de le dire. Je lui ai dit : décidément vous ne voulez donc pas tenir compte de mes avertissements ? Veuillez, je vous prie, retirer les marchandises ; et ne me mettez donc pas dans la nécessité de verbaliser contre vous, et au lieu d’obtempérer à ma complaisance il s’emporta en criant dans la rue qu’il ne les ôterait pas (et c’est ce qu’il a fait), que je pouvais lui dresser procès-verbal, qu’il s’en foutait et qu’il en mettrait toujours.
« En vertu de l’article 12 du règlement de police de la ville d’Anduze, j’ai dressé le présent procès-verbal de simple police, pour être remis à monsieur le juge de paix du canton d’Anduze, pour sur les conclusions du ministère public être statué.
Anduze le jour, mois et an que dessus,
Le commissaire de police, Chibert »

19 mai 2019

La terre et les mots d’Anduze et… d’ailleurs !


Dans la diversité de l’offre culturelle que la municipalité d’Anduze programme chaque année, le théâtre tient une place importante du fait du grand nombre de compagnies et autres associations théâtrales installées dans notre région et ailleurs. Nous recevons donc beaucoup de propositions variées concernant ce domaine artistique majeur. Un secteur dont la richesse exceptionnelle est en premier lieu due au travail des auteurs.

L’étape essentielle qu’est l’écriture, nous l’avions déjà abordée il y a deux ans, en mai 2017, avec un premier concours organisé par Louise et Michel Caron et la délégation Méditerranée des Ecrivains Associés du Théâtre. Une première dont nous gardons un excellent souvenir grâce à la qualité de tous les différents protagonistes qui surent allier avec bonheur et simplicité, le professionnalisme et la convivialité.

Riche de cette première expérience, les fondateurs de l’Atelier Théâtre d’Anduze décidèrent de récidiver avec « La fête de la terre et des mots », toujours avec les EAT Méditerranée mais en proposant une manifestation qui dépassa de façon heureuse ce cadre littéraire. Le thème imposé aux écrivains du théâtre était « la ménagerie des vivants » ; vaste sujet, s’il en est, dont un peu plus d’une quarantaine de gens de plume se sont emparés avec jubilation pour en exploiter tous les aspects, du réalisme aux idées complètement surréalistes, souvent teintées d’humour et de poésie. Mais n’oublions pas que dans ce genre littéraire spécifique, au delà du choix des mots et de l’imagination de l’auteur, la forme et le rythme ont aussi une place importante puisque le texte est destiné au final à la mise en scène.
Pour notre plus grand plaisir, d’autres talents s’invitèrent cette année à cette fête des mots avec, en dehors des excellents comédiens-lecteurs, un accordéoniste, qui a accompagné notamment la lecture des œuvres, et une plasticienne qui travailla sur place et proposa une magnifique sculpture en terre inspirée de ces mêmes écrits.

Tous les intervenants de cette manifestation brillante et atypique méritent d’être cités, en commençant par les treize écrivains lauréats du concours, invités à venir écouter la lecture de leur œuvre en public : Céline Balloy, Jean-Michel Baudouin, Sylvie Chenus, Marie-Hélène Chiocca, Jacques Grange, Henri Gruvman, Jean-Michel Guieu, Sabine Mallet, Lise Martin, George Milcent, Hervé Nouvel, Nathalie Rafal, Diane Saurat. Lectures par Emilie Bourdellot, Louise et Michel Caron, Nathalie Marais, Stephen Pisani, Wianney Qolitan ; accompagnement musical à l’accordéon par Will Teyssedou ; et bien sûr Patricia Denimal, artiste anduzienne.

Louise et Michel, en invitant d’autres acteurs culturels différents à venir jouer avec eux et prêts à se mettre en danger artistiquement devant un public, apportèrent une nouvelle dimension à cet événement. Cela confirme aussi que l’interaction de divers créateurs et de leurs univers sur un même sujet, quand elle est faîte avec intelligence et sensibilité, permet souvent de s’élever vers un autre niveau culturel ; ce que l’on appelle je crois l’excellence. Nous n’en étions pas très loin en ce samedi dix huit mai deux mille dix neuf, journée d’exception…

