C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

30 juin 2019

Claude Bertrand : les 50 ans de peinture d'une artiste atypique…

                                                                             © Gaussent
Dans ce magnifique espace du dix huitième siècle qu’est la salle Ugolin, la municipalité a cette année l’honneur et le plaisir d’accueillir madame Claude Bertrand jusqu’au 14 juillet pour une exposition au caractère particulier, puisque cette artiste de renom a choisi de nous présenter une rétrospective de 50 ans de peinture.

Ne me prenez pas pour un goujat si je vous donne la date de naissance de notre invitée, elle n’en fait pas mystère, l’absence de cette coquetterie féminine nous permettant ainsi de mieux appréhender son parcours. Claude est donc née à Paris en janvier 1940. Adolescente elle est naturellement attirée par les arts qui jalonnent son quotidien : la danse, le piano mais aussi la peinture qui finira par prendre le dessus. Elle se marie très jeune et à vingt ans arrive son premier garçon ; deux autres suivront avec quelques années d’intervalle. Entre-temps, en 1965, notre artiste va déménager et découvrir les beaux paysages de Normandie. Une région et des rencontres qui vont favoriser son développement artistique avec de nombreuses expositions sur le plan local mais aussi plus largement en France, Etats-Unis ou Grande Bretagne.

Des années soixante à celles de quatre-vingt, son travail reste très classique et figuratif, avec déjà un intérêt prononcé pour les matières et les couleurs. A partir de 1990 apparaissent dans ses toiles et autres pastels secs les prémices d’un changement de perception de la réalité, avec un dessin beaucoup plus épuré et des touches de couleurs plus larges. C’est une période intermédiaire, avec certainement les moments de doute que connaissent tous les créateurs, où l’artiste hésite encore à pousser plus loin ses investigations et peut-être ainsi basculer définitivement dans l’abstraction. D’ailleurs les coups de pinceau où de brosse sont plus nerveux, comme impatients de trouver leur route, tributaires de la sensibilité exacerbée d’une maîtresse insatisfaite. 
Puis arrive enfin le vingt et unième siècle et le commencement d’un travail d’art abstrait assumé pleinement, où la couleur joue un rôle prépondérant. Tantôt subtile, tantôt franche, celle-ci a sans aucun doute été le fil conducteur, durant toutes ces années, des recherches et évolutions de cette artiste atypique.
Le vingt et unième siècle c’est aussi 2001, l’année de son installation dans le Gard pour, quinze ans plus tard, habiter et travailler à Anduze même comme peintre définitivement abstraite.

Je voudrais en profiter pour avoir une pensée pour un homme exceptionnel qui, descendant de Paris pour raison de santé et sans le sou, fit une longue escale à Anduze accompagné de son épouse, entre 1934 et 1945, dans des conditions de vie assez précaires. La guerre terminée il remonta à Paris et devint, à partir des années mille neuf cent cinquante, le plus grand spécialiste de l’art abstrait avec une reconnaissance internationale. Il s’agit de Michel Seuphor, peintre, poète, écrivain, critique d’art, qui côtoya les plus grands artistes de son temps. Décédé en 1999 à l’âge de 97 ans, je suis persuadé que cet autodidacte, comme Claude, libre et passionné d’art contemporain, aurait été heureux de la rencontrer et d’échanger avec elle sur son long et très intéressant parcours pictural…

15 juin 2019

César Berthezène, un maire de la fin du dix neuvième siècle…

Au mois d’avril dernier la municipalité a accepté un don particulier de la part des descendants d’un certain César Berthezène, qui fut maire d’Anduze à la fin du dix neuvième siècle. Il s’agit en l’occurence de quelques documents originaux concernant sa vie militaire et d’une grande huile sur toile (97 X 130 cm), avec un large cadre, le représentant avec sa famille. C’était l’occasion de faire plus ample connaissance avec ce premier magistrat oublié qui, de prime abord et avec beaucoup d’autres, n’a pas laissé une trace impérissable dans la commune. Car si ce nom ne nous est pas inconnu avec une petite place publique portant ce patronyme, rien ne nous confirme à ce jour qu’il s'agit bien de notre homme.
 
Avant de s’occuper de politique, César Berthezène fera une carrière militaire bien remplie dans l’infanterie, devenant un officier sorti du rang. En mars 1858 il passera du grade de sergent major à celui de sous-lieutenant et obtiendra en août 1859 la médaille de la campagne d’Italie. En janvier 1863 il est promu lieutenant et est nommé en décembre 1869 Chevalier de l’Ordre impérial de la Légion d’Honneur. Son dernier grade, celui de capitaine, il l’obtiendra en juillet 1870. Ayant servi en Algérie, la médaille coloniale sera décernée à l’officier retraité en mars 1895.
 
Le prestige de l’armée et les décorations obtenues durent favoriser son élection au poste de maire par le Conseil municipal le dix sept mai 1896. Il succédait à Hippolyte Soulier. Son mandat très court (4 ans) fut surtout marqué par le projet ferroviaire de la ligne Anduze/St Jean-du-Gard qui commençait à prendre forme avec notamment des propositions de la société d’exploitation qui déclenchèrent une véritable levée de boucliers de la part des élus anduziens. J’aurais l’occasion de reparler un peu plus tard de cet épisode étonnant.
Le vingt mai 1900, Eugène Galoffre succéda à César, celui-ci restant quand même conseillé municipal jusqu’en 1904. Le capitaine décéda en 1914, à l’âge de quatre vingt quatre ans…

1 juin 2019

Un commerçant de la nouvelle rue d’Anduze…

En ce mois d’août 1852 nous retrouvons notre bon et patient commissaire Chibert au prise avec un commerçant irascible de la rue Neuve qui, au vu des nombreux procès-verbaux le concernant, devait être une des bêtes noires du policier ! En voici un exemple parmi d’autres.
 
«L’an mil huit cent cinquante deux le huit août ;
« Nous Charles Ambroise Chibert, commissaire de police d’Anduze étant en tournée de surveillance j’ai remarqué que le sieur Driole Louis, marchand de nouveautés rue Neuve à Anduze, avait en étalage des marchandises au devant de son magasin et qui étaient sur deux caisses renversées servant de tables ; et de vêtements sur deux guéridons, qui étaient sur la voie publique de plus d’un mètre, ce qui empêchait la libre circulation.
« Le cinq du courant il avait déjà exposé des marchandises sur une grande table ronde qui était sur la voie publique, et qu’il n’a pas voulu retirer. Malgré son opiniâtreté je lui ai permis de les laisser pour cette journée, lui disant que je le prévenais pour la dernière fois qu’à l’avenir je lui dresserais procès verbal.
« Malgré ces avertissements il s’est obstiné à le faire. Il avait encore aujourd’hui des marchandises comme je viens de le dire. Je lui ai dit : décidément vous ne voulez donc pas tenir compte de mes avertissements ? Veuillez, je vous prie, retirer les marchandises ; et ne me mettez donc pas dans la nécessité de verbaliser contre vous, et au lieu d’obtempérer à ma complaisance il s’emporta en criant dans la rue qu’il ne les ôterait pas (et c’est ce qu’il a fait), que je pouvais lui dresser procès-verbal, qu’il s’en foutait et qu’il en mettrait toujours.
« En vertu de l’article 12 du règlement de police de la ville d’Anduze, j’ai dressé le présent procès-verbal de simple police, pour être remis à monsieur le juge de paix du canton d’Anduze, pour sur les conclusions du ministère public être statué.
Anduze le jour, mois et an que dessus,
Le commissaire de police, Chibert »