5 mai 2019

Misserel de Tornac, vagabond de la première classe !…

A travers le procès-verbal de gendarmerie que je vous propose aujourd’hui nous remontons le temps jusqu’au onze août mille huit cent cinquante deux à Tornac. Trois gendarmes à cheval « à la résidence d’Anduze » font leur tournée et tombent inopinément sur un individu en train de manger près d’un feu, au milieu des vignes…
Mais je vous laisse découvrir ce rapport qui a attiré mon attention car la situation et les personnages auraient pu être facilement dans un roman de Victor Hugo ! Pour la petite histoire, à cette époque – août 1852 – le grand écrivain était nouvellement exilé à l’île de Jersey car en tant qu’homme politique il avait pris violemment position contre le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte ; cela eut pour conséquence son bannissement de la France pendant un certain temps…

« Ce jourd’hui onze août mil huit cent cinquante deux, nous Arragon Alexis, Verre Etienne et Berthomien Jean, gendarmes à la résidence d’Anduze, revêtus de notre uniforme, faisant une tournée de communes pour la répression du braconnage, parvenus en celle de Tornac, nous avons aperçu un individu dans une vigne qui avait allumé du feu et faisait rôtir du poisson en plein air, nous nous sommes approchés de cet individu. Les réponses qu’il a données à nos questions nous ont bientôt convaincus que nous avions affaire à un vagabond de la première classe. Il avait l’une des manches de sa blouse remplie de prunes, pressé de nous dire d’où venaient ces prunes, il nous a répondu les avoir volées dans la propriété de madame veuve Lauze de Tornac.
« Questionné de nous dire qui il était, il a dit se nommer Misserel Jean-Pierre, natif de Tornac. Sur ce nous lui avons déclaré que se trouvant en état de vagabondage et nanti d’objets volés, nous le faisions prisonnier pour être conduit devant monsieur le Procureur de la République à Alais, auquel magistrat nous adressons le présent procès-verbal et copie à monsieur le Commandant de cette compagnie.
Fait à Anduze les jours, mois et an que dessus.
Berthomien, Verre, Arragon »


En bas de page les gendarmes précisent dans leur signalement que l’homme serait âgé de dix huit ans : espérons pour lui que ce jeune « vagabond de la première classe » n’a pas fini au bagne de Toulon pour quelques prunes !…

21 avril 2019

D'Anduze à la principauté d'Orange…

Parmi les diverses archives retrouvées dans les combles de la mairie, celles dont je vous fais part régulièrement sur ce blog, il y a aussi un grand parchemin déroulé et abimé. Sans doute un rescapé de la grande inondation de 1958 (les tâches et salissures ainsi que la déformation de la fine peau d’agneau très gondolée devenue aussi dure que du carton montraient une exposition prolongée à l’humidité). Par contre l’important texte qui l’habille est parfaitement lisible mais… incompréhensible pour celui qui n’a pris aucun cours de latin ! Une écriture soignée dont certains mots, le titre en particulier mais aussi dans le texte, ont été tracés en couleur dorée. On remarque aussi une des signatures qui est graphiquement très belle, son auteur ayant suggéré avec talent le profil d’un oiseau !

Nous avons fait appel aux compétences de la restauratrice Aurélie Tanguy pour savoir ce qu’il serait possible de faire pour conserver dans de bonnes conditions ce grand document (41 X 60 cm). Dans un premier temps elle réussit à l’aplanir, ce qui lui permit de faire à ma demande des photographies assez nettes du texte pour que je puisse les transmettre à une spécialiste pour traduction. En attendant la fin de la restauration du parchemin et ensuite son encadrement sous verre pour sa conservation, nous allions enfin connaitre la destination de cet écrit.
La spécialiste c’est Marie-Lucy Dumas, historienne des Cévennes et présidente du « Lien des Chercheurs Cévenols », qui a eu la gentillesse de me faire une réponse précise et rapide. Il s’agit en fait d’un diplôme de docteur en droit canon et civil de l’université d’Orange, reçut en 1670 par Jacob Bezesse, Anduzien, après le passage de ses épreuves devant ses pairs qui l’ont qualifié « d’un mérite éminent et à l’unanimité ». Ce « grade » a été attribué dans le « palais » sous le haut patronage du chancelier de l’université, l’évêque d’Orange Alexandre Fabre, en présence également du « viguier du prince sérénissime ».

Un petit mot, sans entrer dans les détails, sur la principauté d’Orange et ce prince qui était à l’époque Guillaume III, ennemi juré de Louis XIV qui revendiquait depuis longtemps ce petit territoire voisin de la France. A la mort du prince, qui était entre-temps devenu aussi en d’autres circonstances roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, le roi soleil en profita pour l’occuper. A partir de 1713 l’acquisition sera reconnue officiellement. Enfin, après avoir été réunie au Dauphiné en 1734, la principauté fera partie intégrante du Vaucluse, nouveau département créé en 1793.


Alors bien sûr, comme me l’a écrit notre amie Marie-Lucie, ce document n’est « pas forcément intéressant pour les Anduziens mais plutôt pour les archives municipales d’Orange… ». Mais, en dehors du caractère inédit de ce grand parchemin au sein de nos propres archives locales, il concerne aussi une famille anduzienne au premier chef. Un patronyme du dix septième siècle oublié aujourd’hui et dont il reste tout à découvrir…

7 avril 2019

Naissance à Anduze de quatre des six enfants de Marie-Charlotte…

De gauche à droite l'abbé Noblet, Etienne, Jason, Nicolas et Julien.
Ce fut un bon week-end que ces 5, 6 et 7 avril, malgré le temps incertain, car nous avons assisté aux différentes étapes d’une opération rarissime et en tout cas complètement inédite à Anduze : les coulées et les démoulages en direct de quatre des six cloches du carillon qui viendra orner le beffroi du clocher de l’église d’Anduze.

Quelques mots pour résumer les circonstances qui nous ont amenées à organiser cet événement exceptionnel où les aspects cultuels et culturels sont intimement liés. Ils ajoutent ensemble une page particulièrement valorisante à notre histoire locale.

Une grosse cloche d’environ 670 kg pour plus d’un mètre de diamètre ornait le clocher de l’église ; née en 1847 et baptisée Marie-Charlotte, la vieille dame fut descendue il y a un an et demi à peu près pour les examens approfondis de symptômes visuels alarmants. Les conclusions confirmèrent nos craintes : sa dégradation avancée et irréparable ne lui permettant plus de regagner sa terrasse, une mise à la retraite après plus d’un siècle et demi de bons et loyaux services était inéluctable.

La municipalité, propriétaire des bâtiments de l’église dont le clocher, était prête à prendre en charge le remplacement de la cloche quand elle reçut une proposition de l’abbé Noblet, curé d’Anduze. Celui-ci voulait profiter de l’opportunité de ce changement pour installer un carillon de plusieurs cloches, elles-mêmes issues de la fonte de l'ancienne, afin d’obtenir un instrument aux possibilités musicales nettement plus élargies pour accompagner les différents services religieux du culte. Un souhait que nous n’avions aucune raison de refuser à partir du moment où la paroisse prenait en charge le surcoût financier de cette opération.

Culturellement et dans le cadre des JEMA (Journées Européennes des Métiers d’Art), c’était aussi pour la ville d’Anduze l’occasion ou jamais d’inviter les techniciens et véritables artisans d’art d’Azur Carillon à venir exprimer de façon concrète leur savoir-faire ancestral sur notre espace communal. Julien, Etienne, Nicolas et Jason nous ont donc emmenés, au cours de ces trois jours, dans leur univers particulier de fondeurs de cloches en nous expliquant aussi les différentes opérations conduisant à la réalisation des instruments.
Une fois finalisées ces cloches prendront place dans l’église d’Anduze pour une présentation au public et seront baptisées par l’évêque de Nîmes le lundi de Pâques 22 avril 2019. Il faudra le temps des travaux des nouveaux accès à la terrasse ainsi que de l'installation de la belle charpente en bois du beffroi pour que les six instruments soient opérationnels vers le 15 août 2019.

Concernant les coulées voici quelques images qui valent mieux qu’un long discours…



23 mars 2019

Les monnaies d’Anduze et de Roquefeuil : une histoire de famille…

Dans quelques semaines, au mois de mai, nous retrouverons avec plaisir Laurent Schmitt pour une conférence particulièrement attendue puisqu’elle viendra compléter avec de nouveaux éléments celle qu’il avait faîte il y a une dizaine d’années déjà sur le monnayage d’Anduze ! Organisée par le Club Numismatique Cévenol pendant le week-end de leur bourse nationale annuelle, nous serons heureux de tous les retrouver pour ce moment culturel et particulièrement convivial !
 
En attendant ce rendez-vous je voudrais dire quelques mots sur une famille dont la monnaie a toute sa place à côté des différents Bernardins dans la vitrine du collectionneur : celle des Roquefeuil. C’est une maison noble ancienne et puissante qui trouve son origine à Saint-Jean-du-Bruel, situé côté Est de l’Aveyron et à la frontière du Gard, aux environs du Vigan. A l’instar de la maison d’Anduze, au douzième siècle elle est auréolée d’un certain prestige depuis au moins trois cents ans.
 
Mais le spectre d’une fin de lignée et le jeu des alliances décideront Geoffroy de Roquefeuil, dernier descendant mâle de la famille, à faire entrer dans le giron familial de la maison d’Anduze sa fille unique et seule héritière. En 1129 il donna Adélaïde en mariage à Bertrand d’Anduze, troisième fils du seigneur Bernard IV. Cette union était accompagnée d’une condition : que les futurs enfants du couple portent le nom et le blason des Roquefeuil. Au bout de quelques années, Bertrand, devenu donc de Roquefeuil par son mariage, va bénéficier d’un concours de circonstances totalement imprévu qui va l’obliger à s’occuper des immenses possessions anduziennes : son frère ainé, qui était devenu le seigneur attitré d’Anduze sous le nom de Bernard V se retire en 1164 pour se faire moine, suivant les traces de son frère cadet Pierre Bermond, seigneur de Sauve, qui avait abandonné son pouvoir en 1161 pour la robe de bure ! Et, fait incroyable à l’époque, le jeune fils et héritier de Bernard V, Pierre-Bernard, rejoint son père en 1165 à l’abbaye de Bonneval !
Pour ne pas laisser le fief d’Anduze sans gouvernance, Bertrand de Roquefeuil le prend sous son aile. Il avait eu deux fils avec Adélaïde : l’ainé, Raimond, récupèrera la seigneurie de Roquefeuil tandis que Bertrand, le deuxième, s’occupera d’Anduze sous le nom de Bernard VI.
 
Côte à côte les deux maisons vont poursuivre leur chemin ensemble un certains temps, mais des grands événements de l’Histoire vont finir par les rejoindre et leur attribuer un destin différent. En attendant elles battirent chacune monnaie, symbole de leur puissance locale.
Le denier de Roquefeuil, rarissime aujourd’hui et donc nettement plus cher à l’achat que le Bernardin, plus facile à trouver, n’a certainement pas bénéficié de la même production que les pièces d'Anduze-Sauve. Il suffit de le regarder pour savoir qu’il n’en demeure pas moins de la même famille, et cela dans tous les sens du terme !…

9 mars 2019

Le général anduzien méconnu de l'armée révolutionnaire… 2

Suite et fin de cette note très intéressante que nous a laissé G.R. dans son ouvrage « Le Vallon d’Anduze ».

« A part l’honneur qu’il eut d’être porté et cité à l’ordre du jour, cette affaire lui valut le brevet de chef d’escadron qu’il refusa, et renvoya à Paris, en manifestant le désir de demeurer à la tête de sa compagnie. Mais, soit que nos gouvernants d’alors s’imaginassent qu’il ne se croyait pas assez récompensé, soit autre vue de leur part, ils lui envoyèrent sa nomination de général de brigade qu’il aurait refusé aussi si ses amis ne lui eussent fait comprendre qu’il allait s’exposer à être mandé à la barre de la Convention, et si un représentant du Peuple qui se trouvait au camps, ne lui eut dit en langage du temps : Capitaine tu dois accepter, la Nation décerne les palmes au mérite, et, en te récompensant, elle croit récompenser un bon b…..! (1)
« Mr. Blanc accepta. Il eut, sous son commandement, dix mille hommes de notre meilleure cavalerie, entre autres les deux régiments de carabiniers. L’occasion lui en étant souvent fournie, souvent il se distingua à la tête de cette troupe d’élite, et il aurait infailliblement poussé son chemin plus loin, ou se serait fait tirer, si le sort n’en eut décidé autrement. Un jour, au milieu d’une affaire des plus chaudes, un boulet de canon lui passe si près de la tête qu’il le rend complètement sourd et le laisse comme atterré sous le coup.
« Cette infirmité, que rien ne put lui guérir, le rendant impropre à suivre les armées le fit nommer commandant de place à Cambrai…
« Mais, soit qu’il s’imaginât que c’était descendre que d’accepter ce poste ainsi qu’il l’a dit plusieurs fois, soit, qu’en perdant l’ouïe, il eut perdu alors une partie de sa raison, il partit pour Paris sans regarder qu’il n’avait pas deux ans de service dans son grade de général de brigade, et alla solliciter sa retraite qui, d’après la loi, ne lui fut accordée que comme Capitaine.
« Il était dans le dix-huitième mois de son grade supérieur, et comptait, en tout, trente cinq ans, deux mois, vingt cinq jours de service, y compris quatre campagnes. Sa pension de retraite, annuelle et viagère, fut fixée à onze cents francs, quatre vingt neuf centimes seulement, tandis que, après son décès, celle de sa femme, ma belle-mère, fut portée à mille francs, la loi lui donnant droit, comme marié durant l’activité de service de son mari, au quart de la retraite du grade supérieur de ce dernier.
« Le général s’était retiré, d’abord à Laon, chef lieu du département de son épouse ; mais le 11 floréal an 10 de la République, il quitta ce lieu avec sa femme et ses trois enfants en bas âge, et, voyageant à petites journées en voiture, il arriva, le sixième prairial an 10 à Anduze où il est mort le 20 septembre 1820. Jamais convoi funèbre, chez nous, n’a été plus pompeux, ni plus nombreux en assistants que le sien ! »
 
 
Si la période révolutionnaire fut violente et incertaine pour une majorité des cadres de l’armée, elle offrit aussi à certains soldats d’origine modeste comme Chalbos et Blanc l’opportunité d’optimiser une fin de carrière, avec plus ou moins de réussite selon leur compétence… et leur état de santé !

Une époque favorable à l’émergence de personnalités les plus diverses qui surent profiter de circonstances exceptionnelles pour faire évoluer leur situation personnelle. Encore un exemple avec ce capitaine qui, en décembre 1793, contribua grâce à son sens tactique et son obstination à la reprise du port et de la ville de Toulon aux Anglais. Trois jours après ce succès il passa du grade de capitaine à celui de général de brigade ! Il faut dire aussi qu’à la différence de nos deux généraux précédents, celui-ci n’avait que 24 ans lors de cette nomination et son extraordinaire ascension ne faisait que commencer : il s’appelait Napoléon Bonaparte…


(1) Recopié tel que : je n'ai pas trouvé le mot correspondant aux points de suspension. 

23 février 2019

Le général anduzien méconnu de l'armée révolutionnaire… 1

Il y a quelques semaines je vous proposais « un général oublié de l’armée révolutionnaire », Alexis Chalbos, celui-ci ayant eu, sans être Anduzien, des attaches particulières avec notre cité… Eh bien vous allez découvrir un autre général oublié de l’armée révolutionnaire ! Mais cette fois-ci Anduzien…
 
J’ai découvert son existence dans un ouvrage qui fait partie des quelques trésors littéraires que possède la ville d’Anduze et qui sont d’une très grande valeur patrimoniale, historique et bien sûr culturelle. Celui qui nous intéresse aujourd’hui est entièrement manuscrit. D’environ cent quarante pages pour un format de dix-neuf par vingt-huit centimètres, il est daté de 1868 avec le titre principal « Le Vallon d’Anduze ». Selon une dédicace présente sur la première de couverture, l’auteur, dont nous ne connaissons que les initiales G.R., avait offert cet exemplaire unique à la bibliothèque municipale d’alors.
 
Le livre a deux parties distinctes : la première et la plus importante est consacrée à la description et aux réflexions de l’écrivain sur Anduze et ses environs sous la forme d’un immense poème composé de 202 strophes écrites dans une calligraphie très homogène. Il est vrai qu’à cette époque le Félibrige est à son apogée et s’exprimer en vers est une activité ludique dans l'air du temps ; la deuxième partie, m’intéressant plus particulièrement, regroupe des petites notices explicatives numérotées dépendantes des renvois présents dans son texte. Elles concernent le plus souvent des personnalités locales que l’auteur fréquentait. Parmi ces notes l’une d’elle est plus longue que les autres pour résumer l’étonnante carrière militaire d’un certain Jean Jacques Blanc, né à Anduze.
 
A l’instar de Chalbos, il s’engagea très jeune dans la cavalerie royale et gravit rapidement tous les échelons quand arriva la période révolutionnaire, pour finir, lui, général de brigade !… A priori les deux hommes ne se trouvèrent pas sur les mêmes champs de bataille mais peut-être se sont t-ils croisés. Mais revenons à cette note que nous a laissé G.R. dont le témoignage exceptionnel est d’autant plus précieux que celui-ci s’avérait être, d’après ses dires, le gendre du général…

« Né à Anduze le 27 septembre 1745, bel homme, très fort, malgré sa taille élancée et peu commune (1 mètre 84 centimètres), Mr Jean Jacques Blanc, général de brigade en herbe, à l’âge de 17 ans, poussé vers le métier des armes, s’enrôla volontairement, et avait atteint sa vingt-neuvième année de service, n’étant que maréchal-des-logis dans le Régiment du Roi, cavalerie, lorsque survint en France la grande époque de 1789. Alors commença, pour celui qui devait être un jour mon beau-père, une phase nouvelle dans la glorieuse carrière militaire.
« En peu de temps, il passa successivement un grade de Sous-lieutenant et de Lieutenant ; fut fait chevalier de St Louis sous l’Assemblée Constituante ; fit partie de l’Armée du Nord, et fut bientôt nommé Capitaine de Dragons, poste et arme qu’il affectionnait et dans lequel il croyait trouver son bâton de maréchal, mais poste que lui fit franchir, malgré lui, sous la Convention Nationale, un acte de bravoure dont je parlerai tout à l’heure.
« Il était dans la division du général Souham, au quartier général de Courtray, on demande des cavaliers de bonne volonté pour aller dégager, s’il se peut, une compagnie de chasseurs qui, s’aventurant un peu trop dans une patrouille, s’était vu barrer le passage par un escadron de hulans
(1), et s’était exposée à être mise en pièces ou être faite prisonnière ; il sort des rangs à cet appel, sa compagnie entière veut le suivre, il prend un chemin détourné, joint les chasseurs près d’être attaqués, prend le commandement des deux compagnies et, fondant au galop sur les hulans, il les force à prendre la fuite laissant trois cents des leurs morts ou blessés sur le champ de bataille, le chef d’escadron compris. (…)»
 
A suivre

(1) Le hulan était un lancier des armées slaves et allemandes.

10 février 2019

Othello à Anduze, variation pour trois acteurs…

Jeudi dernier, salle Marcel Pagnol et devant un très nombreux public, le Cratère d’Alès nous a proposé de démarrer l’année culturelle d’Anduze avec William Shakespeare. Le célèbre dramaturge anglais reste très populaire puisque ses œuvres continuent d’attirer les foules et inspirent encore aujourd’hui les écrivains de théâtre.
C’est le cas d’Olivier Saccomano, qui a décidé d’adapter la pièce Othello (écrite en 1604) pour en faire une variation pour trois acteurs résolument contemporaine, dans l’air du temps de notre actualité politique avec notamment un parallèle avec l’image de l’Etranger en Europe… Contemporaine aussi avec une forme théâtrale moderne et souple qui la rend accessible à tous types de lieux non destinés à ce genre de spectacle de prime abord : un atout supplémentaire non négligeable quand on travaille avec le Cratère Théâtre en décentralisation.
L’absence de décors et les costumes minimalistes ne pénalisent en rien la mise en scène de Nathalie Garraud : le choix d’avoir établi l’espace de jeu au milieu des spectateurs, installés soigneusement en cercle tout autour, participe d’une proximité avec celui-ci, les transformant ainsi eux-même en acteurs de la pièce. En fait, le succès de cette création tient dans le dynamisme et la grande qualité de jeu des jeunes comédiens. Ils sont simplement trois à incarner tous les personnages, passant d’un rôle à l’autre. Les deux jeunes femmes du groupe n’hésitent pas à endosser quand il le faut et avec talent les rôles masculins, les changements vestimentaires se faisant rapidement, à la vue des spectateurs, dans un ballet d’allers et venues savamment orchestré tout au long de la pièce.
 
Ce n’est pas un hasard si toute cette équipe nous a enchantés pendant environ une heure trente. De la création à l’interprétation elle fait partie du théâtre montpelliérain des 13 Vents, qui vient de prendre la direction du Centre Dramatique National de Montpellier…

31 janvier 2019

Le garçon chapelier « mordeur » de Jean Galoffre…

Après un an où dans un billet j’évoquais la célèbre maison Galoffre en 1806 avec la « drôle d’atmosphère » y régnant entre garçons chapeliers, nous y retournons aujourd’hui avec une plainte qui confirme les rivalités exacerbées entre collègues de travail. Celles-ci menaient de façon récurrente à une extrême violence, souvent gratuite. Le nom de Becardy apparaissait déjà dans ma première évocation (Baptiste) en tant qu’accusé. Dans celle proposée ce jour et qui d’ailleurs fut dressée par le juge de paix quelques mois avant l’autre, il s’agit certainement de son frère Jean qui, lui, se pose en victime. Il est appuyé par un intéressant certificat médical de l’époque rédigé par un certain Miergues, « chirurgien patenté n°226 de la ville d’Anduze »…

«Cejourd’hui trente mai an dix huit cent six a dix heures du matin devant nous Jean Coulomb aîné Juge de paix officier de police judiciaire de la ville et canton d’anduze, et dans notre cabinet assisté de Jacques Gache notre greffier.
Est comparu Jean Becardy garcon chapellier chez mr Jean Galoffre, habitant d’anduze, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits ci après détaillés a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Becardy qui a dit qu’il y a environ demi heure, il était a déjeuné, et avait posé sans attention sa veste et sa chemise sur une planche qui touchait un peu des chapeaux que le nommé françois Lacour avait fabriqués lorsque celui ci s’en est appercut il a pris la chemise et la veste et les a jettés par terre. Sur cella le plaignant lui a demandé pourquoi il faisait cela, le dit Lacour lui a répondu qu’il étoit un brigand, un coquin et a plusieurs reprises lui a sauté dessus, l’a pris par les cheveux, l’a raproché de lui et lui a fait une morsure considérable a la machoire coté droit, et ne l’a lâché que lorsque plusieurs personnes sont venus pour le dégager, et avec beaucoup de peine néanmoins le dit Lacour quoique cela la tenu longtemps par les cheveux sous lesquels faits le comparaissant affirme vrais et sincères désigne pour témoins dieux Paul, fils a pade dit la muse, les fils cadets a la veuve Perrier au couvent, Etienne Jourdan et Joseph, tous compagnons ou apprentis chez le dit mr Galoffre, habitant d’anduze et du tout requiert acte, se déclare partie civile et a signé Jean Becardi.
(1) »

(1) Nous avons ici l’exemple type des changements d’orthographe de nos noms propres au cours des siècles : il n’y a pas encore si longtemps, tous les actes officiels administratifs, quels qu’ils soient, se faisaient manuellement ainsi que leurs copies. Les erreurs étaient donc fréquentes d’un document à l’autre, jusqu’à ce que les dernières finissent par être pérennisées avec le temps… Ici le greffier du juge de paix a « décidé » de mettre un y à la fin de Becardy, alors que le propriétaire du nom a signé, sur la même feuille, avec un i bien visible…

19 janvier 2019

Un jeune « délinquant routier » épinglé… en 1852 !

Alors qu’aujourd’hui les progrès technologiques fantastiques de l’automobile nous confirment pour bientôt une voiture autonome et sans conducteur, je ne peux résister au plaisir de vous soumettre ce procès-verbal d’un gendarme à cheval datant de 1852.
Il s’agit de l’interpellation d’un jeune conducteur qui, profondément endormi, avait laissé les commandes de sa « deux chevaux » aux équidés. C’est vrai que ceux-ci, grâce à une programmation infaillible et sans doute de longue date, devaient bien connaître le chemin !…

« Ce jourd’hui dix neuf avril mil huit cent cinquante deux, vers midi et demie, nous soussigné Simonin Laurents gendarme à la résidence de Lédignan (Gard).
Rapportons que revenant d’Anduze pour le service étant parvenu au quartier de la Madeleine commune de Tournac canton d’Anduze, sur la route nationale n°107 de Nimes à Clermont-férant, avons rencontré une voiture à deux roues attelée de deux chevaux, chargée de diverses marchandises dont le conducteur était profondément endormi dessus, nous l’avons aussitôt éveillé et lui avons enjoint de se tenir à côté de ses chevaux tel que le prévoit l’ordonnance royale du 29 octobre 1820, paragraphe 20, interpellé de nous déclaré ses noms, prénoms, âge, profession, domicile, et s’il était le propriétaire de la dite voiture.
Déférant à notre invitation le dit voiturier a déclaré se nommé Barry paulin âgé de 17 ans, fils de françois Barry commissionnaire de roulage domicilié à St Jean de Maruejols, canton de Barjac, arrondissement d’alais, et la voiture appartenir à son père.
Avons en conséquence déclaré au dit Barry paulin procès-verbal de sa contravention que nous avons rédigé pour être adressé à Mr le Commissaire de police de la ville d’Anduze, remplissant les fonctions de ministère public près le tribunal de simple police de ce canton, et copie sera transmise à Mr le chef d’escadron commandant la gendarmerie du Gard. Fait et clos à Lédignan, les jours, mois, et an que dessus. Simonin »

6 janvier 2019

Anduze et le général oublié de l’armée révolutionnaire… 2

Alexis Chalbos, dixième enfant sur quatorze de Joseph Chalbos, notaire, et de Magdeleine de Fayet du Mazel, aristocrate, est né le 27 septembre 1730 à Cubières en Lozère (environ 90 kms au Nord-Ouest d’Anduze). Il commence sa carrière militaire comme simple soldat engagé volontaire à partir de 1751, dans la cavalerie légère de l’armée de Louis XV.

On le retrouve à partir de 1753 incorporé au régiment de Normandie dont une garnison est stationnée à Anduze. Les casernes étant en réparation, les soldats sont logés dans les différentes auberges locales. C’est dans l’une d’elles, le Lyon d’Or, que le Cubiérien fera la connaissance de sa future femme Marie Beaux, fille naturelle de l’aubergiste et de Jeanne Cazalis. Il l’épousera le 23 avril 1755 à l’église d’Anduze, quelques semaines après la naissance de leur premier enfant, Léger Chalbos. De cette union naîtront deux autres enfants mais seul le dernier des trois, prénommé comme son père Alexis, survivra : il fit aussi une brillante carrière militaire (il finit colonel de cavalerie au huitième régiment des Chasseurs à Cheval), couronnée en 1804 par la distinction d’officier de la Légion d’Honneur attribuée par l’Empereur.
 
Mais revenons à son père qui, à partir de 1756 et la « Guerre de Sept Ans » va commencer à se faire remarquer par ses supérieurs. Sous-officier puis officier sorti du rang, il va continuer sa lente ascension. Excellent cavalier il se distinguera à partir de 1766 pour l’instruction à cheval, notamment à Saumur. En 1788 il obtient du roi la Croix de Saint Louis, prestigieuse décoration. Promu capitaine en 1789, il est rappelé d’une retraite bien méritée par la période révolutionnaire – même s’ils sont issus de l’Ancien Régime la Révolution a besoin de cadres militaires expérimentés ! – qui  va accélérer ses différentes nominations : lieutenant colonel en 1792, colonel en avril 1793, général de brigade le 6 mai de la même année pour devenir général de division le 22 mai !…
Républicain affirmé et intelligent, durant cette époque trouble il déjouera tous les pièges susceptibles de le conduire à l’échafaud comme beaucoup d’autres généraux ayant commis des erreurs. C’est la « Guerre de Vendée », où il est envoyé par la Convention à partir du mois de mars 1793, qui lui donnera l’opportunité d’exercer tous ses talents de stratège et de meneur d’hommes, malgré des problèmes de santé récurrents. Après différents postes de commandement de Places d’armes, il décédera dans l’exercice de ses fonctions à celle de Mayence le 17 mars 1803, à l’âge de 72 ans.

Quant à Marie Beaux, elle n’a à priori jamais suivi son époux dans ses différentes affectations durant toutes ces années. Sans doute étaient-ils déjà « séparés » depuis longtemps au moment du dépôt de sa plainte en 1793, lui se consacrant entièrement à sa vie militaire. Mais ils étaient restés en bon terme puisqu’un acte notarial de 1802 nous apprend qu’il donne procuration à sa femme pour percevoir certains revenus fonciers. Elle décèdera en 1809 à Anduze, rue Bouquerie.
 

J’ai puisé l’essentiel des renseignements concernant le général Chalbos dans une importante brochure, très complète, lui étant entièrement consacrée et éditée en 2011 par le Centre d’Etudes et de Recherches littéraires et scientifiques de Mende. Une association parrainée par les plus grandes instances du département : l’interrêt tardif de la Lozère — et, du fait de ses représentants, de la France — pour l’une de ses grandes figures historiques vient à peine réparer une injustice dont s’était déjà plaint son fils en 1836. Celui-ci demandait que l’on grave le nom du général sur l’Arc de Triomphe. Il est vrai que lorsque l’on détaille la longue liste des généraux de la Révolution et de l’Empire du magnifique monument de l’Etoile, il est incompréhensible qu’Alexis Chalbos en soit absent. A moins que, comme l’affirme une humoriste célèbre d’aujourd’hui, « On ne nous dit pas tout ! »…
En 1884 le maire de Cubières s’adressa au Ministre de la Guerre pour le projet d’une statue qui ne sera jamais réalisée.

Finalement, à l’initiative du président de l’association de Mende et du maire du village, une plaque commémorative du militaire a été posée sur sa maison natale en 2008 ; en attendant peut-être un jour une véritable reconnaissance nationale.
Sur l’Arc ?…